18 septembre 2006
Sortie
Vébé reprit en s'adressant à moi, feignant d'ignorer l'intervention de Bezo et mon admonestation subséquente:
"Plus forte que la douleur, je crois, c'était la rage et l'humiliation qui m'habitaient: la rage d'avoir l'impression de m'être fait baisé total et profond et l'humiliation devant les copains de navigation; faut dire qu'à cette époque j'avais encore de l'amour propre... ça c'est un truc qui m'a passé avec l'âge, l'amour propre... aujourd'hui je n'ai plus guère qu'une bonne estime de moi et c'est bien suffisant! Je me revois, nageant dans l'eau verte de la baie du Marin, Kate pas très loin s'ébrouant et riant avec la bande de connards qui l'entouraient comme s'ils reniflaient la femelle dispo, alors que je n'avais qu'une envie: lui maintenir la tête sous l'eau pendant une petite demi-heure! Bref nos relations s'annonçaient un peu compliquées!
Du coup j'avais bien réfléchi toute la nuit pour en arriver à la conclusion que la seule position tenable était, pour moi, de me barrer... Tu suis le raisonnement: d'une faiblesse je faisais une force: c'est moi qui partait, grand seigneur, fier et tout... puisqu'on me plaquait je surplaquais! En réalité je n'arrivais pas à supporter l'idée d'être à côté d'elle toute la journée et encore moins contre son corps toutes les nuits avec tout le désir grave qui ne me quittait pas et le gourdin qui allait avec...
Nous devions quitter la base du Marin le lendemain de notre arrivée pour mouiller à l'Anse Mitan, point de départ idéal pour les Grenadines à condition de se lever de bonne heure! Je fis un point avec le chef de bord, Guy, en lui livrant une version pas trop désavantageuse pour moi et lui demandais de me larguer sur un point de la côte d'où je pourrais rejoindre Fort de France rapidement; là j'essaierai d'embarquer sur un vol prévu vers les 17h00... Je n'savais même pas 'il restait des places sur l'unique avion d'Air France ... Il fallait quand même que j'assure mes arrières et nous convînmes, avec Guy, du plan suivant: il me laisserait du côté de Sainte Luce où passait une nationale directe pour Fort de France, et, si je n'arrivais pas à trouver de place dans le zinc, il me reprendrait le soir à l'Anse Mitan où le bateau allait s'ancrer...
Je sais: c'était un plan de merde et avec le recul je me rends compte à quel point j'étais nul sur ce coup... Même que si ça se trouve c'est ce jour là que j'ai du en perdre pas mal de mon amour propre! Mais il fallait que je bouge, que je m'active, que je fasse quelque chose qui me donne l'illusion de reprendre mon destin en main... Bref j'étais pas très bien dans ma tête, avec la cervelle toute molle et les intestins qui jouaient relâche - mais ça ça pouvait aussi être dû aux boudins antillais qui accompagnaient le planteur de la veille!
Mais ce qui était dit était dit, et le moment venu, sous l'oeil consterné de mes compagnons de mer à qui je n'avais rien dit de mes projets et sous le regard totalement indifférent de Kate qui n'avait fait aucun commentaire lorsque je lui avais exposé mon plan, le bateau alla ralentir près d'un quai du port de Ste Luce... Guy m'avait prévenu: il ne pourrait pas s'ancrer ni accoster: il fallait donc que je saute sur le quai dont il se rapprocherait au maximum... J'avais à cette époque un sac marin, un vrai, blanc cassé, enfin blanc sale, que je portais fièrement à l'épaule, genre trimardeur et aventurier, bien frimeur, surtout avec les Wayfarer... Je pris donc mon sac sur l'épaule, enjambait la filière et tandis que le bateau s'approchait du quai, une jambe sur le pont et l'autre de l'autre côté du filin d'acier je m'apprêtais à m'élancer pour sauter sur terre... C'est ce moment là qu'à choisi le bateau pour avoir un léger coup de roulis, oh juste un petit mouvement à peine perceptible pour quiconque, sauf pour mon sac qui était sur mon épaule extérieure et qui lui suffit pour m'entraîner et me déséquilibrer, de sorte que je me retrouvais dans le vide au-dessus de l'eau, juste retenu par ma jambe gauche lamentablement accrochée à la filière, tandis que Guy entamait en catastrophe une manoeuvre d'évitement du quai contre lequel j'étais bien parti pour m'écraser comme une bouse!
J'avais tout à fait réussi ma sortie.
Je t'épargne la suite: l'avion était complet, je me retrouvais avec toute la bande de joyeux marins le soir à l'Anse Mitan, et je n'adressais plus la parole, une semaine durant, à Kate qui de son côté me le rendait bien. Le séjour fut, pour ma part, complètement noyé dans les brumes du rhum agricole: je me souviens que n'étant pas le seul à picoler sévère nous ratâmes le départ de St Vincent pour les Grenadines - une histoire de courant qui s'inverse- pour cause de lever difficile. Je sais aussi que nous nous échouâmes piteusement dans la baie du Marin, au retour parce que nous n'avions plus de moteur - panne de batterie - pour affronter les hauts fonds vaseux de cette baie de rêve. Je me souviens surtout que cet enfoiré de Daniel était arrivé à ses fins avec sa petite Sophie dont il soignait les coups de soleil avec un soin méticuleux et lubrique... j'en étais malade, alors que l'autre salope se prélassait les seins à l'air sans même prendre le début d'une rougeur...
Et, pour terminer encore plus honteusement sur cette croisière indigne, alors que nous nous préparions à quitter le bateau le lendemain matin je vis ma Kate s'entretenir avec Guy en catimini, avec forces rires de gorge: le soir dans ce que je n'osais pas appeler notre cabine, elle me fit part de son petit deal: elle se payait une semaine sup' sur le bateau car il y avait une place de libre la semaine suivante... Et bien sûr elle me demandait si je pouvais, de retour à Paris, aller chercher sa gamine chez son ex mari et la confier à sa soeur qui habitait sur le même palier qu'elle. Et tu sais quoi? J'ai accepté."
Le silence s'était fait pesant; on était tous partagés entre l'envie de se marrer à l'évocation du Veb' se balançant, suspendu par une jambe au dessus des eaux vertes de la mer des Caraïbes et la grande détresse dont on sentait sourdre toute la désespérance dans les propos las de Vébé. C'est dans des occasions comme celle-là qu'on comprend pourquoi les hommes boivent...
Commentaires
ça aide quand les mots sont inutilisables,parceque trop nombreux ,trop bruyants,en dedant.embouteillage !!
ben moi aussi,finalement je m'en vais boire ,là...
Qu'est-ce que tu fous là, m. ?... C'est des vieilles histoires à Vébé, ça... Va donc plutôt te marrer la gueule avec l'empreinte... Celà dit, l'histoire des hommes (générique, hein ,pas le genre!) c'est aussi beaucoup de tragique avec un zeste de comique. Heureusement, le zeste.
ben oui,le ptit zeste le ptit plus de la vie qui sourit et qui rit.et qui remet les choses dans l'ordre à la bonne place!le ptit zeste qui fait tout leger!!pas de prise de tête ...quoique!!non,ça ça va devenir du Vebe!
ce que je fous là,ben jme promene tiens donc,au gré des ptits rouges (les ecrits pas encore les ballons!!)
bon jpars à la recherche de l'empreinte!
merci!
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