27 septembre 2006
Les phares
Ma question avait fait son petit effet; même la petite nouvelle, Anis Gras, qui s'était jointe à la fine équipe de déjantés qui constituaient l'essentiel de ma clientèle, et que Bezo, avec son sens de l'à propos, avait tout de suite renommée Sucette (parce qu'Annie aime les sucettes... Bezo des fois y m'troue l'cul), même elle donc se demandait qui pouvait bien être cette Rampling... "Pas la Charlotte, quand même?!", s'était interloquée Sucette... Rachid commençait à rêver d'histoires plein de cuir et de fouets et moi, tranquillou, j'attendais ce que le Veb' allait bien pouvoir nous servir sur ce coup: il allait devoir assurer l'Père!
"Ah Rampling ça c'est autre chose, Briscard! C'est d'la pointure grand garçon et du jus d'vie bien épais! Rampling son nom c'était Caroline... Caro... je l'appelais Rampling parce qu'un jour Corbeau, le photographe des vedettes qu'elle avait rencontré à Cannes pour son taf d'attachée d'presse, il lui avait dit que Caro c'était son quasi sosie à Rampling... c'est pour te dire qu'elle était pas franchement repoussante Caro! En plus elle avait fait d'la danse et d'la gym pendant des floppées d'années et quand j'lai connu elle un avait un corps de déesse grecque à faire triquer tous les éphèbes d'Athènes et même les Ilotes de Sparte! Bref de la poule grand tourisme carrossée par Pinin et motorisée par Enzo! Parce qu'en plus fallait pas lui en promettre rapport à la bête à deux dos... Avec elle j'ai fait les trucs les plus improbables et les plus zarbis que j'avais jamais fait... ni refait depuis d'ailleurs! Rampling, j'suis quand même resté près d'20 piges avec elle, et bien elle m'a toujours surpris par son sens aigu de l'initiative biteuse et l'imagination hardie de sa féminité tempétueuse! Rampling, j'pourrais vous en raconter jusqu'à épuiser la réserve de fûts de bière du Balto, sans même vous en avoir raconté le quart! C'est dire... Tiens une fois,j'me rappelle, quand on avait la baraque en Bretagne... un chouette penty avec vue sur Batz et mer glacée à vingt mètres, mais bien isolée et bien paumée, surtout hors saison, c'est à dire de septembre à juillet! J'te raconte ça, c'est pour te planter l'décor, qu'tu puisses contextualiser l'aventure... On était donc seuls dans la baraque, un soir de novembre, juste un peu allumés par quelques Islays bien tassés - on faisait pas dans l'modeste avec Rampling - quand on s'rend compte qu'on était en train de tomber en panne de clopes... A l'époque on fumait sévère et on avait les soufflets en manque au bout d'un quart d'heure, parole! Nous v'la dans la bagnole, en quête d'un tabac sur les coups d'dix plombes... un tabac ou un bistro avec clopes, ouvert à 10 heures du soir, de Plouescat à Brest cherche pas, yen a pas!
Moi j'étais prêt à essayer d'faire la nuit avec les quelques tiges qui nous restaient, mais c'était sans compter avec le côté excessif de Rampling: pour elle la nuit dodo commençait pas avant 2-3 heures du mat' et ce morceau de soirée ne se concevait pas sans fumette ni buvette! Du coup elle me propose le deal suivant: "Si on va à Brest et qu'on trouve des Marlboro, promis, j'te fais une super surprise en rentrant!" J'vous l'ai dit, Rampling c'était une rapide du chaudron et une pas farouche des attributs: la propositon me séduisit, et me v'la, enfilant la 4 voies, en attendant d'enfiler mieux, direction Siam et Jean Jaures! C'est près d'la gare qu'on a fini par trouver un troquet ouvert qui moyennant une prime de nuit exhorbitante, a consenti à me dépanner de deux paquets d'la mort qui tue.
Bien content d'mon exploit et le zob frémissant je remontai dans la caisse et hop en route pour la fête à mon noeud! La surprise à Rampling c'est du côté de Kergaradec que j'en ai eu comme une idée, quand elle a entrepris d'donner du mou à mes ceintures, sécurité et pantalon, pour s'appliquer à me sortir la tebi qui avait déjà atteint une belle grosseur! Après quelques travaux manuels bien appliqués c'est à Guipavas que les choses sérieuses ont commencé: elle me prit en bouche, goulue mais délicate, tandis que défilait la rembarde de sécurité dans la lueur des phares du Palais du Plaisir Roulant! Je m'étais gentiment calé au fond du siège en Alcantara, plus salissant mais moins froid au cul que le cuir, et avait stabilisé la caisse à 90: j'étais pas vraiment pressé!
J'sais pas vous, enfin vous les hommes, mais s'faire faire une gâterie en chignole c'est quand même le p'tit Jésus en culotte de velours qui vous fait vibrer les intérieurs, non? Enfin moi c'est comme ça qu'j'voyais les choses lorsque deux paires de phares se mirent à scintiller au loin... par un curieux effet d'optique on avait l'impression qu'ils s'approchaient pile en face de nous... Le problème, je m'en aperçus très vite, c'est que ce n'était pas un effet d'optique: y avait deux tires qui roulaient sur les mêmes deux voies que nous, à contre sens et qui se rapprochaient aussi vite que mon zob se rétrécissait! Du coup Rampling avait cessé sa caresse buccale, s'était relevé et se mit à hurler avec moi : "Les cons, les cons, merde les cons!..." C'est vraiment au dernier, mais tout dernier moment, qu'une des deux bagnoles s'est rangée derrière l'autre alors que j'étais prêt à m'écraser comme une merde, la bite à l'air, sur le rail de sécurité... Je m'arrêtais quand même un peu plus loin à une station Total, bien tremblant et le service trois pièces à l'abri, pour signaler le truc... le pompiste, pas étonné, m'apprit que c'était fréquent... des bretons bien déchirés faisaient souvent des paris, à l'espagnole, sur le trajet Morlaix-Brest... le truc c'était d'arriver au bout, entièrement à contre sens et si possible vivant... Et bien vous voyez, depuis c'jour'-là, jamais, je dis bien jamais, j'ai pu me faire sucer en bagnole. Même à l'arrêt!"
Là faut reconnaître on était tous pliés, même Sucette, dont le surnom improvisé par Bezo prenait tout à coup un relief singulier! "Dis donc Vébé, Rampling elle était plutôt sexe, non?" que j'ai questionné curieux comme tout. "Pas seul'ment Briscard, pas seul'ment... mais aussi, oui!" qu'il a énigmatisé Vébé; moi, j'sens que Rampling ça va bien occuper nos après-midi au Balto!...