LE BALTO

Un bistro du coin où on tape la belote avec Bezo, Rachid, Briscard et quelques autres...

05 octobre 2006

Balais d'chiotte

balaisd_chiotte"Mais dis-moi Vébé, Rampling là, t'as dit qu'vous étiez restés 20 piges ensemble... mais... comment qu'tu t'es fait plaqué au bout d'tout c'temps? Excuse, hein, j'me mêle de ce qui m'rgarde pas, mais j'profite qu'on est tous seuls..."
Faut être honnête: si c'était pas d'la curiosité malsaine y avait quand même comme un cousinage... En plus Vébé il était aussi bon dans l'mélancolique que dans l'bucolique, et ses histoires de larguage ne manquaient pas d'un certain panache, un peu pathétiques, bien sûr, mais bon la vie c'est pas du lait au miel tous les jours non plus! Il me rassura:


"Oh, y a pas offense Briscard, c'est bon... j'suis pas l'dernier à m'répandre comme une flaque d'huile de vidange! T'excuse pas... Mais tu vois là ou tu t'trompes mon pote, c'est que, pour une fois c'est moi qui m'suis barré... comme un bon gros dégueulasse, bien vengeur de toutes les misères que les femmes m'avaient faites... Mais j'avais des excuses. J'te raconte...
A l'époque, et c'est pas si vieux, deux-trois paires d'années à peine, on avait la belle vie. Moi j'avais quitté mes errances de jeunesse depuis un moment et fini par trouver un taf de première dans une grosse boîte. Juste avant j'avais été un peu fouille-merde pour une compagnie d'assurance et j'en avais tiré quelques méthodes pour avoir d'l'info sur des trucs qu'on avait pas envie qu'ça sache... Bref j'faisais dans la business intelligence à la française, limite privé quoi... Du coup j'avais pu vendre mes services à des boss de la boite en question.
Dans un sens les choses étaient simples : j'leur racontais ce que je savais de leurs ennemis... et quand je savais pas j’inventais, puisqu’à partir du moment où j’avais eu l’idée d’une turpitude, y allait bien avoir quelqu’un pour l’avoir aussi… j'leur faisais un petit coup d'sous- entendu, genre il se pourrait bien que machin rachète truc, j'mettais un zeste d’ironie, voire de cynisme quand il le fallait, et hop! servez chaud, le ragoût stratégique de Monsieur est servi. La plupart du temps ils étaient contents et en r'demandaient. Bon an mal an, la thune rentrait. Pas suffisamment pour tout larguer mais assez pour pouvoir retourner au job tous les matins propre sur moi.
Mon vrai don en fait j'le d'vais à mes vieux: enfant d'pauvres j’avais toujours eu l’instinct d'survie et un sens aigu d'la malfaisance. Alors ça m’était facile de repérer les coups tordus qui s'tramaient dans le dos d'mes boss. Si on ajoute à ça un côté canaille et un semblant d’esprit libre, j’avais tout c'qu’il fallait pour les séduire, les boss... les vrais, ceux qu'le pouvoir finit par isoler au point qu’ils sont prêts à s’émerveiller d'la première connerie d'garçon de café qu’on leur raconte - j'dis pas ça pour toi Briscard - pourvu qu'la connerie elle soit enveloppée comme il faut, avec du s'cond degré en pagaille, et du sourire entendu. Des conneries d'loufiat, ça allait j’en avais plein en stock et tous les matins j'm’aspergeais d’humour brut et d’ironie cinglante!
J’ai vite appris aussi que dans c'métier, si on veut durer faut pas trop chercher à s'faire remarquer ; d’une part y a les jaloux et les aigris qui supportent pas d'te voir complice et tout avec le boss, et puis y a l' boss lui-même ; d’accord il t'honore de sa confiance et sourit à tes audaces, mais enfin faut quand même pas rêver : tu fais jamais que faire les poubelles de l’histoire et des fois ça pue. Et puis quand on est né pauvre, devenir riche ça doit rester du domaine d'la vocation, pas de celui de la convoitise ; alors l'balai d'chiottes aux chiottes et le champagne au frais. Enfin c’est comme ça qu'je voyais les choses et du coup j'jouais plutôt les modestes... enfin la plupart du temps.

Avec Rampling on avait fini par cohabiter; pas jusqu’à s'marier quand même, mais bon, on vivait ensemble, depuis un paquet d’années parce que j'crois qu’on s’aimait bien et puis qu’on arrivait à se supporter, ce qui n’est pas rien ! J’ai l’air comme ça, mais en réalité j’avais été fou d'cette nana au début...De son côté, bien qu’elle m’ait mis à la porte plusieurs fois, et qu’elle parlait toujours d'se tirer, j'crois qu’elle avait un sentiment pour moi. Elle avait trouvé son chouette boulot où elle rencontrait des tas d'gens importants,et on avait toujours des choses à se dire ou des tuyaux à s'refiler. Dans l’ensemble on était plutôt un couple qui f'sait l’admiration générale de nos amis divorcés et tout allait bien. La preuve, d’ailleurs, c’est qu’on avait un dog ensemble!"

J'me d'mandais tout d'un coup si j'avais eu raison d'le brancher sur la fin d'Rampling, Vébé: il m'avait tout l'air de tomber dans la totale biographie... je sentais s'éloigner l'anecdote et arriver l'introspection bien épaisse... Du coup j'ai eu peur pour la clientèle: il allait m'faire fuir tous les amateurs d'bite-couille-cul rapidos le Veb' avec ses digressions et ses circonvolutions oratoires... Alors j'ai sorti mon coup d'Jarnac et lui ai balancé:"Mais sinon sur l'plan fesse, vous baisiez toujours comme des bêtes, non?" Aussi sec.

Posté par Briscard à 13:54 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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