LE BALTO

Un bistro du coin où on tape la belote avec Bezo, Rachid, Briscard et quelques autres...

29 janvier 2007

La Lambic

KRIEK"Moi j'dis que tout c'bruit avec cette histoire de l'interdiction d'tabac, c'est que de la fumée sur l'écran du menu qu'on nous prépare: couscous royal ou goulash hongrois, bientôt il s'ra interdit d'autoriser, moi j'dis! Et ça sera trop tard quand on s'apercevra du malheur; comme on dit chez moi: c'est pas quand t'as chié dans l'burnou qu'il faut serrer les fesses!" Sur ces fortes paroles Rachid s'enfila d'un trait son anisette, signe qu'il était bien énervé. Moi j'pensais qu'il était urgent que j'ferme ma gueule: dans l'bistro, le tabac, avec le rétablissement du coupe cigare, c'est l'sujet d'fâcherie par excellence! Le coup à paumer la moitié d'la clientèle d'un coup! En plus moi j'savais pas trop c'que j'allais faire en 2008: entre Rachid qui s'parfume à la Royale menthol, Bezo qui se shoote à la Gitane sans, et Vébé qui rechigne pas sur un Especiales de temps en temps, j'dois dire que j'allais avoir du mal à convaincre ces messieurs d'aller griller leur petite sur l'trottoir histoire de protéger les poumons de Jeannine! Comme souvent, dans les cas difficiles, on s'est r'tourné vers Vébé, qui sirotait son Picon bière tranquillou: "Et toi, Vébé, t'en penses quoi d'cette interdiction?..." que j'lui d'mandé comme ça, désinvolte et l'air de rien.

"Vois-tu Briscard, la fumette, c'est un truc entre toi et tes poumons... j'dis pas que t'empoisonne pas un peu ton entourage, surtout en cas de promiscuité, mais les dégats collatéraux, faut r'connaître, c'est quand même plutôt dans tes soufflets qu'ça s'passe. Alors du coup c'est à toi d'voir comment tu veux crever: avec ou sans filtre... Moi j'sais qu'j'ai arrêté pas mal de trucs depuis qu'j'ai eu certains ennuis... tiens la santé par les plantes, et bien j'ai ralenti sévère l'jour où j'me suis rendu compte que c'était pas compatible avec la place Voltaire... A première vue, comme ça, tu t'dis qu'la place Voltaire c'est pas vraiment l'endroit où cultiver la reubeu magique, et t'as pas tort. Et d'ailleurs c'est pas d'ça dont j'cause non plus... C'était dans mes années d'folie... j'étais juste entre deux à c't'époque: plus trop avec Danny, mais pas non plus encore avec Kate... J'avais mon boulot pépère dans une grosse boite, mes p'tites connaissances en binaire et Cobol m'permettaient d'passer pour le roi d'l'informatique pour les béotiens, c'est à dire 98% d'la boite,, et du coup j'pissais du cahier des charges et de l'analyse fonctionnelle bien plus haut qu'mon cul! Ce boulot, outre qu'il me permettait d'frimer à bon compte, avait l'avantage de m'rapprocher d'l'utilisateur et, accessoirement de l'utilisatrice! C'est comme ça qu'j'avais rencontré Pauline, une jolie p'tite blonde, prof d'anglais à demeure dans la boite, et qui m'avait d'mandé de l'aider à faire un lexique d'english orienté informatique. Moi tu m'connais, Briscard: toujours prêt à rendre service à mon prochain dès qu'il s'agit d'une prochaine! C'est comme ça qu'on avait un peu sympathisé avec Pauline.
A l'époque j'fumais un peu tout c'qui pouvait s'fumer et, entre autres, une petite variété de feuilles bio que faisait pousser le pote à ma frangine, dans le terrain d'sa maman, grande bourge de Chantilly, qui ne se doutait pas que son garnement s'était lançé dans la culture de plantes aromatiques! Pour tout t'dire, j'étais bien défonçaga six jours sur sept, et si mes ordinogrammes en souffraient bien un peu, ma bonne humeur au boulot était devenue légendaire! Pour bien comprendre cette époque bénie faut te dire qu'il était complètement hors du champ conceptuel des collègues que l'on puisse être stone au job! Du coup j'trimballais mes dossiers avec un sourire béat qui devait autant aux douceurs végétales qu'au sentiment d'impunité qui en accompagnait l'usage régulier! Pauline, j'm'en étais aperçu assez vite , ne fumait pas non plus que d'l'eucalyptus, et, un soir je me risquai à l'inviter à prendre un pot, histoire de lui questionner un peu les habitudes... J'avais encore ma vieille
Cox pourrie, et, zou, nous v'la partis vers la Mouf' où, à l'époque, j'avais mes quartiers d'été. Et ça tombait bien, vu qu'on était en été! Pauline c'était la première blonde que j'entreprenais d'fréquenter, et j'avoue qu'ça m'excitait bien l'émotion... C'était pas d'la poupée grand tourisme, mais d'la chouette petite frimousse parisienne, genre p'tites cannes gros seins, comme on les aime bien l'été justement, avec une Lambic et trois chips... Et puis, d'jouer les kakous en décapotable, avec une blonde, ça m'changeait d'mes fréquentations habituelles, un peu trop orientées Beauvoir!
Avec Pauline, à la Mouf', on s'était tellement trouvé des affinités, qu'j'l'invitai bientôt à venir dans mon stud' de rêve pour goûter aux joies subtiles de la cigarette roulée main et d'la pipe fourrée spéciale! Dire que j'avais pas aussi des idées bitardes derrière la tête, ça s'rait quand même un peu du mensonge... Et j'dois dire que rapport à la bite j'allais pas être déçu..."

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24 janvier 2007

Le bureau chauffé

buro1"- Tiens Vébé!... Y avait un moment!... Qu'est-ce qui t'est arrivé... encore une gastro?... Ou c'est-y qu'une petite t'avait accaparé l'bouzin au point d'te faire oublier les copains?...
- Ni l'un ni l'autre, Briscard, ni l'un ni l'autre... r'marque que pour la p'tite j'aurais pas dit non, vu que c'est l'boulot qui m'a tenu loin de ton asile de jour!
- Le boulot? Parce que tu bosses maintenant? C'est nouveau!
- Bien sûr que j'bosse, qu'est-ce que tu crois? Que c'est avec le RMI que j'tengraisse? Au prix où tu laches le Picon bière?... Je bosse et c'est pas nouveau vois-tu... Même si c'est par intermittence, maint'nant,  j'ai quand même fait une méga chiée de boites, crois-moi!
- Ouais des trucs bien payés dans des bureaux chauffés l'hiver et réfrigérés l'été, j'suppose? Parce que j'te vois quand même plus dans la planque que dans l'usine, Vébé, pardonne l'offense!
- Mais ya pas offense Briscard, ya pas offense. Et tu vois, d'ailleurs, j'me suis souvent demandé si ma participation à diverses activités économiques, dans diverses entreprises, avait généré des flux financiers compensant, voire dépassant les thunes qui m’étaient versées. Force m’a été de constater que ça n’avait jamais été le cas. Et bien bizarrement, Briscard, je n’en conçois aucun remords. Aucun."

Vébé il est bien gentil, mais on voit bien qu'il a jamais été dans l'commerce. Parole. Et du coup j'lui ai présenté son ardoise de la quinzaine. Aussi sec.

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15 janvier 2007

Le film de cul

le_film_de_cul" 'tain, c'est dingue maint'nant avec l'internet, tu peux t'mater du porno gratos comme qui dirait qu'tu regarderais Télé Matin! Ya pas, la société elle bouge et pas qu'un peu, merde!" Fort de son constat ethnologique, Bezo s'enfila son jaune - le premier d'cette main là aujourd'hui - et poursuivit à la cantonnade qui n'en demandait pas tant:
" - C'est vrai, j'me souviens quand j'étais gamin c'était tout un bazar pour s'choper des bouquins un peu plus velus qu'Lui ou Play Boy... fallait faire appel à du produit d'importation... moi j'avais mon frelot qu'y avait 20 piges, y bossait au centre de tri PTT de Paris Montparnasse... là-bas y r'cevait tous les courriers en prov'nance du nord de l'Europe... Suède, Norvège, Hollande... Et ils avaient l'autorisation d'ouvrir les imprimés sous env'loppes fermées: si c'était du nan-nan ils collaient une étiquette "ouvert par erreur", et si c'était des bouquins d'boule, hop y confisquaient et détruisaient... Enfin confisquaient toujours mais détruisaient pas tous! C'qui fait qu'à 12-13 ans j'avais déjà recensé tous les trous possibles pour un zboub normal, et même les ceux que rien que d'en causer encore aujourd'hui tu t'retrouves vite fait au gnouf, vu que Mme Bardot elle rigole pas avec les maltraitances animales! Bref, si on arrivait quand même à s'débrouiller, c'était quand même pas la corne d'abondance cultière, faut reconnaître... alors que maint'nant, le ouèbe il t'offre ton éduc' sex' sur un plateau, comme Briscard les caouètes avec l'apéro!... Tiens à propos, r'mets moi ça, Briscouille!
- 'tain, fais chier Bezo, j't'ai d'jà dit de pas m'emmerder avec ces noms ridicules, merde quoi... Sinon c'est vrai que même à la télé, avant Canal t'avais pas vraiment d'quoi t'rincer l'oeil et t'faire reluire le service trois pièces... c'était plutôt la Grande Indigence rapport au reportage en chambre!" Vébé, qui semblait perdu dans le vide sidéral de son verre définitivement éclusé, se mit alors à parler, non sans m'avoir sollicité une retournette de fine à l'eau d'un tour de pouce sans ambigüité:

"Canal... j'me rappelle... c'était avec Rampling... à l'époque où on s'tripotait la personnalité dans tous les sens des sens... on avait pas Canal, qui v'nait juste de s'créer, mais nos relations, qui étaient très relationnelles, nous en avait largement vanté les mérites, surtout sur le sujet du cul... à l'époque on disait pas l'cul, mais le hard... tu parles... enfin bon, on avait pas Canal et du coup Rampling, qui avait souvent l'intimité ravageuse, ça l'embêtait bien d'pas savoir que quoi il retournait exactement... J'lui avais bien proposé d'louer un film genre "Baisons à Bezons"  ou "La Motte de Beuvron", mais c'qui lui r'muait la lbido à Rampling, c'était surtout l'idée de cette espèce de gigantesque partouze télévisuelle... des millions de spectateurs en train d'se fourrager les intérieurs et s'interroger les excroissances en cadence avec les coups de reins de m'sieur le régisseur et en canon avec les gémissement de mam'zelle la femme de chambre... ça, ça lui travaillait bien l'imagination à ma Rampling, et du coup c'est comme ça qu'on s'est r'trouvé un beau soir, sur l'coup d'minuit, à essayer d'visionner "juste pour voir" m'avait-elle convaincu, un de ces pornos à deux balles que la chaîne cryptée proposait à ses chers abonnés... seul'ment voilà, on n'était pas abonné... mais qu'à c'là n'tienne, le cryptage de l'époque étant bien gentil , on allait essayer d'voir c'qu'on pouvait voir, juste pour voir! Le film était commencé... les zonzonnements du son crypté laissaient juste passer quelques bribes de souffles rauques et de bruissements haletants, tandis qu'à l'image trouble deux individus de sexes peut-être opposés semblaient s'enlacer!... Bien que probablement en couleur, l'image nous apparaissaient en noir et blanc, et franchement fallait avoir l'imagination en goguette pour y voir autre chose qu'une vidéo qui aurait été filmée par un parkinsonien cataracté et sourd... Mais de l'imagination, Rampling elle en avait une palanquée en réserve au cas ou je s'rais venu à manquer d'initiative, et c'est comme ça qu'on s'retrouva bien vite à poil sur l'canapé en train d'se dispenser des agaceries devant les aventures de Zobi le Troublé en version originale! L'histoire j'pourrais pas trop la raconter vu que très vite on a eu les muqueuses chauffées à blanc par les prodigalités prodiguées par nos mains expertes, bientôt relayées d'ailleurs par nos bouches avides de receuillir le bon jus d'caresse qui commençait à couler à flots! J'vous raconte pas la fin du film: on s'est finis à la papa, toujours sur fond de graillonnements  et de ahanements plus ou moins sexuels... Et c'est vrai que cet espèce de communalité baiseuse, qu'on ne pouvait pas s'empêcher de se représenter, nous avait bien emporté, dans une sorte d'exhibitionnisme gigantesque et de voyeurisme universel! Bref on avait niqué avec la France entière! C'est le lendemain qu'j'ai vu, dans un programme, le film qu'on avait mis. C'était le Jeanne d'Arc de Bresson. Parce qu'à Canal, faut reconnaître, ils avaient aussi une politique cinéphile ambitieuse, au début."

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11 janvier 2007

Les voleurs

oeuf"- Dis Briscard ?...
- Oui Bezo?...
- On dit bien qui vole un oeuf vole un boeuf, non?...
- On en cause, Bezo, on en cause, 'fectivement...
- Mais c'lui qui vole un boeuf, y vole quoi?... Un éléphant?..
- Bezo t'es vraiment trop con!"

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09 janvier 2007

La Poésie

poesie"Dis Briscard, c'est pas pour dire, mais, toi, t'en parles jamais d'tes histoires de fesses... tu pousses toujours Vébé à s'répendre, mais toi t'es d'une discrétion d'évèque qui couvre un curé tripoteur! A croire qu't'as jamais eu d'gonze, parole!" qu'y m'a sorti Bezo, comme ça, d'un coup, entre deux perniflards...
Bezo, j'crois l'avoir déjà souligné, c'est pas franchement l'mec finaud ni délicat... mais là j'trouvais quand même qu'il poussait l'bouchon un peu loin; dans l'commerce de spiritueux, l'intimité d'un patron d'bistro c'est au-delà du tabou: ça relève du secret défense, tous les bons taverniers vous l'confirmeront! Du coup j'aurais pu aussi bien l'envoyer s'balader sur la mer de glace en espadrilles plutôt que de me risquer à amorcer un début d'commencement d'esquisse de réponse! Mais l'problème avec Bezo c'est que si tu lui réponds pas à ses questions tordues, il te fait chier jusqu'à c'que tu craques et qu'tu lui balances une giroflée à cinq branches dans la tronche... et ça, moi, sur l'client j'peux pas m'le permettre... faut vivre, quoi merde.. Alors du coup j'ai biaisé:
"- Tu vois, Bezo, moi les femmes j'en connais assez sur elles pour m'en garder quand même un peu... mais en vrai, ce que j'me méfie le plus, c'est d'moi et d'mes émois... Parce que tu vois, mon pote, dans c'métier j'en ai trop vu des clients qui s'ruinaient l'tempérament avec l'amour et les choses qui vont avec, les sentiments, tout ça...
- Tout d'même Briscard, t'es comme qui dirait un brin exagère, non? Parce que, merde, l'amour c'est quand même la base de tout... des émotions, des chansons, d'la poésie... j'sais pas quoi, merde...
- Si tu sais pas tu fermes ta gueule, j'te l'ai d'jà dit, Bezo... maintenant tu veux qu'j'te dise moi c'que j'en pense de tout ça?... Et bien tu vois l'amour c'est le slip qui t'monte au coeur... et la poésie c'est le slip qui t'monte à la tête. Et c'est tout."
Bezo pour le coup il l'a fermé pour de bon sa grande gueule. Aussi sec.

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08 janvier 2007

Le cul d'la gazelle

gazelle"Dis Briscard, t'en penses quoi, toi, d'ces bouffons avec leur tente, là, sur l'canal, avec les Dons Qui Chiottes, et tout leur cinéma?" qu'il m'a questionné Bezo. Moi j'suis jamais trop chaud pour causer politique avec le client: ça peut faire déraper l'chiffre d'affaires très vite ce genre de conneries... ou alors faut rester dans l'général et l'allusif, genre n'ayons l'air de rien! Aussi j'me suis pas trop risqué dans l'implication et j'ai évasé: "Oh tu sais, Bezo, moi, l'camping... j'suis un peu comme Vébé, j'aime mieux l'hôtellerie traditionnelle!" Mais Bezo ça l'a pas trop satisfait mon tir en touche: il lui fallait du conseil avisé et de l'avis autorisé sur ce coup: "Non, mais sans déconner, Briscard... J'sais bien qu'tous ces mecs, là dehors, c'est pas des pétés d'thunes, mais quand même, entre Arnaud Rollerblade et Bayrou de mes deux pettes, moi j'dis qu'leurs tentes ça sent un peu l'coup fourré princesse, merde, quoi!"
Rachid, qui fermait sa gueule pépère jusqu'ici, il a pas pu s'empêcher d'faire monter la pression d'deux bars sur l'échelle du karcher à Bezo: "Dis Bezo, tu dis ça toi parce que t'as l'gite et l'couvert servi sur tranche dorée tous les jours qu'Allah y fait, mais quand même les pauvres des tentes y sont bien pauvres, non? Alors moi j'dis qu'même si la crue de l'oued n'arrose pas l'désert, elle mouille quand même l'oasis..." Bezo a levé les yeux au ciel et a laché: "Non mais tu l'entends, avec ces proverbes à la con! Si tu crois qu'ça va changer quelque chose les tentes télévisées, tu t'goures bien profond mon pote... C'est pour ça qu'moi j'dis méfiance et prudence sont mère de charité bien ordonnée qui commence par moi-même! et tiens en v'la du bon gros dicton bien d'chez nous mon pote!" J'sentais v'nir le vent d'la discorde façon tornade et m'apprètait à sortir mon arme utime, la tournée générale, mais Rachid a fait un sourire très doux, avec ses yeux d'fille comme il a des fois et il a dit dans un murmure: "Nous, c'qu'on raconte,  c'est que c'est quand le lion est repu qu'il dit qu'le cul d'la gazelle pue ... t'as jamais mangé d'cul d'gazelle Bezo?..."

 

Du coup j'ai r'mis un coup d'jaune à Rachid. Aussi sec. J'fais pas d'politique mais quand même, merde.

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04 janvier 2007

La laisse

laisse01"- Dis donc Vébé, ton dog, là quand j'lai gardé, j'l'ai toujours balladé en laisse... mais des fois tu le laches pas un peu?...
- Ah ça jamais Briscard, jamais!... La laisse pour le dog c'est la sécurité et l'attachement au maître!
- Ça pour être attaché, il est attaché du coup! Et il regimbe pas des fois?...
- Bien sûr ... il aime pas trop ça, alors il tire... c'est d'ailleurs pour ça que, j'sais pas si t'as r'marqué, mais j'lui mets une longe... comme ça il peut négocier la longueur de la laisse...
- 'tain, c'est quand même vicelard l'coup d'la longe, merde .... surtout si tu l'laches jamais...
- Jamais... jamais... faut pas exagérer non plus... tiens en vacances, j'loue exprès pour lui des baraques avec jardin, comme ça il peut gambader tranquillou et sans fuguer... parce que faut t'dire que quand j'lai trouvé, du temps de Rampling, il était plutôt fugueur, genre à courir la femelle pendant deux jours et r'venir à la baraque bretonne qu'on avait dans c'temps là, tout crotté pourri et mordu d'partout...
- La vache, il devait se régaler, merde alors!
- Oui il s'en est bien payé le salaud... mais après à Paris, terminé, t'es plus un chiot, t'es plus un p'tit, alors au boulot! Note que maintenant qu'il est tout vieux tout cassé, j'pourrais bien l'lacher, il irait pas bien loin... mais la laisse maintenant, justement, et bien c'est lui qui la réclame pour aller s'balader un peu... en même temps j'l'aide un peu à monter les marches en tirant ... tu vois Briscard, en définitive la laisse, et ben c'est bien pratique pour tout l'monde!
- C'est marrant, comme t'en parles de ton clebs et d'sa laisse... ça m'fait penser...
- Oui Briscard?...
- Non rien... tiens au fait ... tu sais Josy, qui m'fait l'ménage et m'remplace à l'occasion, elle m'a demandé d'la gratte... tu crois qu'y faudrait qu'j'la lui donne sa rallonge?...
- J'sais pas Briscard, j'sais pas: c'est toi qui tient la laisse sur ce coup..."

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03 janvier 2007

De la buée sur les Ray Ban

RB1Moi j'dis toujours, quand faut y'aller, faut y'aller... Aussi quand Vébé s'est pointé pour récupérer son clebs, j'l'ai mis en demeure, direct: "Soit tu nous racontes la fin d'ton histoire de Toraja, que tu nous as excités les glandes avec, soit tu r'fous plus les pieds au Balto, parole!" Aussi sec. Vébé il était quand même un peu péteux sur ce coup, vu qu'il nous avait tous planté là, en plein suspense tropical, sans vraiment de raison... aussi c'est bien modeste et tout doux, que, dès que Jeannine, Bezo et Rachid se sont pointés, il a repris son récit indonésien où il l'avait laissé:

" J'ai pas besoin d'vous dire que c'est bien volontiers que nous suivîmes les malabars jusqu'à la maison d'la fille aux seins... de près, je confirme, elle avait bien l'téton exhubérant... par contre mon gourdin n''était plus que gaulette de sacristain, tant la trouille me ravageait les intérieurs... la paleur de Dan me rassura sur son état, qui n'était pas très loin de l'Ohio non plus! Outre la fille aux seins, se tenaient sous les pliotis de la maison toraja trois hommes et deux femmes entre deux âges, et vêtus bien plus traditionnellement que la fille, et un vieillard édenté, accroupi et presque nu, puisqu'aussi bien le bout de tissu qui lui recouvrait l'intimité laissait largement apparaître une paire de gesticules géantes, pendeloques superbes, ornées d'un minuscule chibre tout frippé, le tout exposé au vu et au sentu de tout un chacun, parce que le monsieur sentait fort des bas-morcifs, j'vous promets! Bref, on se demandait bien ce qui allait nous arriver quand la fille aux seins s'approcha de nous la main tendue, avec un sourire plein de dents d'autant plus blanches qu'elles s'épanouissaient dans un joli visage cuivré, et nous apostropha d'un "Hello, Mister, you are the welcome in Lokomato... I am Hanna, and I study english in Makassar, and this is my father and my uncle, the chief of our village, and my other uncle and my two aunts; the old man is my grand father."
Un brin abasourdis nous apprîmes tout à trac que nous étions dans un village construit pour l'enterrement de trois personnalités de la même tribu, dont un cousin d'Hanna, que ce village serait détruit à la fin des cérémonies, mais que nous pouvions rester sous la maison où nous étions, la plus belle, parce que celle construite pour son grand-père afin qu'il puisse recevoir dignement ses hôtes, et que c'était un honneur de nous recevoir, et que nous pouvions boire du vin de palme et manger du buffle et du cochon à volonté...Hanna, partagée entre le plaisir de parfaire son english et l'excitation de voir deux européens dans son trou du cul du monde, se répandait en questions dont elle faisait la plupart des réponses, et nous saoulait bien plus sûr'ment que son vin de palme! Nous nous étions assis sur la natte pour bien profiter de ces grands moments plein de pittoresque à raconter au retour et prenions des photos de toute la fine équipe, le costaud cerbère m'ayant rendu mon Nikon; soudain le comportement du grand-père attira notre attention... pour bien comprendre la contextualité de l'aventure, il faut vous dire qu'on s'trimballait, Dan et moi, avec l'intégralité d'notre vie, dollars, passeports et billets d'retour, dans des petits sacs genre trimardeur,qui ne nous quittaient pas, vu qu'on avait moyennement confiance dans les coffiots en bambou des hôtels sans porte où nous logions...mais v'la qu'Papy, profitant de ce nous nous étions éloigné d'nos affaires, avait plongé ses p'tites mimines toutes plissées dans toutes les p'tites poches de nos p'tits sacs et en avait gentiment étalé le contenu sur la natte  tout autour de lui... pour l'heure il jouait à disperser nos banknotes, et à en faire des éventails très chics! Quand nos hôtes suivirent nos regards et virent l'ancêtre en train de nous détruire les talbins, ils se fendirent carrément la pêche, surtout en voyant nos mines déconfites et ahuries... faut dire qu'en même temps qu'il jouaiit au Monopoly Toraja, le vieux larguait caisse sur caisse, nous administrant ainsi la preuve définitive qu'en matière de senteur sauvage son envers valait bien son endroit! Du coup on était comme qui dirait un peu contrariés et beaucoup inquiets quant à notre futur proche qui commençait à ressembler terriblement à du futur antérieur... C'est Hanna qui nous a sauvé la mise: elle s'est mise à causer à son grand dabe avec des mots dont on comprenait qu'ils ne devaient rien à la piété petite-filiale et à lui filer des coups de baguette en bambou sur les miches tandis qu'il sautillait en piaillant, balloches au vent et bitoune tourbillonnante, sans pour autant cesser son infâme flatule'party, au grand dam de nos nasaux de petits occidentaux chichiteux!
Bref, nous pûmes récupérer nos Washington et nos biftons d'la Garuda, tandis qu'Hanna s'attardait sur les photos qui ornaient nos passeports..."You are beautiful... you have such a nice skin... and your nose is so long, so beautiful too ..." C'est de moi qu'elle causait. Moi on m'avait dit pas mal de trucs sur mon physique, que j'étais franchement pas épais, ou que j'avais trop de bide, ou que j'avais une gueule de décavé ou les yeux en trou d'pine... mais jamais que j'avais un beau nez. Non, ça jamais. Du coup j'fus tout ému, et vaguement gêné aussi, un peu...Dan il était mort de rire: "T'as un ticket mahousse, mon pote" qu'il ricanait, "dans cinq minutes elle te défait l'calfouette et te viole devant tout l'monde, garanti!"  Moi sans aller jusqu'à imaginer des trucs pas racontables, j'me voyais bien quand même empétré dans un plan genre Lima , en plus ethnologique... Aussi j'me tins à carreau, gromelant un vague thank you quand elle me tendit mon passe-frontières, et je commençais à préparer notre retraite sur Rantepao, ville d'eau! Hanna nous proposa bien gentiment de nous accompagner jusqu'au terminus du bémo, en nous faisant prendre un raccourci... nous quittâmes donc la docte assemblée, non sans s'être abondamment salués, accompagnés par un chapelet pétaradant de Papy Péteux! En route, Hanna tînt à nous faire traverser le village de ses parents, le vrai, et nous faire voir la maison de son oncle, chef du village, d'une richesse de décor faisant passer Versailles pour une cabane de chantier! Visiblement la gamine voulait nous impressionner, et nous montrer que nous n'avions pas à faire à de la Toraja de basse souche, mais bien d'la pouliche pur sang bleu local! Et effectivement elle remit la charge sur mon nez so beautiful, et qu'elle voulait se marier avec moi, et que je l'emmène à l'hôtel avec moi, qu'elle me montrerait que les femmes toraja sont les plus expertes du monde pour rendre un zboub heureux... tout ça avec de grands rires et en me tenant l'avant bras qu'elle caressait de plus en plus langoureusement. Dan en pleurait presque et je maudissais ce putain de nez que j'avais bien long, déjà à l'époque! Je me mis donc en devoir de lui expliquer qu'en France il faisait froid, qu'on ne pouvait pas marcher pieds nus et en pagne, qu'elle serait malheureuse et qu'enfin j'avais une femme qui m'attendait à Paris... Ce dernier argument la déstabilisa un court instant, mais elle en trouva la parade définitive: "But I will be your second wife!"  Moi j'y aurai encore rien trouvé à r'dire, mais allait falloir expliquer ça à la première, de femme! Je savais pas comment m'en sortir, sinon en lui filant un grand coup d'pompe dans l'train et en la priant de retourner changer les couches du grand père fissa, mais comme on la suivait depuis un petit moment sur son raccourci on était bien paumés, et incapables de retrouver notre chemin parmi tous les sentiers que nous croisions... Nous arrivâmes enfin au terminus du Rantepao's bémo et elle se fit de plus en plus entreprenante, me disant qu'elle voulait passer la nuit avec moi, que je n'aurais rien à payer qu'elle n'était pas comme ça, que c'était parce qu'elle m'aimait et qu'elle voulait que je l'essaye avant de décider de ne pas la garder... bref j'étais dans la merde! Alors je puisai dans les tréfonds de la réthorique classique la plus sophistiquée, pour lui faire valoir que si j'agissais ainsi je ne serais plus digne d'elle, même si je la gardais avec moi, et que je ne voulais pas me comporter comme un mauvais touriste allemand et la salir à ses yeux et à ceux de a famille et plein d'autres choses encore bien sentimentales et chevaleresques en diable... Dan en était tout ébahi, et n'arrêtait de mumurer " 'tain, la vache, 'tain la vache..." J'sais pas si je sus me faire comprendre dans toute la finesse du raisonnement, mais j'crois qu'oui quand même, parce qu'elle a pleuré un peu, elle m'a embrassé le nez et m'a déclaré, très sérieusement: "You are a gentleman"... Moi quand elle m'a dit ça, ça m'a foutu des frissons partout et pour un peu j'l'aurai embarqué aussi sec, du coup! Puis le bémo est arrivé... on était les seuls passagers... en me retournant, pour lui faire un petit adieu, j'sais pas pourquoi, mais j'avais comme de la buée sur les Ray Ban... faut dire que sous les tropiques ya un putain taux d'hygrométrie... ou alors c'était le vent du bémo..."

Généralement, quand Vébé il raconte des histoires comme ça, avec des mots d'la tête, comme dit Jeannine, nous on ferme not' claquemerde et j'luis r'mets une fine à l'eau en silence; sauf que généralement aussi, Bézo peut pas s'empêcher d''l'ouvrir et d'pourrir l'ambiance; ça n'a pas raté: "Dis Vébé, quand même tu crois pas qu't'aurais pu la sauter un peu la Toraja la Moukère, non? Parce que si c'est pas toi, faut pas rêver, ya aura bien eu un Spountchz pour lui jouer Ramona à Hanna, non?...
- P'têt bien, Bézo, p'têt bien... mais tu vois des fois, dans la life, t'es plus grand par ce que tu ne fais pas que par ce que tu fais... Tu vois, toi par exemple, là, t'aurais pas déchu en fermant ta grande gueule..."
Vébé c'est pas l'méchant mec, mais faut pas lui baver sur les glaouis non plus... et Bézo on l'a plus entendu. Aussi sec.

Posté par Briscard à 11:27 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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