30 mars 2007
Le lumbago
Ya Vébé qui s'est pointé tout cassé:
" - Ben qu'est-ce qui t'arrive Vèb'?... T'es passé sous un bus ou quoi?...
- Tais-toi... j'me suis réveillé l'lumbago... 'tain, j'peux plus arquer!
- Ben qu'est-ce t'as foutu? T'as passé l'aspirateur dans la Galerie des Glaces ou t'as essayé une position rock'n roll avec une gamine?!!
- Même pas, Briscard, même pas... J'ai juste porté l'dog jusqu'au véto, vu qu'il avait du mal à trotter Pépère... 'tain il est loin c'putain d'véto, merde! Et il a beau être vieux, il est encore bien lourd, l'dog...
- C'est l'véto d'l'Abbé Groult?
- Tout juste...
- 'tain, c'est vrai qu'ça fait une trotte de chez toi... aller-retour avec le clebs sur les bras, j'comprends qu'ça t'ai ruiné l'dos!
- Non... aller simple pour le dog, Brisc', aller simple.
- Ah. Merde."
27 mars 2007
Les mules
Vébé s'est pointé en sifflotant... Quand Vébé sifflote c'est que, soit il a passé la nuit accompagné, soit il va passer la nuit accompagné! J'lui ai servi sa Fine à l'eau matinale, et j'l'ai sondé:
"- Alors Vébé?... Comme ça on raconte qu'y aurait d'la gamine dans l'azimut?...
- D'la gamine, d'la gamine... faut rien exagérer non plus, Briscouille... à mon âge, la gamine, en d'ssous d'trente balais j'ai plus trop la main, faut reconnaître... Mais c'est pas faux qu'j'me sens bien parti des glandes, ce week...
- Tiens donc... raconte un peu... " que j'ai tenté.
Parce que Vébé, faut reconnaître, autant sur son passé voyou il est pas regardant, autant pour c'qui est d'sa vie d'aujourd'hui il est chichounet, l'bonhomme! Jamais il nous raconte rien, ou alors si peu... Tout juste si on devine, des fois, quand il siffle justement, qu'il a joué Ramona... Ou alors il disparaît pendant trois s'maines et y s'pointe au rade, l'air rêveur, comme s'il était parti d'hier... Alors forcément, nous, au Balto, on suppute... on imagine... C'est pour ça qu'j'ai joué mon Valet, d'entrée d'jeu, histoire d'lui faire tomber l'atout... Manque de bol il s'est défaussé:
"Maintenant, faut s'méfier: des fois tu crois qu'ça va être la fête à Neuneu, et total c'est le Bal des Maudits... Tiens ça m'rappelle une fois... dans la grosse boite où j'étais... à l'époque j'étais entre deux... Jake venait de me larguer pour de vrai... j'avais l'vague à l'âme bien souvent, et aussi, ya pas de honte à l'dire, l'bout soufflé à force de me palucher seul et solitaire! Alors forcément j'passais pas mal de temps à dragouiller les hotesses d'accueil de la boite... Enfin, dragouiller, c'est beaucoup dire... vu mon tempérament réservé, ça s'limitait à s'dire deux mots gentils ou à prendre un caoua à la cafète... Y en avait une, en particulier d'hôtesse, qui m'avait bien tapé dans l'slop... Sabine elle s'appelait... Elle tapait la quarantaine chic, lisait Garcia Lorca dans l'texte, et avait une façon de plisser ses grands yeux noirs quand elle te causait, que t'avais l'impression qu'elle te voyait à poil! Elle cultivait l'genre andalouse aux seins brunis, et attachait ses cheveux, noirs comme ses yeux, séparés par une raie médiane impeccable, en un chignon serré, auquel ne manquait plus qu'une mantille pour vraiment faire genre! Comme la boite était à cheval sur les principes, Dona Sabine et ses consoeurs arboraient un uniforme bleu marine, très classe et pas pétasse, tailleur taillé Couture et escarpins façon Chausseur... Bref c'était pas de l'roulure de Mondial mais plutôt de l'hôtesse de l'air au sol! Moi, j'dois dire, la femme en uniforme un peu strict, ça m'a toujours bien ému... Mais comme j'étais plutôt charter zone que jet set, je me rabattais sur du fantasme à mon niveau d'revenu et j'entretenais donc des relations bien cordiales avec la belle de Cadix...
Un jour, j'me souviens, c'était l' printemps... l'air était doux et les jambes enfin dénudées des filles m'énervaient l'sentiment ... j'étais accoudé au comptoir d'accueil, le zize en éveil et le sourire aux lèvres... la galanterie m'fleurissait le verbe et Sabine plissait ses yeux fort, avec un rire de gorge qui m'en racontait long sur l'état de son système ovarien! Bref on était tous les deux mûrs comme les blés, prêts à nous abandonner à l'appel de la forêt et aux agaceries vernales! C'est pourquoi, quand, répondant à je ne sais plus quelle allusion euphémique mais bien queutarde, elle m'invita à venir prendre un pot chez elle le soir même, j'en acceptai la conjecture le sourire aux lèvres et la bite enjouée! Nous convînmes de gérer la logistique de l'opération de manière élégante mais efficace: puisqu'elle habitait dans une zone pavillonaire improbable, je la suivrais en bagnole jusque chez elle où, m'avait-elle rassuré, il y avait toujours une roteuse au frais... moi ça m'allait, même si c'était plutôt les muqueuses que j'avais besoin de me rafraîchir! Pendant tout l'trajet je triquais comme un âne, tellement l'idée de lui froisser l'uniforme, genre crapule, me travaillait les imaginations... Arrivés dans son cosy cottage, elle m'invita à m'poser dans un canapé plus profond que le Gouffre de Padirac, alla chercher sa boutanche au fridge, et, penchée au-dessus de la table en verre fumé, de pur style Pompidou, elle entrepris de mouiller les coupes... sa jupe s'était tendue sur des cuisses que je devinais galbées et fermes, juste un peu fortes comme j'aimais... seule ma réserve naturelle et un certain sens des convenances m'empêchèrent de poser, là, tout de suite, ma main sur ces cuisses que je pouvais entendre frêmir! Elle trinqua, sans s'asseoir, et me dit dans un souffle: "Je vais me changer, j'en ai pour deux minutes..." Je n'avais pas eu le temps de lui dire: non Madame, ne changez rien, votre tenue nous plait beaucoup à Monsieur mon Zob et à moi, qu'elle était déjà barré dans la pièce d'à côté... Elle revint effectivement deux minutes et trente cinq secondes plus tard. Pour s'être changée, elle s'était changée... Imagine, Briscard, une espèce de robe bleue électrique, fendue jusqu'au nombril, en 100% acrylique imitation pure soie, et des mules à talons et plumes blanches, histoire de faire discret! Comme elle avait des convictions, elle mit un Paco Ibanez sur la platine et s'assit en face de moi en croisant ses jambes de telle sorte que je ne pouvais louper la dentelle noire de sa culotte noire... pas de doute... Ibanez, le déshabillé, les mules et la culotte: j'avais affaire à la femme de qualité! Et du coup c'était plus la fête à mon noeud du tout...
Je ne sais plus comment je me sortis du traquenard... je revois quand même son regard passant de l'incrédule au franchement mauvais quand je me levai, lui serrai la main qu'elle me tendait machinalement et quittai sa bonbonnière sur un "à demain" joyeux."
Moi j'pensai que là, Vébé il charriait quand même un peu: laisser une poulette comme ça, réacteurs à fond et l'point G en bout d'piste, c'était limite muffle. J'lui fis r'marquer:
"- Dis donc ton andalouse, elle a du l'avoir mauvaise et t'en vouloir chouïa, non?
- J'sais pas trop Briscard, j'sais pas trop, vu que peu de temps après elle allait se vanter qu'elle avait pieuté avec moi, comme si c'était un putain d'exploit...
- Ben mon cochon, elle était plutôt sport ta Sabine, merde alors...
- Ben là non plus j'sais pas trop dire, Brisc' ... parce que, quand même, c'est Rampling qui m'a mangé l'morceau, quelques mois plus tard, quand on s'est un peu connu... Et, va comprendre pourquoi, mais ça avait pas l'air d'lui faire plaisir..."
J'lui ai r'mis une Fine à l'eau en souriant. On dira c'qu'on voudra, mais l'Ibère c'est quand même un tempérament... enfin moi j'trouve.
22 mars 2007
Passe-Temps
Bezo s'est pointé fou furieux:
"-
'tain, l'enculé, fais chier, merde... une demi heure, j'ai poireauté, à
la Poste... tout ça pour un recommandé de merde de mon enfoiré
d'probloque qui veut m'augmenter l'loyer, soi disant qu'il est pas au
prix du marché... Tiens ça m'a donné soif: sers moi donc un jaune...
- Un jaune à c't'heure, Bezo?... Tu crains pas d'charger la mule un peu tôt?...
-
T'occupes Briscard: c'est p'têt ton perniflard, mais c'est mon foie ...
alors sers et tais-toi! 'tain, franchement trente minutes c'est trop
long...
- Oui... c'est long trente minutes... alors que les années passent si vite..." a dit Vébé.
19 mars 2007
Le sac US
On était plutôt pépères ce jour là, au Balto... Pouvait bien y avoir les érections pestilentielles, nous on s'en battait l'oignon à froid: la belote, qui commençait avec une prise à carreau par Rachid, promettait d'être paisible et chaleureuse, comme toutes les belotes du Balto. Rachid jouait avec Bezo et moi j'faisais la fine équipe avec Vébé... Déjà on se régalait, avec Vébé, d'la prise à Rachid car nos mimiques discrètes et complices disaient assez qu'on était plus blindés qu'un vitrier, à carreau! La première donne sentait le dedans profond pour le couple infernal, Rachid et Bezo! D'ailleurs ce dernier ne ménageait pas son partenaire:
"- 'tain, t'es vraiment chiant d'avoir pris à carreau, bougnoulman... tu m'as carrément planté ma longue! Merde, fais chier...
- J'pouvais pas prévoir l'imprévu, la Bèze, merde... commence pas à gueuler sinon moi j'te fous mon jeu dans l'cul avec l'harissa! J'vais t'soigner l'hémorroïde, tu vas voir!"
La partie s'annonçait donc sous les meilleurs auspices. J'encourageai Vébé à se défausser un max d'entrée d'jeu, histoire de s'monter la coupe:
"- N'hésite pas à charger la barque Camarade: j'ai l'tirant d'eau qui va bien... Sois pas timide: raconte tes cartes à Tonton Briscard!
- Sois pas timide, sois pas timide... faudrait pouvoir, Brisc'... faudrait pouvoir... de toute manière chez moi la timidité c'est carrément existentiel... une seconde nature... alors!...
- Merde, me raconte pas de char Vébé... dis plutôt qu't'as pas l'jeu qui faut... mais toi timide, pardon, mais je rigole...
- Dites donc faut pas vous géner les zommes... si vous voulez, on vous donne nos cartes et on va s'faire un rami avec Rachid! qu'il s'est indigné Bezo
- Te fache pas Bezo, on cause...
- Mais j'déconne pas Briscard, j'déconne pas... tiens si j'te racontais les trucs que j'ai foirés avec cette putain de timidité, t'en reviendrais pas... qu'il a embrayé Vébé
- Et si toi tu mets pas une figure sur ce pli, tu vas pas en revenir non plus... Alors raconte voir un peu, ta timidité, qu'on s'marre...
- Tiens, juste un exemple... j'avais quoi? Dans les 18 ans et des... j'avais terminé ma première année d'droit, mais ça me tartinait bien, l'droit!... Moi j'm'étais mis dans la tête de passer l'concours d'une école de cinoche... l'IDHEC, la plus grande, la plus belle! Fellini ou rien, j'voulais être... c'était plus une passion à c'niveau là, mais un destin! Comme l'école avait fermé deux trois ans d'suite pour cause de révo cul, j'avais donc fait mon droit pour faire plaisir à Mamanpapa qui me nourrissaient quand même un peu! Mais dès qu'le concours fut réouvert, crac j'métais inscrit...
- Dis donc tu coupais pas à coeur tout à l'heure, Vébé? l'interrompit Rachid
- Ta gueule Rachidou, ta gueule... que j'lui intimai... Pas quand Vébé raconte... Continue mon pote...
- C'est vrai Rachid... c'est pas qu'ce soit la messe c'que j'dis, mais si on m'coupe j'perds le fil et total, je rabache! Alors donc, comme ça, j'm'étais inscrit au fameux concours, enfin à la préselection... j'me souviens fallait faire un reportage photo-son et un jury décidait si tu passais l'oral... puis t'avais la sélection sur deux jours... Moi j'avais décidé d'faire un reportage sur Cordes, ville d'art et d'artifice! J'voulais faire genre les artistes de Cordes c'est rien que des branleurs qui s'la pêtent grave, mais les vrais gens d'la vraie vie ils les méprisent les artistes de Cordes... Bref de l'engagé et du social... en réalité je crevais d'envie de causer avec ces putains d'artistes que j'avais vaguement croisés l'année précédente lors d'un déjour parfaitement touristique à Cordes... Mais j'arrivais pas encore à exister dans l'positif: fallait qu'je rebellise à tout va, comme un ado un peu attardé et que donc je casse de l'artiste... Pour tout te dire, le fond du fond, c'était que, depuis mon dépucelage précoce sur le Ville de Calvi, j'avais la libido en panne et l'calbut chauffé à blanc... Du coup un rien m'échauffait et j'avais l'indignation facile... Comme j'avais un peu d'vacances j'en profitai pour aller faire un tour du côté de Peyreleau où j'avais repéré une petite auberge de jeunesse sympa, au confluent du Tarn et de la Jonte, histoire de prendre l'air... c'est en descendant en train que je rencontrai une suédoise qui, comme moi, truandait le dur sur la plate-forme, près des chiottes pour s'planquer du contrôleur... à l'époque fripouiller la SNCF c'était pas racaille: c'était d'la réappropriation révolutionnaire! Et c'était moins cher aussi. Moi j'avais stoppé jusqu'à La Souterraine, où j'avais embarqué dans l'Paris-Millau enloucedé; avec la suédoise, pas très jolie, mais sympa comme tout on a bien causé et on s'est promis d'se revoir à Paris... j'l'ai revu d'ailleurs... un jour faudra qu'j'te raconte comment elle s'est pointé avec une copine à elle dans mon premier studio de 12 m² ... Mais bon ,là on s'est quitté à Millau, vu qu'elle continuait sur Montpellier... A Peyreleau j'suis resté un peu plus que prévu, vu qu'j'ai trouvé sur place deux copines sympas qui me f'saient la cuisine... attention, hein... des pinecos, des vraies, pas des coups potentiels... quoique ça m'aurait pas fait d'mal de dégorger un peu l'poisson, mais bon, la timidité aidant, j'poussais pas des relations qui étaient bien comme ça... C'est drôle d'ailleurs, j'sais pas pourquoi, mais j'ai toujours eu des copines genre féminin... probable parce que j'leur foutais pas la main au cul à la première occase... toujours galant et prévenant, Vébé... mais surtout timide... Et justement v'la comment, ma timidité, j'en ai eu la grosse misère, la plus grosse de ma vie peut-être, cet été là...
J'avais quand même fini par reprendre la route, guitare et sac US en bandoulières, le Minox d'un pote dans la poche, direction le Grand Reportage qui allait m'ouvrir toutes grandes les portes du 7ème Art! J'te dresse le tableau: jean, t-shirt, camarguaises et ch'veux aux épaules, avec la guitoune et l'sac, j'étais le parfait petit routard de collection! Vintage avant même d'être vieux, j'étais! Mais j'le savais pas et me trouvais très bien comme ça, trimballant une morgue qui me faisait être un piètre compagnon de voyage pour les bagnoles qui me prenaient en stop!
En quatre ou cinq étapes, genre dix bornes à chaque fois, j'arrivais à Rodez, d'où j'avais prévu de descendre sur Carmaux puis Cordes, à main droite. J'me souviens, y avait un putain d'cagnard et j'essayais de sortir de Rodez à pied, en plein midi, histoire de m'trouver un coin d'ombre où m'poser dix minutes. Je stoppais même plus m'étant résigné à choper un car pour Carmaux sur la route... Je marchais, un peu abruti et, in petto, pas vraiment convaincu de ressembler à Kerouac, mais bien plutôt à Jo le Clodo, quand une bagnole rouge et décapotable s'arrêta juste devant moi... un Fiat 1500 cabrio... et comme elle était décapotée, la décapotable, j'eus tout le loisir de découvrir son occupant... ou plutôt son occupante. Tu m'croiras ou pas si tu veux, Briscard, mais j'te jure que j'ai cru rêver... le miracle de l'auto-stoppeur, la Mecque du trimard, le Graal du gueux s'offraient à mes yeux éblouis par la magnificence de l'apparition, et un peu aussi par le soleil, faut reconnaître: au volant du petit monstre rouge une femme blonde, d'une beauté rare me faisait signe de la main... Un instant je pensai qu'elle allait me demander sa route, mais comme je m'approchais du bolide elle s'enquit de ma destination et me demanda si je voulais qu'elle m'emmène... je dus balbutier un Carmauxetcordensuite, qu'elle comprit, puisqu'elle m'invita à prendre place dans la guinde. Que je te dise, Briscard, tu vois Deneuve jeunette?... Et bien c'était elle en un tout petit plus belle et en vraie blonde... la jupe se portait encore courte cette année là, et la sienne était très largement remontée sur des cuisses dorées et musclées. Elle devait avoir une trentaine bien sonnée, et une jolie petite patte d'oie lui émouvait l'coin d'oeil. Je mis ma gratte dans le maigre espace derrière les sièges et posait mon sac US sur mes jambes. Elle roulait doucement, sans à-coups, et comme le vent ramenait ses cheveux dans les yeux, elle remettait régulièrement en place ses mêches folles derrière son oreille d'un geste qui me faisait chaud dans le ventre, sans que je comprisse pourquoi... Elle me raconta sa vie, avec une pointe d'accent qui, elle aussi, me faisait chaud dans le ventre... Elle était niçoise, son mari médecin, ne pouvait prendre de vacances cette année là et elle partait, seule, "un peu à l'aventure", précisa-t-elle. Bref c'était une routarde comme moi!
A mon tour je dus lui raconter ma vie palpitante, le reportage à Cordes, l'IDHEC en vue... j'en rajoutais sans doute un peu sur le sens profond de ma démarche, regard critique posé sur un monde pourri... Je sais qu'elle éclata de rire quand je lui fis part de ma quête libertaire qui me faisait choisir le stop par conviction plus que par nécessité. Elle m'expliqua qu'elle aussi avait été étudiante fauchée, mais que maintenant qu'elle était pété d'thunes elle en profitait bien! Et du coup elle se mit à vouloir m'en faire profiter... à me détourner de mon ascétisme léniniste... elle me proposa, ni plus ni moins de l'accompagner dans son périple... elle me dit qu'on pourrait coucher à Toulouse le soir même et ensuite filocher sur l'Espagne... elle avait une petite dizaine de jours qu'elle me proposait de partager, en me disant que pour l'argent ce n'était pas un problème... Mon sac US pesait de plus en plus lourd sur mes cuisses, et plus particulièrement sur mon zboub, qui, foutu traître à la classe ouvrière, s'était mis à remplir le 501 qui se portait serré à l'époque. Bref j'avais une putain de trique façon bitenbois, alors même que je lui expliquai que mon reportage était prévu depuis trop longtemps, que c'était quelque chose d'important pour moi et pour mon avenir et que merci Madame mais je descend à Carmaux... Elle tenta bien de me faire valoir tout l'intérêt de sa proposition, mais ma détermination resta aussi ferme que mon zob et je tins bon jusqu'à Carmaux... Au fond de moi par contre c'était le Grand Bordel! D'un côté je savais que je ne me trompais pas, qu'elle me proposait bien de jouer les michetons pendant ses vacances, mais d'un autre côté je me disais que je me trompais, que c'était pas possible, que ça n'arrivait que dans les films, surtout moi avec mon look crados et elle somptueuse comme sa bagnole! Alors, à Carmaux, je sortis de la bagnole, maintenant le sac devant ma bite affolée, saisit ma guitare et lui dit aurevoirémerci. Elle eut un petit soupir qui me fit vibrer le goumi, et me dit dans un souffle, "Dommage... j'aurais bien aimé aller en Andalousie avec vous... il paraît que les femmes y sont fort belles..." Et elle démarra, doucement, tout doucement, me faisant un petit geste de la main... je me revois agitant bêtement la mienne, de main et me traitant de putain de gros con de merde à pus gluant d'enculé de tous les trous et suceur de crottes de nez pourries de vieux tuberculeux zoophiles. Je venais de découvrir la détestation de soi. Je m'engageai sur la route de Cordes, une départementale pas trop fréquentée, trouvai un petit chemin désert et m'allongeai dans un champ de luzerne fraichement coupée. Là je défis mon putain de 501, sortit ma bite toujours énorme et me branlai furieusement vers le ciel où les nuages, rares, ne dessinaient rien, passant comme des cons, comme par sollicitude pour ma propre connerie..."
14 mars 2007
Yvonne Printemps
C’est Bezo qui a attaqué :
« - Moi j’dis la politicouille c’est pourri et compagnie, à droite comme à gauche… et même l’autre, là, de l’extrême milieu du centre... ces mecs ils te causent comme quoi il va falloir faire des sacrifices et en même temps ils se pavanent en avion et TGV 1ère classe… mais pour t’le mettre dans l’cul, fort et profond, là pardon, mais ils en connaissent un rayon… même Yvonne Printemps elle a sa qualif’, rapport à l’enfilage de perles !
- Yvonne Printemps ?... que j’me suis étonné de cette référence, certes historique, mais bien improbable pour désigner une des candidates présidente.
- Ben ouais, c’est mon vieux Tonton Blaise qui m’a dit que Royal, elle lui f’sait penser à Yvonne Printemps : même filet d’voix, même tronche de cake et même tailleur de chez Mémaire’s! Bref, tout ça pour dire qu’ils nous prennent vraiment pour des cons !....
- Tu m’as l’air bien remonté, la Bèze, qu’il lui a fait Vébé.
- Je veux, Vébé, je veux !
- Raconte-nous ça, un peu, qu’j’ai insisté…
- Ben c’est leurs histoires de retraite, là , qu’on va s’retrouver à la prendre à des pas d’âge, et en plus avec des pensions à la baisse… Moi ça m’fout les boules si j’dois partir à 70 balais, merde, fait chier…
- Oh, tu sais, nous autres dans l’commerce, on est pas bien gâté non plus… mois j’suis bien parti aussi pour la septentaine…
- Oui, mais toi Briscard, c’est l’régime qui veut ça… vous autres les p’tits commerçants vous avez toujours boudé sur la répartition… la capitalisation et les bons du Trésor c’est l’bon beurre du bougnat, c’est bien connu !... qu’il m’a fustigé, Vébé.
- Dis donc Vébé, tu veux que j’te dise combien elle nous coûte en taxes pinardières ta répartition d’communiste ?... que j’lui ai rétorqué… merde, quoi, à la fin…
- Et voilà, encore les grands mots qu’on nous bourre le mou avec… répartition, capitalisation… et ça veut dire quoi, Monsieur Vébé, qui est si malin ?... que s’est indigné Bezo.
- Bezo, le problème avec toi, c’est qu’t’es con… à la base t’es con… sinon t’es l’bon mec, mais t’es con… qu’j’l’ai mouché Bézo ; moi j’suis comme ça : c’est Vébé qui picole mais c’est Bézo qui trinque !
- Pas sûr, Briscouille, pas sûr… p’têt qu’on lui a pas bien expliqué… Tiens j’vais t’prendre un exemple pédagogique Bézo… écoute bien… C’matin en promenant l’dog, qui marche tout doux tout doux avec son urée pourrie, j’me suis attardé sur un panneau au pied duquel il chiait tout son saoul : J’aime mon quartier, je ramasse, qu’il disait l’panneau… et en tout petit y disait aussi que si j’me faisais gauler ça pouvait m’couter 450 euros…
- ‘tain ça fait chérot la merdouille, ça, qu’il a compati Bezo
- Tout juste, Bézo, tout juste… mon chien il chie tous les jours, mais crac, un jour on m’taxe 450 euros pour une merde… ça, ça s’appelle d’la merde par capitalisation… alors que, tu vois, mon clebs il a près d’17 ans et à vue d’nez il a vécu environ 6 000 jours… à raison de deux merdes par jour, ça va nous chercher dans les 12 000 merdes, en gros… c’qui fait j’aurais du raquer 4 centimes d’euro par caca… ça c’est la répartition tu vois Bezo… et si tous les probloques de chiens y payaient 4 centimes d’euro la merde, ça f’rait plein d’thunes pour nettoyer les crottoirs de Paris et d’ailleurs ! Comme quoi la répartition c’est républicain…
- ‘tain, Vébé, tu devrais faire d’la politique mon pote … comment qu’t’explique trop bien! s’est ébaubi Bézo !... Briscard, met nous une tournée sur mon compte !
- Ah non, Bézo, c’est celle du patron, là, une vraie, par capitalisation !»
Parce que l’Balto c’est aussi ça : quand on est dans la merde, par répartition ou capitalisation, on boit toujours un coup !
05 mars 2007
Le ski à Villard
Il
faisait un vrai temps de merde: les coins d'ciel bleu se prenaient des
roustes commak par des gros balaizes de nuages bien pouraves et tout
pisseux, le vent soufflait comme équinoxe à Pointe du Raz, et pour tout
dire on était mieux à taper l'carton au Balto qu'à percer des trottoirs
au marteau-piqueur. De toutes manières on est toujours mieux qu'à
percer des trottoirs au marteau-piqueur... C'est avec une bonne rafale
toute mouillée qu'Vébé fit sa rentrée au Balto.
"- Salut Vébé... ça biche, mon pote?... Alors, y a Bezo qui m’dit comme ça qu'on cause que ton dog va mieux?...
- Moi ça va, Briscouille, ça va… mais
l'clebs faut quand même voir à voir... disons qu'il est pas crevé...
mais il est pas vraiment bitard non plus; l'urée c'est déjà la grosse
saloperie. Enfin dans tout ça moi j'dis qu'les vétos, c'est bien un peu
comme les bibs: ils assurent plus les honoraires que l'diagnostic...
Tiens tu m'mets une Fine à l'eau sans eau, camarade?
- Un Fine… ça marche, Véb'... et sinon... tu nous racontes quoi ?...
- J'vous
raconte quoi, j'vous raconte quoi!... Tu sais bien quoi, que j'vous
raconte tout l'temps, et qui vous botte bien, hein mes
salauds?!... Mes vieilles histoires de coeur côté cul, ça vous
branche bien, hein mes vaches?... Tiens des fois j'me demande si vous
les méritez, les histoires d'Onc' Vébé...
- Hé, dis donc, on te
demande rien Bonhomme! Tes histoires c'est tes histoires et nos
esgourdes c'est nos oreilles! Faudrait voir à pas confondre café-bar et
baratin... si t'as pas envie d'causer tu t'tais et voilou! Merde, c'est
vrai quoi à la fin!"
C'était bien, j'crois, la première fois que
j'allumais Vébé... Je craignais l'pire, vu qu'c'est quand même l'homme
de caractère le Véb'... Du coup, un peu effrayé par ma propre
hardiesse, et histoire de m'rattraper aux branches, j'lui resservis une
Fine sur celle qu'il avait à peine entamée et tentait un réamorçage en
douceur:
"- Bon, alors sinon tu nous finis Rampling ?...
- Finir Rampling!... Alors qu'j'l'ai même pas commencée!... Parce que c'est seulement à mon retour de Vulcania
que j'ai vraiment commencé à l'entreprendre Rampling... le
baiser-commissure m'avait bien laissé rêveur, et tout au long de notre
périple indonésien, avec Dan, j'avais pas cessé d'y penser...
l'éloignement, en plus, me faisait magnifier un bisou même pas mouillé
au point d'le confondre avec la galoche d'Aurillac!... et du coup je
triquais comme le mât de Kersauzon dès que j'me remémorais ce bref
moment lipstick; faut dire que, pendant notre périple, la promiscuité
avec Dan ne me permettait pas vraiment de m'vidanger à la mano, et du
coup j'avais la trompe à Dumbo qui saluait sous les applaudissements du
public à mon slip ! Bref au retour j'n'avais qu'une putain d'envie:
revoir Rampling et la séduire! J't'ai dit que c'était quand même la
femme de classe, pas l'genre que tu lèves au bowling de La Matène ou au
Metropolis de Rungis! Même si je sentais bien que mon genre crapule lui
déplaisait pas, il allait quand même falloir assurer sur la roteuse:
Rampling fallait pas lui causer Champony ou Vittelloise!
J'ai donc
renoué connaissance et après deux ou trois déjeuners bien yeux dans
yeux et main étreinte, j'lui lâchai l'invit' à diner d'la mort qui tue,
dans un soupir d'agonisant, genre mourir
vos beaux yeux, belle Marquise, d'amour me font! Le résultat fut aussi
immédiat que sa réponse: vendredi. Comme ça, ni interrogatif ni
suggestif: affirmatif!... A prendre ou à laisser!... Vendredi, sinon
rien!... J'avais beau savoir qu'elle avait un putain de job avec des
putains d'responsabilités, sans être tout à fait autoritaire, c'était
quand même un peu comminatoire, sa propal! Et là, tu vois Briscard,
j'aurais dû faire gaffe... suspecter l'piège à loup... soupçonner la
manoeuvre... prévoir l'imprévisible... Bref, anticiper le gros
plantage. Mais quand un homme réfléchit avec sa bite il est pas rare
que ses couilles finissent en cervelle aux câpres... C'est comme ça que
le vendredi soir suivant, excité comme un collégien à sa première
bithday's party, j'attendais le coup d'sonnette qui allait me remplir
le coeur et me vider les burnes!
Rampling, que j'appelais encore
Caro à l'époque, se pointa sur le coup de huit plombes... Elle venait
direct du job et avait une petite robe grise et noire et ses Carel à
talons, histoire de changer des Jourdan. Moi j'avais prévu la soirée
vaguement comme ça: un apéro champagne dans mon gourbi, puis un
japonais d'la rue St Honoré qui faisait dans l'genre classieux et
onéreux... Pour le champ' ce fut ma première rencontre avec le ruineux
Ruinart que m'avait conseillé Michel Renaud, le caviste de Nation... Tu
vois j'avais fait les choses comme il faut... pour l'coup d'la bête à
deux dos j'avais prévu d'lui proposer d'prendre ma tire pour aller au
resto, et d'la raccompagner chez moi pour qu'elle reprenne sa guinde...
entre le champ' à mille balles et le saké tiède c'était bien la gale si
elle ne montait pas prendre un petit dernier dans mon stud'; et là...
Mais
ça se passa pas tout à fait comme ça... Sur ce coup, j'dois dire,
jamais je ne remercierai assez Michel Renaud: au bout de deux coupes la
chef de cab' riait aux éclats à mes saillies pas encore saillantes en
basculant sa tête en arrière, les yeux mi-clos et les lèvres humides!
Parole, on se s'rait cru dans un polar de la Twentieth, quand la femme,
blond platine, du Parrain s'amuse avec son lieutenant qui sait pas
encore qu'il est mort! Sauf qu'elle était pas platine et que j'étais
pas mort. Pas encore. Elle s'était installé sur ma petite
banquette fifties bien basse, ce qui l'obligeait à croiser ses jambes
démesurément longues très haut et sa robe, au tissu léger, lui
remontait pas encore tout à fait sous les seins, mais ça allait pas
tarder!... J'avais une vue troublante et troublée sur la plus belle
paire de cuisses qu'il m'avait été donné de mater, et j'avais le zboub
en folie, qui arrêtait plus de donner des coups d'tête de noeud dans
mon fut', genre "c'est quand qu'on sort, j'étouffe moi ici" ! La soirée
s'annonçait longue et tendue! Histoire de détendre l'atmosphère j'avais
mis 'Round About Midnight sur
ma Thorens Grand Luxe, et du coup, de légère chaleur en début d'soirée
la météo locale passa rapidos à torride et capiteux... ça, Briscard, le
Miles et le Ruinart, ya pas mieux pour t'préparer en douceur un plan
zobino zobinette!
Te dire ce qui m'a pris d'lui embrasser les
shoes, puis les jambes puis les cuisses, j'saurais pas... c'que je sais
par contre c'est que premièrement elle a pas dit non quand j'ai dit
oui, que deuxièmement elle avait dû oublier sa culotte chez son mari et
que troisèmement le Ruinart que j'ai bu ce soir là c'était p'têt' pas
le Dom, mais sûr qu'c'était du bon! Je me suis alors perdu entre ses
cuisses comme Reno dans le Grand Bleu et j'ai bien dû tourner sept cent
fois ma langue sur mon pote le gitan qui m'attendait à l'entrée d'la
grotte magique! Parole, jamais j'avais rien senti d'aussi doux, d'aussi
parfumé, d'aussi... tiens, d'en parler, j'm'échauffe encore... J'vais
pas t'raconter comment on s'est retrouvés nus comme des genoux, ni
comment on a remis l'couvert cinq fois jusqu'au petit matin ... sur la
fin j'avais carrément l'éjac' sèche et nerveuse, l'jus d'couille tari,
et l'gland douloureux comme une crampe de marathonien! Et Rampling qui
continuait de réclamer j'savais même plus quoi... j'avais l'impression
d'être un gode avec des poils autour, ce qui somme toute était conforme
à mes convictions gaucho-féministes de l'époque! Et dans le même temps
je pouvais me prendre pour Super Niqueur: cinq fois, t'imagines? Un
vrai film de boules, qu'on v'nait de s'jouer, là dans ma p'tite turne
de jeune homme moderne!
Sur le coup de huit heures elle s'inquiéta
de son mari et du bobard qu'elle allait devoir lui servir... moi
j'étais dans l'cirage total, mais j'étais bien, mais bien, tu peux pas
savoir! L'Empire des Sens et L'Dernier beurre à Paris réunis! Elle se
rhabilla tandis que Madame ma queue se redressait à nouveau pour lui
chanter ce n'est qu'un au revoir; je lui demandai alors quand on se
reverrait, pensant que si c'était demain c'était bien... Elle me
regarda, droit dans les yeux, avec ses putains de yeux pers à elle,
comme Athéna, et me dis: "Ecoute.. voilà, tu as le week end pour
réfléchir: soit on vit ensemble soit tu ne me revois jamais. Lundi
j'attends ta réponse. Je t'aime." Elle me fit un nouveau baiser
commissure et me planta là, la bite bêtement dressée et la bouche
béante... c'qui était pas plus mal que l'contraire, dans un sens!"
Vébé termina sa Fine, mais ne reposa
pas son verre, qui restait lui aussi bêtement dressé au bout de son
bras accoudé au comptoir. Je sentais comme du vague à l'âme et de
l'indécision dans ce geste arrêté, comme on arrête le film des vacances
à Villard-de-Lans sur l'image de Papa qui sourit juste avant d'se
casser la gueule à ski... Comme j'le sentais parti pour nous jouer le
Monde du Silence en couleurs, j'lui encourageai la reprise du set:
"- Et alors, Vébé, t'as fait quoi?...
- Oh,
j'ai pas fait grand chose... Dire oui, c'est pas faire, c'est juste
causer... alors j'ai dit oui, d'accord... histoire de causer... Et j'ai
même pas attendu l'lundi...
- Et alors?...
- Alors?... Alors 20 ans, Briscard, 20 ans..."
Du coup j'lui ai r'mis une Fine, histoire qu'il ait l'air moins con avec son verre vide suspendu au dessus d'sa vie...