LE BALTO

Un bistro du coin où on tape la belote avec Bezo, Rachid, Briscard et quelques autres...

27 avril 2007

ARDOISE4

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26 avril 2007

Le Père La Moustache

clemenceauVébé s'est pointé, en début d'aprèm', tout gai et souriant, même qu'on l'avait pas vu comme ça depuis un bon moment. Du coup, en lui servant son Picon bière, je m'enquis:
" - T'as l'air tout guilleret, Vébé... T'as touché l'euro million ou ta touché de la loute de printemps?...
- Pour la loute, j'dis pas non, mais j'dis pas oui non plus Briscard: tu sais bien que mes histoires sont mes histoires et que les questions je n'y réponds qu'à celles qu'on ne me pose pas!
- 'Scuse l'intrusion, Vèb', j'voulais pas m'imiscer... c'était juste pour le truc de causer... façon camarade... pas pipelette, quoi
- Y a pas offense, Brisc', ya pas offense... Non, en fait, j'me marre parce que j'en ai fait une sévère hier... Tu sais en bas d'chez moi y a une espèce de néo-babak-écolo-frico-vélosiègeabébé-quadra de frais qui gare son Raleigh juste contre la grille du jardin, tout prêt du portail, c'qui fait que quand on sort, crac, une fois sur deux, si on fait pas gaffe, on s'bigorne le tibia dans la pédale ou on s'accroche le bas d'la veste sur son putain d'guidon anglais! Bon quand j'avais le dog, il lui compissait bien un peu la roue,mais ça l'empêchait pas de continuer à sévir. Alors j'ai ourdi un plan.
Ourdir un plan! Même Eugène Sue, sur la fin, il osait plus. Vébé des fois il nous troue l'cul... Chez lui la désuétude c'est pas une passion, c'est un culte, auquel il sacrifie, comme ça, au détour d'une idée d'sa tête, et crac il nous sort de l'ourdir ou du mazette... Comme il faisait bien chaud, j'lui remis un Picon bière et le sollicitai:
"- Alors comme ça, t'as ourdi?... Et c'était quoi ton abomination?...
- Voilà que j'me suis dit: puisque Monsieur il l'aime tant qu'ça c'te grille, et bien on va lui en donner pour son argent. Alors hier j'ai acheté un anti-vol, et j'ai attaché son bicycle à la grille. Comme ça, avec le sien, il avait deux anti-vols. Mais une seule clé. Et ce matin il a été bien surpris de la résistance du beau vélo british, vu qu'il l'avait pas vu le le deuxième anti-vol. Le gardien, qui a tout maté, m'a raconté: la surprise, donc, mais aussi l'incrédulité, puis les regards autour, pour voir si l'auteur du forfait était encore sur place, et l'énervement, et la rage, et SOS Deux Roues avec la grosse pince coupe boulons... Du coup il était tordu le gardien... j'étais bien content pour lui: dans son métier on rigole pas tous les jours, avec le résident irascible et le copro méprisant...
- Et tu crois qu'ça va lui calmer l'stationnement illicite, à véloman?
- J'sais pas Brisc', j'sais pas... mais j'ai été acheter un autre anti-vol... au cas où... Chez Astuce Color le patron y m'a regardé bizarre quand même!
- Vébé, à ton âge, faire des conneries comme ça, ça relève quand même un peu de l'immaturité, non?...
- Ecoute mon petit Briscouille moi j'dis pas comme l'autre,là, le Père La Moustache... moi j'dis que celui qui est pas immature à quinze ans est un imbécile, et que celui qui ne l'est plus à cinquante est un gros naze. Tiens, tu me mets une Fine à l'eau pour changer?..."

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24 avril 2007

Padirac

padirac1"Dans la bagnole du retour j'lui caressai gentiment la cuisse toujours plus haut, toujours plus haut, comme disait Eiffel, et pus constater que si elle avait une petite culotte, c'était vraiment une petite, mais alors toute petite culotte! Du coup j'avais le zob qui donnait des grands coups d'tête pour s'aérer un peu la glotte: il avait ses vaps' Pépère! C'est bien vite que la chignole à mon pote nous ramena dans mon deux pièces cuis., sdb, tt confort, double expo., quartier calme, prox. tt commerces.
Dans l'ascencul j'lui p'lotai un peu l'coeur, qu'elle avait ferme et rond, et c'est bien énervé que je lui ouvris les Portes du Paradis!
J'avais mis la Veuve au frais, et je sortis les p'tites saloperies apéritives de chez Picard: les timbales fraîches friment bien si elles te nourrissent pas... et au moins tu risques pas l'aérocolie et les désagréments nocturnes qui l'accompagne comme avec la purée d'fèves à l'orientale en  toats aphrodisiaques! ... j'ai trop vu d'vieux potes se ramasser à cause d'une caisse mal négociée! J'avais mis le best of Georges Michael sur ma Pionneer, et roulez jeunesse, roulez petits bolides, je commençai nos découvertes par une soupe de langues maison, servie chaude, accompagnée de son petit velours de main sur sein. J'eus pas trop à insister pour qu'elle enlève son petit pull... par contre cette gourde n'arrêtait pas de faire des carresseries à Casimir, riant comme une gamine excitée, et le tripotant comme une fofolle, pendant que d'une main j'lui remontai la jupe sur les cuisses et de l'autre faisait sauter l'attache de son soutif... ça tu vois, Brisc', c'est le geste qui révèle l'homme d'expérience: le dégrafage de soutif d'une main! Du Triumph baleiné au Chantal Thomass dentellé, en passant par le p'tit Dim coton, pas un me résiste, parole! Du coup Steph', elle commençait à devenir présentable, avec ses deux adorables petits seins pointus dotés d'un strabisme légèrement divergent, oh, presque rien, juste une coquetterie dans l'téton... J'étais ému fort et beaucoup. Nous n'allions pas tarder à passer aux choses sérieuses: la présentation de Monsieur Paul et de ses cousines à Mademoiselle Stéphanie! Dans un souffle que je voulais rauque je lui signifiai que j'allais me changer, juste deux minutes, et lui servis une coupette en attendant, pendant quelle serrait Casimir...
J'avais une trique énorme, genre étalon mais en plus gros... allait falloir d'abord rendre tout ça plus humain, juste histoire de me vidanger dans l'lavabo avant d'lui jouer le Gourdin Enchanté... l'envie d'pisser dans l'action, j'sais pas si t'as remarqué, mais ça déconcentre tout l'monde, et ça peut même te faire capoter une affaire pourtant bien emmanchée! Puis fallait quand même que je me rafraichisse  un peu les intimités... p'tit rinçage de goule et un coup d'chiffon sur la bite, ça n'a jamais tué l'homme, et ça fait quand même plus présentable, non?... J'en profitai pour me remettre deux doigts d'Hugo, histoire de tournebouler les naseaux d'la p'tite loute, et hésitai entre un mouleboule  limite string et ma veste d'intérieur chinetoque, achetée chez Tang Fringues, délicatement entrouverte sur mon zobinet qui avait à peine diminé... Je choisis cette dernière, trouvant que, quand même, le mouleboule faisait un peu trop pro et risquait d'effaroucher la donzelle...
C'est donc le zboub avantageux et les burnettes proprettes que je me repointais au salon. Steph' m'avait gentiment attendu en enlevant sa toute petite culotte qui gisait, telle une merde de laitier, sur mon tapis d'Orient, ramené de Kerouan, l'année où on a fait la Tunisie avec Fram et Josy, mais si... même que j'ai pas pu m'l'embourber, la Josy, vu qu'j'suis tombé sur des merguez de contrebande le premier jour et qu'j'ai passé la s'maine à m'vider comme une chasse mal fermée! J'contrôlais plus mes arrières et du coup j'avais du mou dans l'devant! Bref, la culotte à Mademoiselle Stéphanie n'était plus sur son petit minou tout doux. Casimir par contre si. Enfin, Casimir.. j'devrais dire son pied, à Casimir, sa papatte, son arpion son panard... Enfin d'ailleurs c'était pas vraiment dessus, qu'il avait mis son peton, l'plantigrade, mais plutôt dedans! Et Steph' la salope, Steph' la radasse, Steph', la poufiasse, gémissait en se trémoussant et en s'enfilant gentiment Casimir, pendant que j'étais comme un con, la bite en déroute et ma boite de Durex à la main... Et y avait vraiment plus d'place pour moi, sauf à l'enfiler à mon tour, la créature de l'espace! Du coup, la détresse m'envahit et Stephanie se retrouva sur le palier, à poil, ses fringues en tas, et Casimir à la main en moins de temps qu'il n'en faut à Vébé pour siffler sa fine à l'eau! Quand même, t'avoueras, Briscard, avec tout c'que j'avais fait pour elle!... Maudit des glandes j'étais, comme disait l'autre!"

Moi, franchement, l'histoire à Bézo, j'y croyais moyen: le bonhomme avait l'imagination fertile, et là, je pensais qu'il s'était simplement pris une gamelle, genre "merci et bonne soirée Monsieur Bezo", mais qu'il voulait nous la jouer façon épopée... Mais comme j'suis toujours attentif à pas facher l'client qui laisse la moitié d'ses allocs assedic dans mon rade, j'l'ai pas contrarié:
" - Remarque, tu sais Bezo, t'as beau être monté comme un âne, si tu r'gardes bien la taille de la patoune à Casimir, tu peux bien t'imaginer que tu te s'rais senti un peu perdu, dans sa grotte de Padirac, à Mamzelle Stéphanie, non?..
- Sous-estime pas l'gamin, Brisc, sous-estime pas! A Padirac, t'as quand même des stalagmites qui touchent le haut d'la voute, non?...
- C'est pas faux, la bèze, c'est pas faux... et t'as aussi des stalagtites qui touchent le sol...
- Oui, un peu comme ma bite, quand j'ai viré Steph'... plus très dure, mais bien longue encore!"
Sacré Bezo: il méritait pas l'perniflard que j'lui resservis!"

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20 avril 2007

Casimir

casimir"Tu comprends, Brisc', j'voulais pas trop la braquer non plus, et là, je lui f'sais plaisir et en même temps, je prenais le risque minimum rapport à la castagne du samedi soir que j'évitais à tout coup... En plus j'avais un peu dans l'idée de zapper l'resto, et de finir l'apéro sur une note bitale et sexuelle! Mon idée lui plût tant et plus, et le lendemain, à l'heure dite, hop, Bézo tout beau se pointe dans la rue derrière Champion, vu qu'elle voulait pas trop faire de publicité à notre escapade coquine... J'avais emprunté la caisse à Gillou, une Clio V6 bleue France qui en j'tait un max, j'avais mis mon mille raies bleu nuit et mes mocs Carvil, que Rachid il les a par un pote à lui, en dégriffés, chics et pas chers... si j'ajoute que je m'étais aspergé d'Hugo, tu conviendras que j'étais quand même pas loin de l'idéal masculin pour jeune fille désoeuvrée, non?...
Stéphanie elle s'était mis sur son trente et un aussi: petit ras du cou sans manche blanc, jupette rouge à pois blanc et ballerines noires... un vrai p'tit modèle... Bon elle s'était p'têt un peu trop lachée sur le rouge à lèvres, mais le fin trait bleu qui soulignait ses yeux clairs la rendait craquante comme une biscotte Heudebert! Dans la bagnole qui nous emmenait gentiment sur le périph', elle riait de bon coeur à toutes mes vannes, et du coup j'pressentais la gamine fastoche à vivre et à allonger! Quand elle riait, elle basculait la tête en arrière et secouait ses longs cheveux noirs, genre vedette à Cannes... elle avait dû voir le geste dans Gala, en image fixe, parce qu'elle maîtrisait pas trop l'truc, et du coup elle avait plein de tifs qui lui restaient collés sur l'Teint Dior ... Mais dans l'ensemble c'était quand même de la gentille petite poupée, qui allait jouer avec ma poupée magique!
J'métais garé côté Porte Dorée, tu sais, juste à côté des Cascades... on trouve toujours d'la place sur les clous, à l'angle... Steph' était toute énervée par tout ce qu'elle avait envie de faire, à la Foire... il allait falloir négocier parce qu'entre les trucs gerbi-gerbo et les poussées à 6G, j'voulais la garder intacte jusqu'au soir ma petite camarade de jeu! Sur place, je dus commencer par lui décourager l'Typhoon ou l'Extrème, machines à t'faire monter l'palpitant au bord des lèvres, même que t'as intérêt à serrer les dents pour ret'nir les morceaux! Je lui concédais un Rock 'n Roll bien tape cul et un Infernal Toboggan, toujours bien pour tester une mousmée: juste avant la grande descente de la mort qui tue, au moment ou le wagonnet bascule dans le vide, tu lui poses la main sur la cuisse, genre j'contrôle plus et j'me tiens à tout c'qui dépasse... si après la descente ta main est toujours sur sa cuisse, bingo, la frangine est à ta pogne! Pour Steph', vu qu'elle avait aussi mis sa main sur ma cuisse, j'me dis que la soirée s'annonçait tout à fait selon le p'tit cinéma que j'm'étais projeté en avant première! Elle était toute tremblante en descendant du manège et j'entourai ses épaules d'un bras amical... elle laissa aller un peu sa tête sur mon épaule... Et aussi sec, crac, goumi... moi quand une fraicheur de 25 ans me câline un peu, j'y peux rien, j'ai les gesticules en émoi... Tu crois qu'c'est pas normal, Bris'?... Du coup quand elle a insisté pour que je lui fasse un carton au Buffalo Bill, rapport qu'elle guignait la peluche de un mètre cinquante, un monstrueux Casimir tout pourri, j'ai pas eu l'coeur à refuser, et j'ai pris une cara, et pan les ballons, j'leur ai éclaté la gueule les uns après les autres, des fois deux avec le même plomb, jusqu'à avoir les points suffisants pour Casimir!... J'ai jamais été trop mauvais avec les joujoux à feu, vu qu'à l'armée je m'ai bien entraîné pendant un an, mais  Casicouille, il m'a quand même coûté plus de vingt euros en 10 minutes!... Mais bon la petite était aux anges, Super Bézo l'avait comblé, grands frissons et grosse peluche... et moi je me disais in petto qu'il allait falloir conclure tout ça at home, parce que je me voyais pas trop me balader longtemps avec la gisquette et son nounours orange, et qu'en plus le nerf de boeuf commençait à m'déborder du Mariner grave!"

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18 avril 2007

La fleur de sel

1094_Fleur_Sel_GuerandeLe temps continuait d'se tenir entre franchement beau et carrément superbe, et du coup, en plein avril, au Balto, il faisait presque meilleur à l'intérieur que dehors en plein cagniard... Comme en plus j'ai l'allergie facile, et que moi l'pollen ça me ravit pas trop les fosses nasales, du coup j'étais aussi bien derrière mon rade, à passer un coup d'chiffon machinal sur le zinc impeccable, en écoutant les conneries des uns et des autres et en leur remettant ça à l'occasion. Bézo et Rachid avaient entrepris un 421 paresseux et Vébé était barré, depuis une paire de days, on n'sait trop où, job ou zob, il s'était pas confié, juste un "salut les zommes, à dans deux-trois jours", et on s'était pas trop risqué à lui d'mander non plus, parce que Vébé il est comme l'huitre: quand il baille, si tu lui tripotes la personnalité, crac, il s'referme pour un moment et c'est voilou pour lui faire ouvrir à nouveau son magasin d'souvenirs! Du coup ça manquait un peu d'épopée au Balto, alors j'entrepris Bézo:

" - Au fait la Bèze, tu nous a pas dit, pour ta caissière, comment tu l'as cornaquée jusqu'à ton lupanar privatif?
-  Putain, tais-toi, Briscard, tais-toi...
- Pourquoi?... t'as pris un rateau à foin commak?...
- Presque, Brisc', presque... mais si ça t'dérange pas, j'préfèrerais causer d'autre chose...
- Allez, merde, fais pas ta pucelle, merde, raconte...
- Mais ta gueule, Briscard, merde, fais chier à la fin... j'vois pas pourquoi j'me mettrais le slip sur l'comptoir, histoire d'amuser ces messieurs du Baltoche! Merde, quoi...
- C'est parce que t'avais pas l'ticket avec la caissière, Bezo? qu'il a finement remarqué Rachid
- Mais tais donc ta gueule, Bougnoulman... moi les tickets j'les ramasse pas dans la rue! Et là, avec la p'tite de chez Champion, crois-moi c'était du comme qui dirait gagné, tirage et grattage garantis... quinze jours que je la chauffais à ma façon, genre canaille thunée... 'tain rien qu'en une semaine, j'ai acheté trois roteuses, deux Cognacs VSOP et deux packs d'Ecu, la bière la plus chère du monde! Le Charal, que du filet! Le sucre, du roux, raffiné, le sel, que de la fleur de Guérande! 'tain, plein les mirettes que j'lui en ai mis à la gamine... forcément, on pêche pas la truite de rivière avec d'la patée pour carpes! Faut dire qu'elle méritait... Putain... la salope! Tiens tu vois, la p'tite brune piquante des L5?... avec les yeux clairs...
- Coralie ?... a suggéré Rachid qui est incollable en Popstar
- P'têt, j'sais pas son p'tit nom... j'sais seulement qu'c'est la brune aux yeux clairs...
- Alors c'est Coralie, a confirmé Rachid, avant de rajouter: 'tain c'est la plus jolie petite saloperie d'gazelle que j'ai vue à la télé...
- J'sais pas à la télé, Bezo, mais à Champion, j'confirme: de la poupée digne de Monop' , que c'était, Stéphanie!
- Parce qu'elle s'appelle Stéphanie?... Elle doit pas être franchement ménopausée, avec un prénom comme ça, hein Bézo?...j'ai questionné...
- Ben, c'est sûr qu'elle est un peu plus jeune que moi, mais justement, avec le somptuaire que j'ai mis dans l'chariot et le genre quadra Clooney, ça l'a rassuré la pauv' gosse! Toujours z'est-il que jeudi dernier j'la sentais bien à ma pogne: j'avais un peu plaisanté avec elle, genre galant, "Mademoiselle si vos nibards sont à la hauteur de votre regard, vous êtes la Fénice du supermarket"... enfin dans l'esprit, quoi... j'te passe les détails... j'vais pas t'jouer la leçon d'drague au magasin... alors, vendredi, paf, j'lui porte l'assaut final et j'lui d'mande à quelle heure elle finit samedi... Stéphanie elle me r'garde droit dans les châsses, et m'dit "à 16h00... pourquoi... vous voulez m'emmener à la Foire du Trône?"... Moi j'suis pas bégueule, et j'ai rien contre les festivités populaires, au contraire... tous les ans j'vais à la fête de l'Huma, vu qu'Gillou il a des invit' gratos par le Parti... Mais là, quand même, la Foire du Trône ça m'tentait pas trop... en plus avec une louloute comme Stèph', j'courrais quand même droit à l'incident diplomatique avec les autochtones de l'endroit qui risquaient d'vouloir pratiquer l'partage des femmes avec la mienne! Et j'me sentais pas trop d'faire la baston avec des guignolos de Chanteloup-Les-Vignes ou des bikers du Hell's de Montrouge! Mais comme on n'tire pas les cailles au 44 Magnum, j'ai préféré la jouer en finesse et j'lui ai proposé un p'tit tour  Foire façon 5 à 7, puis apéro coulos et restau chicos... Stéphanie a dit oui."

Bézo, faut reconnaître, c'est pas Vébé, rapport à la racontaille... mais ils nous avaient bien mis les glandes en appétit quand même... on sentait bien venir l'embrouille sur ce coup foireux...

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17 avril 2007

Tropico

Le billet précédemment publié ici a été, pour le confort et l'agrément de la clientèle, reporté plus haut. Le chaland curieux pourra néanmoins prendre connaissance, avec intérêt, du duo charmant qui a éclairé la nuit du Balto et fait monter sa température au-delà de ce que le réchauffement climatique pouvait laisser prévoir: il s'agit là du témoignage émouvant de ce que la culture MSN et les alcools forts peuvent produire. Qu'il puisse servir d'édification pour les jeunes générations ... 
Bon, en même temps quand c'est trop c'est Tropico...

(NB: les tous récents commentaires sont eux aussi reportés plus haut).

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13 avril 2007

La caissière

caissi_re" - Les mecs, ce soir c'est la fête à mon noeud!" qu'il a attaqué Bézo.
Comme ça, avec à peine un perniflard dans l'museau, Monsieur nous branchait cul, direct, sans même une entrée en matière un peu délicate... Mais bon, Bézo c'est Bézo, et on allait pas lui d'mander d'nous jouer l'Annonce faites à Marie non plus!

Rachid l'a questionné:
" - Et on peut-y connaître qui c'est l'heureuse Princesse des Sables, la Bèze?
- Non, mais tu veux p'têt son p'tit blaze et son numéro d'portable, aussi, Bougnoulman?
- Te faches pas Bézo, c'était juste par politesse...
- Ouais, ben ta politesse tu peux t'la carrer dans l'oignon... merde, c'est vrai quoi... on s'lève une petite de chez Champion, et v'la que le Hodja t'la convoite!
- Tu fais dans la caissière, maintenant, Bezo? qu'je m'suis enquis
- Et alors? C'est mal? C'est pas assez classieux pour Monsieur Briscard?...
- 'tain, t'as la haine ou quoi, Bezo?!! Y avait pas d'alluse, c'était juste comme ça, pour causer... Surtout qu'les caissières de supermarket, ça va dev'nir de la poupée de luxe... J'ai entendu à la radio qu'elles vont être remplacées par des caisses automatiques...
- C'est pas fait, Briscard, c'est pas fait, qu'est intervenu Vébé, qui sirotait son Picon bière tranquillou, dans son coin.
- Ah, ouais? T'as des infos, Vèb'?
- Non mais j'crois savoir qu'les syndicats gueulent comme quoi ça f'rait un rabiot d'chômage en plus ... Du coup on hésite à foutre l'feu aux poudres chez la GDA... Comme on dit chez Carrefour: c'est pas parce qu'on est à la croisée des chemins qu'on est pressé d'choisir sa route! Bref, il urgent d'attendre et de wait and see!
- Tout d'même, t'admettra, Vébé, les syndicats y sont franchement un peu rétromanes, non? Parce que si y a bien un boulot d'con, c'est bien celui d'caissière, non? En plus avec des horaires de merde, que même à Josy j'ose pas lui demander, et un salaire qui fait encore plus de partiel qu'elles! Non, franchement, y attigent, les syndicouilles de mes deux cats!
- T'as pas tort, Briscard, t'as pas tort... mais que veux-tu, c'est le drame de l'occident, c't'affaire! On raconte bien que, déjà, dans la Rome antique, les esclaves ne pouvaient vivre sans maîtres... Comme j'disais toujours à mon clebs: camarade Doggy, tant qu'y aura des laisses, y aura des chiens au bout et des syndicats pour discuter d'la longueur de la laisse!
- Ou des zommes politiques pour discuter d'la couleur du bull'tin, aussi Vébé...
- Aussi, Rachid, aussi..."

J'me dépêchai d'arroser la compagnie d'une tournanche apéritive générale, afin d'conjurer la disputation que j'sentais v'nir plus vite que Lance Armstrong descendant l'Tourmalet chargé comme une mule! Parce que dans l'commerce, ça, la politique, c'est d'la destruction d'valeur pour l'actionnaire... et comme l'actionnaire du Balto c'est moi...

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11 avril 2007

La leçon de choses

N_B043_20__20L_27OEUF_20DE_20POULEOn dira c'qu'on voudra, mais quand le soleil brille, les corsages s'ouvrent... C'est justement ce que me faisait remarquer Bezo, à sa façon, toujours fraîche et primesautière:
" - 'tain, Briscouille, mate un peu les nibs' de la gonze là, dans la rue...
- Où ça, qu'tu vois des nibs', Bezo? qu'j'y ai fait
- Mais, là, putain, avec la jupe jaune... 'tain, elle a l'téton qui va nous jouer le sunny side of ze street avant pas longtemps, parole!
- Ça, j'dois dire qu'elle a l'balconnet généreux la gamine...
- Ouais... ça t'réchauffe les organes, ça, hein, l'patron!"

Faut reconnaître: Bezo il a p'têt' pas la manière, mais il a du fond... et l'oeil, aussi, pour tout c'qui a rapport aux personnes du sexe! Le vrai petit mateur amateur, le Bézo... tu l'fous chez les p'tites soeurs des pauvres et aussi sec il te repère celle dont la rondeur culière gonfle plus que le Bon Dieu l'exige le gros coutil, ou encore celle qui porte pas de soutif' sous la bure! Comme Vébé v'nait de se pointer pour sa Fine à l'eau de l'après-midi, j'le pris à témoin:
" - T'as vu Bezo s'il a la reluque souveraine! L'oeil d'aigle et l'focus Zeiss qu'il a, l'père! Du coup, j'vais p'têt bien m'laisser tenter par la terrasse, histoire d'alimenter un peu sa passion...
- Tu sais Bricard, t'as pas besoin d'être dehors pour mater... en intérieur ça marche aussi... même fort des fois... très fort..."
Moi, maintenant, Vébé j'le connais un peu comme si ça s'rait mon frelot... Et quand il commence à suspensionner son débit, je pressens l'souvenir au fond d'la gorge, auquel il manque plus qu'un râclement pour remonter aux lèvres... Souvent, le râclement, j'y aide un peu, histoire de pas laisser la vapeur retomber: quand la Seb mémorièle siffle, faut lever la soupape et laisser la ressouvenance sortir! Du coup j'l'encourageai:
"- Tiens donc... explique-nous ça, un peu, Vébé?...
- Oh ya pas grand chose à expliquer... c'est plutôt comme qui dirait d'la description... de la leçon de choses, comme on disait à ma communale...
C'était dans les années 70, celles de mon concours raté à l'IDHEC, juste après mon
bad trip cordien... Comme j'avais arrêté mon droit et pas encore envisagé le futur immédiat, j'avais prolongé un boulot saisonnier aux PTT, par un contrat un peu précaire et pas beaucoup payé... C'était aux chèques postaux, comme on l'disait, à l'époque... un grand bâtiment à Montparno, où une armée de dames et demoiselles traitaient les chèques des clients CCP... une sorte de back office de maintenant quoi... sauf que y avait pas les ordis gigabits ni l'call center voix d'velours! La donzelle qui peuplait ce lieu, c'était pour l'essentiel de l'immigrée d'l'intérieur... de la bretonne beaucoup, de la toulousainne pas mal ou de la gasconne plein. Des jeunes surtout, mais aussi quelques rombières d'la quarantaine plus, vieilles filles pour beaucoup... Moi, comme j'étais pas difficile et plutôt ramier, j'avais pris l'boulot le plus bas d'gamme, manutentionnaire, histoire de pas m'faire bouffer les neurones par de la compta partie double au rabais, passage d'écritures ou pointage de comptes... et comme de toutes manières c'était l'même grade PTT et donc le même tarif, autant prendre le plus pépère... parce que, faut qu'je t'explique ce que ça voulait dire, manutentionnaire aux CCP!... D'abord, j'étais l'manut' de ces dames... et pour être précis j'étais le manut' de cent vingt cinq frangines pour lesquelles j'étais le seul élément masculin qu'elle pouvaient cotoyer pendant leurs heures ouvrées! Le seul autre mec c'était l'Big Boss, qui restait enfermé toute la journée dans son burlingue... autant dire personne. Les filles, elles l'avaient surnommé La Tomate, parce que les rares fois où il traversait l'immense salle où elles bossaient, il rougissait jusqu'au trou d'balle! Tu parles Charles, qu'il était à l'aise Bonhomme!... Moi, pourtant, ça allait: ma timidité définitive me faisait considérer ce troupeau de femelles comme une meute inconnue et dangereuse et, plutôt que d'en être affecté, je m'étais enfermé une fois pour toutes dans un mutisme et une morgue que justifiait grandement mon look rebelle et asocial. Bref j'étais le petit con dans toute sa splendeur!
Sans rentrer dans l'détail, mon boulot c'était d'pousser des chariots plein de bacs en ferraille remplis de chèques sur lesquels les postières en folie se jetaient afin d'en assurer le traitement le plus vite possible et de gagner ainsi quelques précieuses minutes en fin d'journée... Ce boulot, c'est sûrement le plus con qu'j'ai jamais vu dans ma putain d'vie... Pas l'plus dur, non, mais bien l'plus con! D'ailleurs Crozier il en a fait son premier bouquin, comme quoi c'était du travail en miettes, alors t'as qu'à voir! Et du coup les gonzesses elles étaient bien trop occupada pour s'occuper de ma petite personne... Je faisais partie de leur outil de travail, au même titre que la grosse calculatrice ou que la boite du fichier client... Mon seul contact avec elles c'était quand elles m'apostrophaient pour me demander si j'avais encore beaucoup de bacs à leur donner... Moi j'savais pas toujours, vu qu'les bacs j'allais les chercher au monte-charge de l'étage et que le monte-charge il était pas trop causant... alors quand il était un moment sans rien cracher, le monte-charge, j'bigophonai aux mecs du tri, au sous-sol, pour leur d'mander si c'était fini... Et quand c'était fini, j'passai dans la grande salle et j'leur disais:"c'est la fin mesdames, c'est la fin". J'étais salué par des "Aaaaah" de satisfaction et elles se déchainaient pour boucler les comptes et faire les mises sous pli des relevés. J'avais donc des relations quelque peu distantes avec les filles... de temps en temps, à la sortie, une intrépide me tripotait les cheveux par derrière dans l'escalator, en feignant de s'extasier sur mes anglaises, et me demandait si je frisais naturellement, mais dans l'ensemble j'étais à peu près tranquille! Mais faut dire quand même que j'avais eu un bizutage maousse peu de temps après mon arrivée. Tiens, r'met moi donc une Fine, Brisc'...
Alors voilà. Leur dernier boulot, avant d'partir, aux gisquettes, c'était de vérifier qu'les enveloppes qui sortaient d'la machine à coller, elles étaient bien collées justement. Pour le secret de la correspondance à respecter surtout rapport au pognon que racontaient les relevés de comptes! Les mousmés se mettaient à une bonne cinquantaine autour d'une immense table, prenaient les paquets d'enveloppes dans une main et, de l'autre, s'assuraient de leur bon collage en les déramant . C'était, pendant une demi-heure, un bruissement permanent de pfffrrrrrtttt, ponctué d'éclats de rire parce que c'était la fin d'la journée, et qu'à la fin d'la journée on peut rire un peu d'bon coeur... Moi j'prenais les tas d'enveloppes vérifiées, et j'les mettais, à nouveau dans mes bacs en ferraille, direction le monte-charge, mais dans l'autre sens.
Un jour, au début, donc, de mon apprentissage de manut' pour dames, v'la t'il pas que l'une des minouches préposées à la vérif' fait tomber un gros paquet d'enveloppes... Et v'la t'il pas, qu'aussi sec elle me d'mande si j'peux pas les ramasser, vu qu'elles sont toutes éparpillées sous la table. Moi, bougon mais serviable, j'me mets aussitôt en devoir d'aider la demoiselle dans la détresse, et me fout à quatre pattes pour commencer à réparer l'incident... Tu sais c'que c'est la synchronisation parfaite, Briscard?... Et bien, j'vais t'dire: la synchronisation parfaite c'est quand cinquante bonnes femmes écartent les jambes toutes parfaitement en même temps. Cinquante... jeunes, moins jeunes, avec bas nylons ou collants modernes, culottes blanches, bleues, roses ou sans, cuisses grasses, maigres, musclées... et en parfait synchronisme elles se referment et s'ouvrent à nouveau.. des fois qu'j'aurais spéculé sur l'caractère fortuit d'la vision! Quand j'ai fini d'ramasser les enveloppes et que j'me suis péniblement redressé j'avais cinquantes sourires réjouis... à la fin d'la journée on peut bien rire un peu d'bon coeur, non?...
Alors tu vois, Brisc', moi j'dis qu'mater tu peux aussi bien l'faire en intérieur... Non?"

Cette abondance de cuisses nous laissa rêveur un moment... machinalement je resservis une Fine, la troisième, à Vébé, et songeai que quand même y avait de drôles de boulots dans l'temps... moi au Balto, c'est à peine si je p'lote un peu Josy, en camarade, et v'là que Vébé il nous sort son harem à cent vingt frangines... Comme d'hab' Bezo a cru bon de conclure:
" - 'tain, cinquante paire de jambes, ça fait quand même dans la centaine de cuisses, ça, non?... La vache, la régalade que t'as dû t'payer, Vébé!
- Pas trop, Bezo, pas trop... j'avais pas trop la tête à ça...
- Vébé, j'suis désolé de t'le dire, mais l'mateur c'est avec la bite qu'il mate, pas avec la tête!"
Comme, j'disais, Bezo, il a du fond. Mais très au fond, alors.

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06 avril 2007

Le temps des assassins

affiche_Voici_le_temps_des_assassins_1956_1Il faisait beau. Sacrément beau. La peau des filles n'avait pas encore eu le temps d'fréquenter Hélios et leurs cuisses blanches mini jupées nous faisaient tout beau dans les yeux et tout drôle dans le slip... ça sentait l'printemps bien fort... C'est à ces moments qu'j'me disais qu'une terrasse, quand même, ça agrèmenterait bien l'Balto... quoique pour mézigue, ça changerait quoi? J'serai toujours derrière l'comptoir, dehors juste pour remettre une tournée d'jaunes à mes soiffards... alors... Et puis on était bien, là, dans l'bistro, chaud l'hiver et frais l'été, la petite connerie qui décontracte au bord des lèvres et le coeur, souvent, au bord du verre.
Du coup j'pus pas m'empêcher d'leur faire part d'mon sentiment:
"- Merde, putain, on est quand même bien, les gars, non?...
- Ça, tu peux l'dire, Briscouille... bien et re-bien, merde! qu'a approuvé Bezo
- Ouais, même mieux que bien: sereins! qu'a confirmé Rachid."
Y avait que Vébé qui mouftait pas... J'l'ai asticoté:
" - Hein, Vébé, tu trouves pas qu'on est bien?...
- Sûr, Briscard, sûr...
- C'est marrant, mais j'te sens pas enthousiaste sur ce coup...
- Ben tu sais moi, maintenant, c'est plutôt le temps des assassins...
- Le temps des assassins?... Qu'est-ce tu déconnes Véb'?...
- Ben oui: j'tue l'temps et le temps me tue... mais j'suis bien, Brisc', oui j'suis bien..."

'tain, merde des fois Vébé y plombe vraiment l'ambiance... Et dire qu'j'me tue à satisfaire l'client!

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03 avril 2007

La poubelle en titane

poubelleQuand Vébé s'est pointé, on était quand même un peu gênés, au Balto...  On savait que son dog tout pourri c'était quand même son seul compagnon connu, et que, du coup, on lui supputait du chagrin gros comme ça, avec du désespoir en prime, que, même si on savait que c'était un peu exagéré, on devinait bien lourd... Alors du coup on savait pas trop comment entamer la converse... Heureusement, au Balto on a Bézo... de l'indélicatesse en branche le Bézo! Pour rentrer dans l'vif du sujet qui fache, vous d'mandez Bézo, et pas d'blème: les pieds dans l'plat et l'cul dans la saucière direct, sans complexe, il assume le Bézo! Et, comme prévu c'est lui qui a branché Vébé:
"- Alors Vèb, on cause que ton clebs est clamsé?... Merde, ça doit te faire chier, non?... Enfin moi ça m'f'rait chier, merde...
- Dire que ça m'fait pas chier, ça s'rait mentir, Bézo... mais bon, la vie c'est aussi la mort, non?...
- 'tain Vébé, tu m'troues l'cul! Avec tout c'que tu nous a tartiné sur ton dog... Et le chien par ci, et le clebs par là... en plus, à part ses gastros et ses dégueulis au Balto, on en sait quoi d'ton Super Doggy? Hein?... Moi j'revendique la transparence et l'info, quoi... merde à la fin!

« Le dog, le chien, le clebs… oui je sais Bézo, j’vous l’ai servi à toutes les sauces mon truffier… alors, d’accord, j’vais vous l’raconter… mais attention, c’est l’histoire d’une vie… du solide, pas d’la fleurette…
Alors voilà. Le dog la première fois qu’j’l’ai vu, c’était sur la route de la corniche, à côté d’où qu’on avait la baraque avec Rampling… J’m’en souviens on revenait de chez Madec, acheter les boudeuses que Rampling elle se roulait dedans… Tout d’un coup, v’la t’y pas qu’une saloperie de petit chien de merde se jette sous les roues du cabrio VW qu’on avait à l’époque… j’fais un écart, et monsieur le chien continue son p’tit bonhomme de chemin sur la route… Moi, après l’avoir insulté copieux, j’continue tranquillou jusqu’à la baraque, à deux cents mètres de là. J’sais plus comment ni pourquoi, mais j’avais dans l’idée, c’jour là, de mettre un coup d’barbouille sur la cuve à mazout qui avait tendance à donner d’la jante, rapport que l’air marin qu’on était en face, à trente mètres, ça l’attaquait bien, la cuve. Aussi après avoir déposé Rampling, les huîtres et le muscadet, j’m’étais mis en devoir de sauver l’acier corrodé et attrapé le pinceau salvateur.
Donc j’étais sur le dos, en train d’barbouiller les dessous d’la cuve avec la dernière née de chez Rustol, quand j’sens comme qui dirait une présence à côté d’mon flanc droit… je me redresse, me bugne la tronche contre la cuve, et v’la t’y pas que j’asperge le putain de p’tit dog de mes deux qui flaire le champ pourri d’endives du pécore voisin qui avait pas encore revendu son terrain à l’Amiral en retraite de derrière chez nous qui convoitait le bout d’gras qui lui permettrait d’avoir la belle vue sur mer qu’on lui frustrait avec nos cyprès cinquantenaires… Bref, j’avais un clebs dans l’champ visuel… Aussi sec j’lui intime de s’casser fissa, rapport que les animals de compagnie c’est pas trop ma tasse de thé… Et voilà t’il pas que cette saloperie de chien, bien puant d’la goule déjà, se met en devoir de me lichouiller la fraise. Moi, pas bégueule, même si pas trop consentant, j’me marre, tellement ce p’tit con est trop tordant et bien gentil, faut reconnaître. Du coup, comme j’le sens en demande, je lui propose un coup à boire… j’ameute Rampling qui aussi sec s’extasie comme quoi c’est l’ clebs qu’on a failli écraser, que c’est un signe et qu’il a sûrement faim ce pauvre petit chien… Du coup c’est rillettes et jambon cru, du fait qu’on faisait pas trop dans l’César pour notre ordinaire, et régalade maousse pour le doguinou de merde !
Moi, pour tout dire, j’avais dans l’idée d’lui filer à grailler, puis un grand coup d’pied dans l’derche et good bye doggy, see you later…. Mais Rampling, qu’on avait du contentieux gaminou en instance, elle a pas envisagé le problème avec la même rationalité que moi… Ce dog c’était comme qui dirait un don du Seigneur, une probable réincarnation d’un membre familial crevé récemment… Comme j’avais eu pas mal de deuils bien âpres, mère, frère de mère et le reste à l’avenant, Rampling elle avait que l’embarras du choix, rapport au karma du dog ! Et elle s’en priva pas : c’était décidé, le chien c’était la réincarnation de Magical Tonton, le martyr de l’amiante, qui nous avait fabriqué la poubelle la plus légère, et la plus chère du monde, 100% titane, et entièrement perruque… Un saint homme, immolé, le jour de ses soixante balais, sur l’autel du Travail et de la Retraite Ratée réunies…
C’est comme ça que Monsieur le Chien est entré dans ma vie : avatar du deuxième gosse qu’on a pas eu et représentant sur terre de la misère ouvrière … Y a mieux.. Mais y a pire aussi, pour un chien… quoique... »

J'ai remis une géné, Jaune, Picon bière et Drambruie... Pour le coup j'pressentais la retenue queutarde, toujours pénalisante, rapport au chiffre d'affaire, mais, dans l'même temps j'sentais bien que la souvenance de Vébé passait aussi par les sentiments du coeur, dont le passé mal composé se conjuguait maladroitement à un vague futur antérieur...  Vébé il a pris un Drambruie... bizarre, c'est pas son truc d'habitude...

Posté par Briscard à 23:12 - Commentaires [62] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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