LE BALTO

Un bistro du coin où on tape la belote avec Bezo, Rachid, Briscard et quelques autres...

27 septembre 2007

Le flip à deux balles

Avec Vébé, on était en pleine disputation sur le sujet de savoir c'était quand qu'le flipper était passé simultanément de 20  à 50 centimes la partoche et de 1000 points à 10 000 points la gratte ...  Vébé, qui avait l'souvenir brumeux et lycéen, pariait pour les années 70, mais j'aurais plutôt tablé sur le début des 80, vu qu'après ça a été l'inflation vers le million d'points pour faire péter l'compteur, le bonus à 500 000 et tout à l'avenant... Entre le Liberty Belle et le Gottlieb Bronco, on avait quelques divergences, avec le Vèb', et sans en v'nir aux mains, nos esprits, embrumés par les boissons fortes que nous éclusions depuis une paire d'heures, commençaient à battre la campagne d'Italie façon Arcole... Bref, on frisait la polémique et l'insulte nous irritait la gorge, à force de la retenir, mais on sentait bien qu'elle allait fuser au prochain Picon bière... C'est Bézo, qui nous a mis d'accord...

"L'flipper à 20 ou 50 thunettes, j'peux pas trop vous dire les mecs, vu, qu'sans vouloir vous foutre la teuhon, j'suis comme qui dirait un peu plus jeunot qu'vous autres... par contre le flip' à deux balles, ça j'peux vous dire de quand c'est... tiens, fais-nous jouer ç'truc au Scopi, Brisc'..."

" -Si vous passez par là, il paraît qu'elle chante au karaoké le soir au Queen's, à Biarritz, après 21 heures. Si ça vous dit..."

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24 septembre 2007

Jacky

Jackie02Bezo, j'crois avoir déjà eu l'occasion d'le dire, au Balto, c'est un peu notre Kéké à nous... Bezo, c'est quand même le mec qui dragouille la midinette en Opel tunée façon Jacky, sous prétexte "qu'on pêche pas la truite de rivière avec d'la patée pour carpes"! Bézo, ses aphorismes, ça f'rait les délices au père Gourio!... Alors, quand il commence à s'méler d'converses un peu sérieuses, j'essaye toujours du lui endiguer le flot d'conneries à coup d'Perniflard. Des fois ça marche; des fois pas.

C'est Rachid, qui a commencé sur l'réchauffement qu'il est climatique et sur la planète qui va dl'a jante... Faut dire que Rachid, il revient de deux mois au bled, et il a eu ses + 45° pendant 61 jours... alors, même au sud, pour l'Atlas, ça fait quand même un peu calor! Du coup on a tous mis not' grain d'sel, comme quoi, en plus, y avait la pollution, l'eau nitratée en Bretagne, le déluge au Mali et les pesticides chez les Doudous... Et tous, on est bien convenu, que, si on voulait continuer à mouiller not' jaune avec de la flotte, ben il allait falloir faire vachement gaffe... Josianne, qui passait par là, pour régler des blèmes de paperasses chez Mignard, tint à nous éduquer:
"- Vous savez, que si vous coupez l'eau pendant que vous vous savonnez, sous la douche, et bien vous pouvez économiser jusqu'à 100 litres d'eau par jour! Et si vous vous rincez les dents avec un gobelet, au lieu de laisser bêtement l'eau couler, et bien vous pouvez économiser presque 10 litres de plus...
- Vous avez pas tort, Jeannine, qu'j'ai concédé; mais faut quand même p'têt pas exagérer...
- Mais si faut exagère, Briscouille, mais si, qu'est intervenu Bézo avant qu'j'ai vu rien v'nir. Tiens, regarde, moi, et bien j'me lave les dents le matin, et le soir j'me lave les fesses!"
Jeannine, son Kir, c'est moi qui lui ai offert.

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19 septembre 2007

La saucisse sèche

1491_Saucisse_Seche_Roquefort"- Salut, Brisc', t'as fait bonne route?...
- Impec Vébé, impec... sauf que j'ai eu un peu chaud, rapport que j'ai la clim' qui est tombée en rideau du côté d'Figeac...
- Parce que t'es passé par Figeac, pour venir d'Aurillac?...
- Non, mais j'ai fait un détour par Cahors, histoire de visiter quelques propriétaires, pour alimenter l'Balto en crus locaux...
- Toujours sur la brêche, à c'que j'vois! Jamais, t'arrêtes?...
- Qu'est-ce tu veux, Vébé, j'ai l'commerce chevillé au corps... et le Bien Public, aussi, parce que du Cahors du cru du coin, pardon, mais c'est quand même autre chose que la marchandise d'importation que te refilent les négociants à Paname... en plus, faut reconnaître, c'est du sans facture, et ça, c'est tout bénef, pour le pinardier, le bistro et l'client, merde! Le Bien Public, j'te dis..."

La converse aurait pu continuer comme ça un moment, façon reprise de contact estival, genre on cause pour ne rien dire, histoire de dire... Mais j'avais quand même un peu sa merco en travers du gosier... En fait, j'm'en rendais bien compte, Vébé, j'le jalousais beaucoup, sur ce coup... Pas seulement pour les 40 patates de sa tire, non, mais pour tout un ensemble, un train d'vie que j'pressentais plutôt TGV First que TER omnibus, et dont la guinde n'était que la manifestation patente et ostentatoire du gros paquet d'thune plein et beaucoup sous-jacent!... En fait, Vébé, j'lui en voulais surtout de c'que j'trouvais être une traîtrise... Merde, à moi, quand même, il aurait pu l'dire qu'il était plein aux as... C'est vrai, quoi, ça f'sait des mois qu'il s'pointait au Balto, s'épancher l'trop plein d'souvenirs, avec son clebs pourri et ses costards lustrés, que pour un peu, des fois, j'lui aurais presque donné un reste de potée, pour lui et son dog... Et, en loucedé, Monsieur tutoie Rotschild et roule carrosse! Merde, fait chier. Vraiment. Et j'eus beau essayer de me retenir, le flux de bile lacha la bonde, et j'lui balançai, bien sournois et un peu vachard:
"Dis donc, sinon, tu dois te régaler, avec ton p'tit bolide à capote, là?!... Ça arrache sa mort, ça, non?... En plus, tu dois te lever toutes les gisquettes un peu blondes qui traîne dans l'coin, non?... Note qu'à nos âges, le signe extérieur de richesse, ça facilite bien l'amitié sincère et durable, hein?... Maintenant, si les louloutes elles sucent autant qu'ta bagnole, tu dois pas t'emmerder la bite en chiant, parole!"
J'avais balancé ma purée d'un coup, façon glaire, et à peine j'avais fini, que je l'regrettai déjà... L'envie, l'envie immonde et fétide, m'avait rempli la cervelle et l'bec, au risque de m'fâcher à jamais avec mon client number one, celui qui consommait autant qu'il faisait consommer, mon attraction universelle du Balto, que quand il était pas là, la clientèle boudait... J'avais chié dans la colle grave, et j'aurais bien voulu me ravaler la bave, si j'avais pu...  Vébé, il m'a regardé avec un drôle d'air, un peu malheureux, et bien déçu, j'ai cru voir, même s'il avait l'sourire aux lèvres. Il m'a juste dit: "T'arrêtes un peu d'faire ton Bézo?!..." Et il a ajouté, amical: "Allez, reste pas là, tu vas prendre racine... Entre donc, prendre un godet, pour une fois c'est ma tournée."
La maison, toute en pierre, était fraîche, presque trop, malgré les 36° du dehors. Sombre aussi, un peu... En tout cas trop sombre pour que je puisse voir la propriétaire de la voix qui m'accueillit d'un "bonjour" joyeux, avant qu'elle ne se manifeste, la voix en question. Je me tournai donc dans sa direction et j'aperçus, lovée dans un fauteuil en cuir rapé, une gentille petite gamine, que je reconnus pour l'avoir aperçue au Balto, une fois ou deux, avec Vébé... Zyeux Gris...
"Mine, j'te présente Briscard... Briscard, Mine..." crut bon de préciser Vébé. Mine! Il l'appelait Mine! C'est marrant, mais j'étais plus gêné d'entendre le Vèb' appeler sa copine par son p'tit nom, que de l'écouter raconter ses histoires de bite et d'clito, à longueur de Balto! Comme quoi, la pudeur, ça va ça vient...
" - Tu sais, Mine, que Briscard a pas trop l'air d'apprécier ma tire! Il m'a persiflé, en substance, comme quoi ça s'rait une voiture de vieux beau!
- Beau, j'sais pas, mais vieux, oui mon Vèb': t'es vieux, ça c'est vrai!" se réjouit Zyeux Gris...
Vébé éclata de rire sous l'insolence et repris: "Bon, ton sac est prêt?" Et à mon attention: " Mine va passer quelques jours chez ses parents, en Bretagne et je l'amène à Rodez, à l'airport... Tu veux v'nir avec nous? Comme ça t'essaieras la voiture de vieux!"
Moi, la caisse à Vébé, j'aurais bien l'occasion d'la tester, vu que je comptais rester une paire de jours dans sa baraque... en plus, de la bagnole, j'en avais un peu ma claque, aussi je déclinais l'invitation en douceur, pour pas l'vexer:
" - Non, c'est bon, va... j'vais tenir compagnie à cette gentille boutanche de Marcillac local en t'attendant... Tu l'achètes dans l'coin?...
- Oui, chez Utile, à Villeneuve...
- La vache! Utile!... J'le crois pas, ça... J'connaissais Commod, Spar et Proxi, mais Utile!...
- Ben ouais, c'est pratique! Bon, j'te laisse, Brisc'... Te murge pas: attends moi, qu'on s'fasse une soirée d'garçons!
- Oui, une soirée d'vieux!..." a ironisé Zyeux Gris...
Dans un sens c'était pas plus mal qu'elle se barre: je ne me sentais pas avoir l'indulgence de Vébé pour cette gamine effrontée... Je les accompagnais donc à la porte, leur fis un petit signe de la main bye bye, et m'installai avec le Marcillac, à l'ombre du tilleul, sur la table de jardin, où Vébé avait laissé, sûrement pour que j'me mette à niveau, un Midi Libre de l'avant veille... La soirée allait être longue, j'prévoyais...
Vébé se pointa sur les coups de neuf heures... J'avais éclusé le Marcillac, et avais attaqué un Cahors médaille d'or, ramené du Lot, dont la dégustation à la propriété m'avait laissé un grand souvenir. C'est pour dire que je commençais à avoir chaud aux oreilles quand, armé d'un Laguiole et d'une saucisse sèche, Vébé entreprit de m'offrir un stand up assis rien que pour moi.
" - Tu sais, Briscard, j'ai bien vu qu't'as tiqué pour la voiture... j'comprends, d'ailleurs, mais attention, hein, c'est pas à moi... c'est d'la location quasi gratos, vu qu'avec les points d'fidélité qu'j'ramasse toute l'année, chez Avis il sont prêt à m'la livrer à domicile, la CLK... Et puis, merde, j'aime ça les belles bagnoles... Et Zyeux Gris aussi, j'suis sûr qu'elle est mieux en merco cabrio, qu'en 206 Peugeot... Enfin, j'dis ça, mais en réalité j'en sais rien... J'crois qu'elle s'en fout, des bagnoles... juste elle aime bien les cheveux au vent et l'museau à l'air...
- Mais t'as pas besoin d'te justifier Vébé, que je l'ai apaisé. C'est moi qui ai déconné, c'est tout...
- Mais j'me justifie pas, j'explique...
- Ah, ok, alors... Dis, Vèb'?...
- Oui?...
- J'peux t'poser une question?...
- Vas-y Brisc, vas-y...
- Zyeux Gris tu l'as rencontrée comment?... Enfin, tu réponds si tu veux, hein; c'est juste pour savoir...
- Oh, y a pas d'secret... C'était au job que j'avais alors, où je faisais l'malin pour des mecs qui s'prenaient pour les maîtres du monde...  Zyeux Gris venait d'être embauchée, et son petit côté Goth mal dégrossi, piercing rebelle et Docs coquées, m'avaient filé comme un coup d'jeune dans les génitoires! Avec Zyeux Gris, c'est à la suite d'un déjeuner où on avait causé philo et littérature, que tout a commencé: on entamé un échange de courriers, tout en e-mail, en comparaison desquels la correspondance de Sartre avec Simone de Beauvoir ressemble aux courrier des lecteurs de Maison & Jardin ! Là, j'peux dire que j’y ai mis le paquet! Tous mes vieux trucs y sont passés : le Monde Pratique, les Idées, le Spectacle et même, je crois que je lui ai repassé le vieux plat de la Division Infinie du Travail ! J’étais tellement brillant, que je ne pouvais plus écrire qu’avec mes Ray Ban !  Bref, j'avais entrepris d'la séduire à la tchatche... Et le plus fort c’est qu’elle avait l’air de mordre au truc ! Elle en redemandait, même ! Elle répondait à chaque fois, et elle argumentait, et elle posait des questions, et tout ! J’étais pris à mon propre jeu : j’avais bluffé à cent balles et elle me relançait à mille !"
Vébé coupa une rondelle de sauce, me la tendit d'une main, et vida son verre de l'autre. Moi, j'trouvais que les nourritures terrestres, c'était pas mal non plus, alors j'pris la tranche pur porc, tout en l'encourageant quand même: "Et alors?..."
" Alors on a commencé à se voir, en plus de s’écrire.Dans mon bureau des fois, au bistro souvent, et on reprenait les conversations là où la machine à mail les avait laissées. Moi j'la jouais façon prof, mais qui a vécu, quand même, qui a aussi de bonnes références rapport à la jungle de la lutte sociale. Quelques petits tours au Kosovo ou en Ethiopie, n’auraient pas fait mal dans le tableau, mais dans l’ensemble, ça s'tenait ! Il me manquait juste de pouvoir, d’un geste faussement négligé, passer ma main, qui a tant caressé, dans ma chevelure épaisse, mais soignée. Il allait falloir que je pense sérieusement aux implants ! On se perdait bien un peu, mais bon, c’était frais, on se refaisait le Monde, et, surtout, surtout, Je était un Autre !
Ah ça c’était le grand truc qui m’avait aussi bien pris la tête avant : la (re)présentation de soi, pardon du Moi, comme fonction de l’Inconscient… En gros c’était qu'tu te libérais en causant, mais attention, pas chez le psy, non trop simple et trop intégré ! Non, tu faisais chier tes potes, ou mieux, enfin ça dépendait des goûts bien sûr, tes copines. Et puis alors là tu balançais tout, avec une impudeur en comparaison de laquelle les questions d’Ardisson ressemblent à celles d’une rosière s’informant sur la vie : si tu n’avais pas eu au moins un émoi sexuel quand Maman te lavait la pépette, quand t’avais trois ans, c’était même pas la peine de commencer à discuter ! Et après forcément il y avait la surenchère, tu déballais tes intimités, ta relation à l’Autre (c’est à dire comment tu baisais!), tes interpellations au niveau du vécu, tout ça… et c’est comme ça que j’avais eu des bons potes qui y avaient laissé leur femme, leurs gosses et même des fois leur compte en banque !
Et voilà, qu’à nouveau, avec cette petite, doucement, je me laissais aller à parler de trucs sur moi que j’aurais même pas dit à mon confesseur ! Du bluff, encore ? Pas sûr… J'le savais depuis longtemps, la pudeur ça n’avait jamais été mon fort, mais la plupart du temps, même à l’époque des séances de gratte-moi-où-ça-fait-mal, j’y mettais des formes qui me protégeaient toujours, plus ou moins, d’en dire plus que mon Surmoi ne voulait : j’avais toujours eu un Surmoi un peu chiant, bien respectueux du ça, et tout!
Mais là, bizarrement, j’étais bien... va savoir pourquoi ; elle m’écoutait gentiment, elle riait quand il fallait, elle compatissait au moment où le héros il est malheureux, l’émotion l’émouvait et elle comprenait quand il fallait comprendre : une vraie petite perle ! Alors du coup, avec tout ça, mes questions rentrées et mes trouilles de papy-boomer, elle restait un brin mystérieuse, et, après tout, ça m’allait bien, même si ses yeux envahissait un peu trop ma vie.
Et tout d’un coup j’avais l’impression d’être beau, uniquement parce que j'croyais, je voulais croire, qu’une paire de Zyeux Gris m'trouvait beau, et je me regardais, dans ces yeux, et je disais « miroir qui est le plus beau ? », et le miroir me répondait comme il faut… Je était un Autre! Si j’avais voulu faire semblant de croire que j’étais en train de jouer les Pygmalion, c’était plutôt raté ; Narcisse, par contre oui ! Mais bon, j’avais des excuses : l’ennui qui me ravageait bien, parfois, une certaine lassitude dans tout le corps, un détachement qui avait tourné à l’indifférence… la vie avec Rampling qui avait pris d'la gite... on peut dire que j’avais la cinquantaine mélancolique !
Et puis au fil de nos causeries une chose me devenait de plus en plus évidente: j’étais bien quand elle était là, je n’étais pas bien quand elle n’était pas là. Et puis une autre chose me devint évidente aussi : à force de parler de moi et de Moi, je ne lui avais jamais donné la moindre chance de parler un peu, juste un peu, d’elle. Elle était qui ?... Elle vivait où ?... Elle avait un mec ? Une copine ? J’aurais tout voulu savoir d’elle, tout d’un coup…
Mais je ne lui demandais pas : j’avais bien trop peur d’apprendre des choses que je ne voulais pas entendre et entre autres ce qu’elle en pensait de tout ça, elle, de ces rencontres un peu bizarres, et de ce qui allait se passer, après, quand on aurait bien fini d'se branloter la cervelle. Et puis il y avait aussi cette putain question de l’âge, un peu, qui me faisait peur. Bon, j’en rajoutai souvent avec ma cinquantaine, le genre l’homme mûr, sûr de lui, qui s’assume… après tout je les avais pas encore ces fameux cinquante balais ! Loin s’en fallait ! Et puis la jeunesse, c’est dans la tête !
Bullshit.
Parcer que, la jeunesse dans la tête parlons-en!... La tête elle était plutôt ravagée, le matin, parce que trop de tabac, et l’alcool fort, aussi, un peu…Marquise, si mon visage… Alors les questions qu’il aurait fallu poser, je les oubliais beaucoup. Mais j’aurais bien voulu savoir quand même…savoir plus… encore toujours…
Le plus drôle, j'te jure, c'est que pendant tout ce temps jamais, oh grand jamais, nous nous sommes effleurés, ne serait-ce que du bout du doigt. Sur le plan sensuel notre truc c’était tout dans la tête; le dialogue des Carmélites en moins torride!
Je crois que je peux le dire maintenant : j’étais amoureux, mais vraiment sévère !"
La saucisse était bien entamée, maintenant, puisqu'aussi bien elle était quasiment finie! Comme mon Cahors aussi était fini, Vébé s'mit en devoir d'attaquer au Jameson, en s'excusant de la médiocrité du produit, mais c'est tout c'qu'il avait trouvé de buvable, en Irish, chez Utile... Son histoire, un peu plan-plan, et le Marcillac et le Cahors m'avaient vaguement endormi, et je n'regrettais pas qu'il ne l'ait pas servie au Balto: c'était franchement pas très cuteux, sa dragouille jacassière... Par politesse, plus que par curiosité, j'le relançais d'un:
" - Et alors, tu l'as baisée ?...
- Pas tout d'suite, bonhomme, pas tout d'suite... En tout cas pas avant d'avoir fini c'que j'avais à finir avec Rampling... J'aurais pas pu, vu qu'j'ai jamais bien réussi à avoir deux histoires à caractère sexuel en même temps... C'est pas tant d'la fidélité, que d'la fainéantise! Alors du coup, on s'est trimballé des fiançailles façon moutarde de Meaux, à l'ancienne et qui ont bien duré six mois! Et puis tout s'est emballé, j'ai pris l'dog et laissé ma vieille vie de l'autre côté d'la rue Cambronne, loué un studio genre 20 m², mais avec balcon, juste pour les pisses et chiasses au clebs... J'me souviens, la première fois qu'elle est v'nue, Zyeux Gris, c'est la vue sur la Tour Eiffel, premier plan, faut dire, du balcon, qui l'a bluffée... Pas vu les déjections intempestives à Doggy... J'étais tout heureux... et on a commencé notre rencontraille, que ça fait cinq ans, et que je sais pas où on va, mais on y va!... Et tu vois, Brisc', le plus drôle, c'est que de mon ancienne vie, ce qui me manque le plus, c'est les bagnoles... la Saab plein de turbo, la WW cabrio plein d'aéro, l'Hérald so british et la Pacer qu'y avait bien l'air... D'où la CLK, Brisc', d'où la CLK... Et le dog, aussi, il manque, trait d'union entre la vie d'avant et la vie d'maint'nant... Seul témoin de mon grand virage... Un p'tit Jameson, pour s'finir, Brisc'?... Pour s'finir."
Moi j'avais pas trop envie de m'finir, mais par contre, me zoner, alors là oui, grave et fort... Vébé, en même temps, j'avais l'impression d'être dans sa vie complet total, insider comme je l'avais jamais été... Le froisser, j'aurais pas pu, surtout, vu les saloperies que j'lui avait sorties l'aprèm' même... Alors j'lui ai concédé un dernier glass... Mais quand même, si on réfléchissait un peu, sa vie à Vébé, Vébé le Héros, Vébé le Manitou, Vébé La Science, ben sa vie elle se résumait à quoi?... Une dizaine de femmes, autant de bagnoles et un chien. Bref, du peu, pour beaucoup, et beaucoup, pour un peu...
La saucisse était finie. Complètement. Merde, 'tain, j'avais encore la dalle...

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12 septembre 2007

Le Grand Tilleul

TilleulJuste avant de décaniller, Vébé m'avait dit: "Briscard, j'suis dans l'sud, j'ai loué un p'tit nid d'amour, avec ma cop', mais il y a une chambre d'amis et il y aura toujours un bol de soupe chaude pour tézigue! Alors, si le coeur t'en dit et si tu t'les pèles à Murat, n'hésite pas: viens donc te faire lustrer la couenne au soleil albigeois!" Du coup quand la météo cantaloue a fini par me gonfler les glandes, et qu'j'en ai eu marre de m'enfiler des grogs et du Viandox, j'm'ai dit que j'irais bien faire la visite au Vèb'; après tout, l'invite d'un bon client, ça s'refuse pas: il pourrait se vexer, et me bouder l'comptoir façon réciprocité vengeresse. Alors du coup, j'ai pris la merco, fraichement révisée par Delrieu, et zou, direction le sud chaud et beau, aussi sec!
Vébé, il m'avait expliqué vaguement qu'il était plutôt du côté aveyronnais de l'albigeois, genre Villefranche, entre Quercy et Ségala... Avec juste le nom du bled paumé et une bonne vieille Michelin 338 local, j'me suis donc mis à la recherche du Vébé caché... Le GSM capte pas, qu'il m'avait dit, mais j'pouvais pas m'tromper: après l'village, j'prenais le vicinal 2 vers La Borie, j'traversais la cour de ferme, j'continuais 500 m sur le chemin, et hop, out of nowhere, surgirait la batisse qui l'abritait, lui et sa p'tite loute... "Juste sous un immense tilleul", qu'il m'avait précisé, "tu peux pas t'tromper"... J'avoue qu'j'étais à la fois curieux et un peu géné, aussi, d'pénétrer comme ça son intimité... parce que c'est vrai, Vébé il se répandait à grands seaux d'impudeur au Balto, mais là, j'allais être comme qui dirait en totale promiscuité avec son vécu du jour, tout frais, tout juste sorti du cul d'la poule, si j'puis dire...
Les gens, on croit les connaître. Surtout quand on est bistro, en prise directe avec la mélancolie mélé-cass des uns, les confidences avinées des autres et l'épopée d'comptoir des poivrots hiératiques. Tenez, prenez Bézo, par exemple, et bien Bézo, c'est le type même du Kakou Clio 16 soupapes, ou du Mia gourmette version parigot tête de veau. Direct vous l'cataloguez, le Bézo, et jamais, ou rarement, il vous déçoit. Mais, attention: pratiquer la taxonomie à ce niveau, c'est plus d'la science, ça relève du divinatoire... Bézo, suffit pas de dire "frime et grande gueule" et basta!...  On dit ça, mais on dit rien. Non, Bézo, c'est un assemblage subtil et complexe, aux fragrances de Pento et d'Hugo Boss; toujours à gueuler contre les bougnoules mais prêt à savater le premier qui traite Rachid; abonné à la Fête de l'Huma et aficionado de la Foire du Trône; toujours à courir après la caissière de Franprix, mais client chez Monop; Bezo, c'est pas compliqué:il pense avec sa bite et il dépense avec son cul; raide et généreux, voilà l'Homme! Tout ça, de Bézo, j'ai fini par l'comprendre au fil des ans, et maintenant, mon Bézo, faut bien dire qu'il m'est devenu quand même un peu prévisible; et quand j'le vois entrer au Balto avec sa face d'oursin, je sais d'avance qu'il y aura d'la raie au menu! 
Alors, moi, forcément, du coup, Vébé, j'croyais quand même le connaître un peu, et même pas qu'un peu... Quand je suis arrivé en vue du tilleul - vraiment mahousse, le tilleul, que du coup la baraque à Vébé elle faisait toute kikinou - c'est pas lui que j'ai vu en premier, même s'il était là, debout, appuyé sur le chambranle de la vieille porte de la vieille bâtisse un peu pourave qui lui servait d'immobile home; non, ce que je vis en premier ce fut la bagnole. Une mercobenz. Comme moi. Mais pas tout à fait non plus. Moi, c'est une 190E de 84. La chiotte à Vébé, c'était une CLK Cabriolet de 07. Merde, alors!... Vébé il s'trimballait la morgue dans une caisse à 40 grosses boules! ... Vébé le belreu sur le retour, Vébé l'aventurier des rizières, Vébé le forban de l'altiplano!... Vébé l'pipoteur, plutôt, oui... Vébé la menterie, Vébé le repu... Bref, Vébé le Malhonnête! Parce que, merde, Vébé c'est quand même l'homme d'opinions... A l'entendre causer, c'est même franchement l'homme de gauche, quoi... Et v'la que Monsieur se moule les burnes dans l'cuir piqué façon sellier et se booste la libido au Kompressor! J'suis pas bégueule ni sectaire, mais faut quand même pas déconner, merde, fais chier, à la fin: le train d'la vie, y a pas, faut qu'ça roule sur les rails des idées. Moi, j'sors pas d'là... et si les rails, c'est large comme ça, ben le train il doit pas être plus large, merde! Sinon c'est pas réglo. Moi, j'sors pas d'là...
Du coup c'est le sang aux joues et l'indignation au ventre que je garais rageusement ma vieille tire pourrie, sous le tilleul centenaire, à côté de la rutilante CLK d'mon Q! Je sentais qu'il y allait avoir de l'explanation gros commak! Mon séjour chez Vébé le Bourge s'annonçait rock 'n roll et j'voyais bien qu'on allait jouer la Revanche du Bistroquet Saison 2 avant pas longtemps, parole!
Comme quoi, les gens on croit les connaître...

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Les belles histoires d'Oncle Vébé (20)

Pendant l'été, Le Balto a rediffusé les histoires à Vébé.
Voici la dernière redif': la renaissance de Vébé!
Si, toi aussi, tu veux renaître avec Vébé, clique ici:

KLIKICI


'tain, mais c'est pas vrai! Il va encore nous les briser
avec ses putains d'extraits musicaux de sa putain de cinémathèque idéale!
Bonjour le boulet!

(Singing in the Rain, Stanley Donen & Gene Kelly - 1952)
Avec une dédicace toute particulière pour m., la madone des morning!

 

 

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10 septembre 2007

Les belles histoires d'Oncle Vébé (19)

Pendant l'été, Le Balto rediffuse les histoires à Vébé.
Et malgré un p'tit coup d'chauffe, ça commence à sentir le début de la fin ...
Si toi aussi tu veux un dernier p'tit coup d'chauffe, clique ici:

KLIKICI

 

Bon. Maintenant il commence à nous fatiguer,
avec les extraits musicaux de sa putain d'cinémathèque idéale.
Merde, à la fin.

(Der Blaue Engel, Josef Von Sternberg - 1930)

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06 septembre 2007

Les belles histoires d'Oncle Vébé (18)

Pendant l'été, Le Balto rediffuse les histoires à Vébé.
Là, Vébé découvre la conscience de classe.
Si toi aussi, tu te sens rebelle, clique ici:

KLIKICI

Oh!... Encore un extrait musical de
sa cinémathèque idéale.
Fallait pas...

(The Deer Hunter , Michael Cimino - 1978 )

 

 

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03 septembre 2007

Les belles histoires d'Oncle Vébé (17)

Pendant l'été, Le Balto rediffuse les histoires à Vébé.
Aujourd'hui, Vébé en Belgique.
Si tu aimes Blankenberger, clique ici:

KLIKICI

 

 

Et, décidément, il aime ça nous passer,
des extraits musicaux de sa cinémathèque idéale.
C'est bien. Très bien...

(Nightmare Before Christmas, Tim Burton - 1993)

 

Posté par Briscard à 04:00 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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