LE BALTO

Un bistro du coin où on tape la belote avec Bezo, Rachid, Briscard et quelques autres...

09 octobre 2007

Le mafé

mafe"L'affreux Kouyenski barré, Moussa devint le plus charmant et le plus disert des boys de ces bois! Il nous expliqua l'île, qu'il allait nous y emmener avec la pirogue à rames, parce qu'avec les crocos au bord du fleuve et les hippos au milieu, il préférait laisser la faune en paix, mais qu'il faudrait pas le dire à Massé Stanley, parce qu'il voulait toujours qu'on prenne le beau bateau hors bord, pour que les nègres ils voient qui était le patron... Nous, à vrai dire, la pirogue nous bottait bien... enfin du pittoresque et du typicos! Moussa, et un des ses potes du village, car il n'était pas question de nous laisser pagayer, nous conduirent doucement, à travers le fleuve large de près d'un kilomètre, sur une petite île de sable, sobrement occupée par une paillote en bambou, et plantée d'une dizaine de palmiers rachos... Nous passâmes une journée délicieuse à glander, se baigner, bouquiner et picoler... Une présence féminine eût comblé notre court séjour, mais bon, quand la chaleur se faisait un peu insistante, nous allions piquer une tête dans le fleuve, nageant prudemment, en prenant garde de ne pas énerver les hippopotames, dont l'allure placide cache une capacité à se fâcher sévère si l'on empiète sur leur territoire aqueux! Du coup on se serait cru en vacances. Et ça tombait bien, parce que, justement, on était en vacances!
Moussa vint nous récupérer à la tombée de la nuit. Il nous avait préparé un poulet au curry pimenté, qui  régla une fois pour toutes nos interrogations sur l'influence des mets épicés sur le comportement des hémorroïdes: nous eûmes le cul en feu pendant trois jours!... Même si l'envie nous en avait pris bien fort, toute intromission sodomite nous devint totalement interdite, sauf à accepter le déchirement de nos trous d'balles avec le stoïcisme héroique d'un Horse Guard en train d'se faire sucer par une lolita punk japonaise! Le poulet curry de Moussa valait bien certains madras ou vindaloo servis du côté de Pondichéry! Tout en s'foutant gentiment d'not' gueule et des larmes qui ruisselaient de nos pauvres yeux de blancs chochottes, il nous chambrait: "Alors, là, patron, c'est pas fort du tout! J'ai presque pas mis de piment oiseau... tu dis pas que ça pique, quand même, là!..."   Pendant que nous essayions d'éteindre, à grandes cuillers de riz au gras, le feu d'brousse qui nous avait envahi les intérieurs, Moussa entreprit de nous raconter comment,  il avait fait fuir les esprits, grace à un mafé particulièrement épicé. Une nuit, alors qu'il gardait la case de Stan l'affreux,  trois esprits vinrent lui intimer l'ordre de s'asseoir face au mur et de ne pas se retourner quoiqu'il entende. C'était des esprits voleurs, et s'il se retournait ils allaient lui voler son âme, et il ne pourrait plus être reçu au royaume d'Allah, alors il obéit. Le mélange des genres, animisme et islam n'avait pas l'air de le déranger plus que ça, et il nous raconta qu'il savait que son patron allait lui mettre 10 coups de chicotte, parce que les esprits allaient encore dévaliser la case, mais qu'il ne pouvait pas bouger, qu'il était comme paralysé... Un des esprits, il l'entendit, appela alors soudain ses petits camarades, et les invita à venir goûter avec lui le mafé que Moussa avait mis à mijoter sur le feu. Les esprits, voleurs mais gourmands, s'empifrèrent, à pleine main comme il se doit, du mafé à Moussa... Ils avaient dégoté de la bière au frigo, et ils en profitèrent pour s'étancher la soif qu'ils avaient bien grande, tout esprit qu'ils fussent. Puis, avant de se mettre sérieusement au pillage de la case, ils sortirent pour se vider l'trop plein d'vessie, tout en rotant et pétant à qui mieux mieux. C'était vraiment pas des bons esprits, avait judicieusement conclu Moussa... Mais tout d'un coup l'un, puis l'autre et enfin le troisième, se mirent à hurler qu'ils brulaient de la queue et qu'ils avaient le chibre qui s'consumait... et plus ils s'frottaient, plus ils avaient mal et hurlaient que c'était Moussa qui leur avait jeté un sort et qu'ils allaient le tuer s'il n'éteignait pas tout de suite cette consomption maléfique... Moussa leur indiqua qu'il reconnaissait là le châtiment des esprits voleurs et que le seul conseil qu'il pouvait leur donner, c'était d'aller s'plonger Kirikou dans l'Niger jusqu'au lever du jour,  les malédictions, c'est bien connu, s'évanouissant avec l'aurore. Les esprits partirent donc en gémissant et Moussa ne les revit jamais. Comme nous nous étonnions quand même un peu de la si opportune survenance de ce sort salvateur, Moussa rit un grand coup et nous dit:
"Tu sais, patron, vous les toubabs, vous croyez pas la magie des noirs... mais les esprits c'est pas des blancs; j'avais mis trois piments oiseaux dans le mafé; chacun des esprits il en a touché un avec les mains. Alors, quand ils ont touché leur bangala, pour uriner, ils ont mis le feu au bout, c'est tout... et tu sais, comme on dit chez nous, en Afrique: la limite de la bête est sa queue!"  Moussa éclata de rire, encore un grand coup, des fois qu'on aurait eu des vélléités de s'la jouer ethnographe à bretelles, et nous encouragea à reprendre du poulet. Nous déclinâmes l'invitation: nous ne tenions pas à atteindre les limites de la bête..."

 

Posté par Briscard à 04:00 - Commentaires [68] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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