LE BALTO

Un bistro du coin où on tape la belote avec Bezo, Rachid, Briscard et quelques autres...

12 octobre 2007

Le Buffet Hôtel de la gare de Bamako

1Mali470Vébé se rinça la gueule d'une rasade de Picon bière, comme si le mafé lui brulait encore la cavité... Rachid se remémora à voix haute un couscous boulettes harissa, qui lui avait valu une quasi perforation intestinale, et Bézo célébra un certain potage thaï piquant qui lui avait filé "le baton d'gendarme grand modèle 6 heures de suite". J'arrosai une nouvelle fois ces messieurs... vu l'heure, et vu son alcoolisme de convivialité, comme lui avait gentiment diagnostiqué son bib, Vébé nous accompagna au 51 à peine mouillé. Moi j'me contentai d'lui poser la question qui, bien plus que toutes les épices épicées, nous brulait les lèvres:
" Et sinon, alors, les p'tits modèles?... T'en as tâté?..."

"Tâté, tâté... ça dépend c'que t'appelle tâter, Briscard... Parce que tu vois, quoiqu'on dise, et quoiqu'on croît, avec nos p'tites têtes de blancs pourris des glandes, et bien, les femmes africaines, c'est pas les salopes que des mecs comme Stan ou Willie pensaient qu'elles étaient... C'est des types dans leur genre qui ont inventé les putes et les p'tits modèles... C'est le stupre du colon qui  a tout déclenché... les tôles d'abattage, les BMC et les filles à macoutes!  MST et HIV se sont alors pointés, à l'aise Blaise, et hop! décimés les blackos, hommes, femmes et enfants! Tout ça because, un jour, un Stanley ou un William ont eu une putain d'envie d'se vider les couilles avec de l'autochtone... Mais l'autochtone, elle, son rêve, c'était pas d'frayer avec d'la peau d'blette... son fantasme, à Fatou, c'était pas d'bouffer du radis blanc ... le noir lui seyait bien, elle trouvait! Mais quand Stan et sa bande ont exhibé les talbins en même temps qu'leurs bites blafardes, Fatou  elle a été prise de vertiges vestimentaires... les beaux boubous 100% wax et les chaussures talons crocos du Nil se sont mis à danser le tango d'la convoitise devant ses yeux écarquillés, et hop, c'était plié, trottoir et tapin sont en bateau... Pas d'bol, c'était l'Titanic!
Bon, j'reconnais, j'raccourcis et j'synthèse un peu, mais bon, pour l'essentiel c'est quand même bien un peu comme ça qu'ça s'est passé... Nous, quand on y était, avec Dan, le sida n'était pas encore un rêve dans la tête de Satan... C'est dire qu'on pouvait s'dénerver l'gland sans beurre et sans reproche, pourvu qu'on prisse un minimum de précautions hygiéniques. Et c'est bien, d'ailleurs, ce à quoi nous encouragea à plusieurs reprises William, qui avait toujours son projet philantropique de nous faire partager ses copines de jeu. Mais avec Dan, on avait une règle tacite: no relation on vacation! Enfin, disons qu'on ne pratiquait pas l'aventure biteuse ni le tourisme queutard
... Bien sûr, il pouvait arriver que nous dérogeassions à cette ascétique attitude, entrainés qu'ils nous arrivaient d'être par nos sens affolés, mais dans l'ensemble on tirait pas trop la greluche du cru, et surtout pas les putes à touristes. Nous déclinâmes donc gentiment mais fermement la propal à Willie, qui nous convainquit quand même de l'accompagner à Ze bar to be, temple de la danse et de la dragouille local: le Buffet Hôtel de la gare de Bamako. L'endroit allait devenir mythique, mais ce n'était, à l'époque, qu'un buffet d'gare un peu miteux et beaucoup décati; William, obsédé par ses deux manies maladives, la baise et la boisson, ne put s'empêcher de nous faire l'article, en nous promettant les plus beaux p'tits culs africains et la meilleure bière pression de toute l'Afrique Occidentale ex-française! Par contre, c'qu'il avait un peu oublié d'mentionner, c'était la zique. A c't'époque, les rois du lieu c'était rien moins que Le Super Rail Band Of The Buffet Hôtel de la gare de Bamako! Textuel! Imagine des putains d'accords syncopés, sur des copies d'Stratocaster amplifiées par Rolland... Des mélopées ondoyantes et sirupeuses, égrénées sur la kora et le balafon, à t'en faire pleurer les écoutilles... Si t'ajoute des percus à s'faire trémousser un tétraplégique, et une section de cuivre funk et refunk, tu as le Super Rail Band Of The Buffet Hôtel de la gare de Bamako! Nous on l'savait pas à l'époque, vu qu'ils débutaient, mais les caïds du groupe s'appelaient Salif Keita et Mory Kanté...
Le Rail Band s'était mis, comme toute l'Afrique de l'Ouest, à la fameuse rumba zaïroise...la rumba zaïroise, si tu connais pas, tu peux pas comprendre l'effet qu'ça t'fait: t'as les nerfs à fleur de peau et l'calbut en effervescence,
direct, dès les riffs d'intro! Et aussi sec faut qu'tu bouges... L'avantage, au Buffet Hôtel, c'est que pour danser, y avait pas besoin de faire tout l'tour de la piste pour te prendre dix huit rateaux, et finir dans les bras de Miss Biactol 1973! Non, direct t'étais debout, direct t'étais pris en main par une fille rigolarde, dont le souhait le plus cher semblait de te faire remuer la base en cadence avec son fignard! C'est comme ça que je me retrouvai enveloppé par une jeune personne fort bien nichue, qui ne put s'empêcher de se foutre de ma gueule dès que je voulus amorcer un pas de rumba, et qui décida de me guider tout au long du quart d'heure malien! Régulièrement son ventre venait frotter doucement le mien, et ce qui devait arriva: j'eus bientôt la trique à Papa, façon Rocco et ses soeurs... Ma douce doudou se rendit bien vite compte de mon épenchement d'sinovie, vu qu'les pantalons d'toile légère, d'usage courant au sud du 23ème parallèle, ne dissimule qu'assez faiblement les émois sincères... elle tînt à me prévenir en riant:"Attention, Toubab! Si tu fais le galant avec moi, c'est pas pour la plaisanterie! Je suis une fille sérieuse... je vais marier Sissié Koulibali, qui est gendarme à Ségou! Alors on danse et c'est tout bon, d'accord?..." Je ne pus que souscrire à sa suggestion, même si j'avais l'zobinot bien récalcitrant! Dans ma Ford intérieure, je me mis donc à penser très fort à la triste fin de Marcel Cerdan et au grand malheur d'Edith Piaf, histoire d'me calmer un peu l'emballement des génitoires! Mais c'est l'arrêt d'la musique qui marqua vraiment la fin de ce qui était en train de devenir un calvaire, puisqu'aussi bien ma charmante partenaire, malgré ses objurgations,  n'avait pas cessé pour autant de venir régulièrement frotter ses bas morcifs sur ma bite en déroute, tout en souriant à pleines dents! C'est Willie qui me briefa, lorsque je rejoins la table formi formi formica où il avait établi son QG picolo-mateur: la rumba zaïroise, son p'tit nom, ici, à Bamako, c'était frotti-frotta. Donc voilà. Fallait l'savoir, c'était tout... Dan non plus, il l'savait pas, vu qu'il se pointa, tout en sueur, en nous déclarant qu'il avait failli s'faire péter l'obus contre la fouffe de sa cavalière émérite! Nous nous promîmes, à l'avenir, de nous tenir au fait des danses tribales des riantes contrées que nous devions traverser, et de leurs éventuelles figures imposées!
Toujours prosélyte, Willie nous fit la leçon: "Si c'est des civiles que vous voulez, les gars, j'vais vous montrer comment on s'y prend... L'Africaine, c'est pas compliqué, elle a la patcholle à fleur de peau, mais elle le sait pas! Faut juste lui causer gentil-gentil et la faire vibrer au bon moment... Des p'tits CFA par là-d'ssus, et hop, c'est  bonnard mon braqu'mard! Bougez-pas, j'vais vous lever d'la gamine bien comme il faut..."

Avant même que nous essayâmes d'le retenir, il se leva, s'approcha d'une table où gloussaient cinq filles vêtues à l'occidentale, et se retrouva au milieu d'la piste avec la plus jolie, au moment où le Rail Band attaquaient une nouvelle série chaloupée. Bon, c'est vrai, on aurait pu être un peu plus vifs dans notre action en référé suspensif, histoire d'empêcher son entreprise de subordination et tout ce qui s'ensuivit. Mais on pouvait pas prévoir ce qui s'ensuivit, justement. Sinon, bien sûr...  "

Posté par Briscard à 17:40 - Commentaires [64] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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