LE BALTO

Un bistro du coin où on tape la belote avec Bezo, Rachid, Briscard et quelques autres...

31 octobre 2007

Loïc

Lo_c"Moi j’dis, dans la vie, y a les hasards et y a les pas d’bol… Celui qui connaît pas la vie, il croit que les pas d’bol c’est comme les hasards... Lekervelec, c’était son fatum, à Josy"


Demain, la suite, ici!

 

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29 octobre 2007

Josy

Josy_N_BLes histoires, pour celui qui veut écouter, c'est pas ça qui manque dans l'train de l'humain, destination Destin, avec changement à Baraka ou continuation sur Fatalitas... Mais les histoires, le plus souvent, c'qui leur manque, c'est pas tant d'être arrivées que d'être racontées...
Ainsi, l'histoire à Josy...
Si Lekervelec n'était pas réapparu, au Balto, après toutes ces années, et bien l'histoire à Josy, jamais, p'têt, j'l'aurais racontée, vu que tout c'qui s'est passé c'est du passé, et que, comme dit l'autre, "monsieur mon passé, laissez-moi passer"! Mais y a un moment où, on n'sait pas pourquoi, sûrement parce que c'est l'moment, il faut qu'les choses soient dites. P'têt aussi que si Lekervelec n'avait pas commencé à faire son malin, à vouloir faire  parler d'lui et tout l'bastringue, j'aurais fermé ma gueule... Mais, là, ne s'rait-ce que par respect pour Josy, j'pouvais pas l'laisser s'réinventer sa vie aux p'tits oignons, gentiment mitonnés, boeuf carottes et pâté en croute... Pas après tout c'qu'il avait fait... Alors, voilà, c'est pour ça qu'j'ai décidé d'la raconter, la vraie vie de Loïc et Josy, telle que j'ai pu la connaître, il y a maintenant un p'tit bail...

Parce que moi j'dis, dans la vie, y a les hasards et y a les pas d'bol...   


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26 octobre 2007

Les jeux du Ouique de Briscon (1)

Finis les week end d'automne tristounets et pluviométreux!
Voici, avec la complicité complice de mon complice Briscon, un jeu rigolo et instructionnant...
Il s'agit du "Choizetongou": écoute ces deux versions d'une joyeuse chanson  du répertoire français, et choisis ta préférée.


A. Choix A

 

B. Choix B

Voilà. A toi de jouer, petit veinard qui va bien rigoler...
(PS: une autre version de cette amusante chanson existe aussi. Sauras-tu la retrouver sur le net? Et la colorier?)

 

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24 octobre 2007

Californication

SurfBezo est sorti des gogues, un baveux à la main:
"- Dis t'as vu, Briscard, ça pleut d'la chtouille, aux States en c'moment... Ecoute ça un peu: « Nous sommes dans une course contre la montre ; nous ne nous occupons pas des morts, mais d'atteindre les vivants et de les sauver. Nous poussons les cadavres de côté, c'est tout »... 'tain, la vache, les catas, ils les loupent pas, les ricains, non plus...
- Ouais, le fait est, qu'j'ai concédé; note que faut rien exagérer non plus...  les mecs ils sont quand même évacués, et y a pas tant q'clamsés que ça...
- Non mais tu rigoles, Briscouille de mes deux cars... tiens: « C'est la première fois que nous avons à faire à une telle situation. Les gens nous appellent au secours de leurs toits avec des téléphones portables. Certains - les personnes âgées, les enfants - ne pourront pas tenir très longtemps »... Alors m'fait pas rire, j'ai les lèvres gercées! Et comme ils disent dans l'canard, c'est encore les négros qui vont trinquer...
- Les négros, Bézo?... Faut arrêter la boisson mon gars, vu qu'du côté d'où qu'y a l'feu, les blacks c'est plutôt le château à Will Smith, que la case de l'oncle Tom! Non, moi j'dis, que ça leur fait les pieds à ces gros connards de richards... Tu sais qu'il paraît même qu'on a vu des mecs faire du surf en pleine cata?!!!
- Du surf?... Mais tu déconnes ou quoi Brisc'?!... J'ai jamais entendu causer qu'la Nouvelle Orléans c'était un spot! Tu vas pas m'dire qu'ils ont profité d'l'ouragan, non plus?...
- Dis Bézo, le journal, là, tu l'as pris aux chiottes?...
- Ben oui... pourquoi?...
- Fais voir un peu... d'accord... 01 septembre 2005... faudrait voir à mettre à jour tes signets, Bonhomme! Parce qu'entre Katrina la ravageuse et God's Fire, y a quand même une paire d'années... Note que pour les négros, du coup, t'étais pas complètement dans l'incongru...
- Merde, t'as raison... fais chier... les journaux, c'est vraiment juste bon à s'torcher l'cul...
- C'est d'ailleurs bien pour ça qu'il était là où tu l'a pris, Bézo... des fois qu'on s'rait v'nu à manquer d'ouate!...  La mise en abyme, en quelque sorte... J'te r'mets un jaune?...
- Non, tiens... tu saurais pas m'faire un Malibu Sunrise, plutôt?..."

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22 octobre 2007

La lettre de Guy Môquet

moquetLa converse tournait vinaigre au Balto... Sur ce coup, Président Sarko, il avait bien mis la zizanie au sein de notre petite assemblée. Moi, j'le dis toujours, la politique et la religion, dans un bistro, faut faire gaffe, et bien tenir la barre si tu veux pas t'prendre l'écoute de bôme dans la tronche! Et là, y avait gros temps sur l'Baltoche, parole! Les déferlantes me chopaient vent arrière et j'avais les plus grandes peines du monde à calmer mon monde, qui s'étripait pour savoir si la lettre de Guy Môquet, il fallait la lire dans les écoles, et même partout, ou pas...
Bézo en tenait pour la lire, la lettre, mais en disant qu'c'était un coco, un vrai stalino, un batard de Ribbentrop et Molotov, le Guytou... et pas nous r'passer un plat d'l'histoire, réchauffé au micro-onde Guaino! Rachid lui rétorquait que c'était bien des conneries, qu'on avait pas l'droit d'faire semblant qu'le terrorisme c'était bien quand ça nous arrangeait et d'bouffer du bougnoule, avec nos gueules de pieds noirs pourris du cul, quand il s'agissait d'salir la mémoire du colonel Amirouche... Ce à quoi Bézo lui répondit qu'entre balancer des tracts en vélo et flinguer dans les Aures, y avait comme qui dirait pas vraiment appairage! Bref, c'était l'ambiance! Jeannine, en visite de courtoisie, ne pouvait s'empêcher d'y aller d'une petite larme sur le pauvre gamin fauché en pleine fleur de l'âge, ce qui énervait encore plus Bézo, qui, de franchement relou, se mît à être carrément grossier, en lui proposant d'lui consoler l'vague à l'âme, par une douceur à sa façon, genre pleure pas la bouche pleine!
C'est le moment que choisit Vébé pour pointer son museau, attiré par le perniflard du soir, comme  le chagrin par l'araignée du matin; je le mis au courant du pourquoi d'la désolation et en profitai pour lui d'mander son opinion, genre médiateur: Vébé avait souvent des vertus apaisantes sur Bézo et Rachid, qui, s'ils se foutaient bien des avis de l'homme, respectaient au moins les capacités d'ingestion alcoolique du buveur! Son jaune à la main, il attaqua:
"Tu vois Briscard, le coup d'la fable du Loup et du Môquet, pour tout t'dire, j'm'en battais les breloques cossu, dans mon Eminence taille basse, jusqu'à pas plus tard que tout à l'heure... Mais quand même quand j'ai vu, sur l'autobahn, dans l'tacot qui m'ramenait d'Roissy, c't'espèce de truc, au-d'ssus des bagnoles, je me suis dit que, peut-être, y en avait qui poussaient l'bouchon un peu loin... "
Le problème, avec Vébé, c'est, qu'ses trucs, tu sais jamais si c'est vrai ou pas... Comme je le lui faisais remarquer, il conclut:
"Tu sais Briscard, c'est peut-être jamais arrivé, ce panneau lumineux... mais comme disait l'autre, c'est pas parce qu'une chose n'est pas arrivée, que c'est forcément un mensonge..."

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17 octobre 2007

Le marabout

marabout"La fille qu'il avait entrainée sur la piste, faut dire qu'elle était carrément choucarde, sapée façon minette de l'époque, mini robe orange et stiletto disco de quinze centimètres de haut... Paquita, qu'elle se faisait appeler, comme on l'a appris plus tard. Et note qu'il avait plutôt bon fond, William... Parce que, son entreprise de drague éhontée, sur l'parquet du Buffet hôtel de la gare de Bamako, il la voyait surtout comme un service qu'il nous rendait. Mais on n'avait pas les mêmes yeux: nous on y voyait surtout la manip' d'un gros relou d'expat qui nous la jouait à l'épate, genre j'suis l'affranchi du  Rubicon, matez-bien mes matous, j'vais vous lever d'la chatte rapidou!

Bon, faut reconnaitre que, rapport à la connaissance de l'indigène, il avait quelques fondamentaux basiques qui nous f'saient bien défaut; par contre sur le strict plan de la morale, y aurait eu à r'dire! Parce que ce qu'il tramait, l'ami Willie, c'était ni plus ni moins de nous r'passer une gosse qu'il aurait levée pour nos pommes... En lui racontant quoi? ça on savait pas trop, mais on pouvait imaginer... surement des craques nous concernant, en lui expliquant p'têt qu'on était représentant d'la maison De Beers, avec plein d'échantillons dans les fouilles, ou encore messieurs Goldwyn et Mayer en personne qui cherchaient la future vedette du remake de "Quai des brunes"! Alors, tandis que l'expectative en nous s'immisçait, nous observions notre camarade copain faire son gonzo bello, toutes ratiches, même les cariées, sorties comme à la parade, et, rumba oblige, remuant du postère comme une vraie demoiselle de Rochefort, preuve, s'il en fallait, que l'homme est bien une femme comme les autres, pourvu qu'il s'en donne la peine!
Ce n'est qu'après qu'on a su exactement ce qui lui avait déclenché l'ire, à sa compagne de bal à Willie... "Tu vas juste prendre un verre aux Hirondelles avec eux, et après tu suces le blond pendant que l'autre t'encule, d'accord?..." Le blond c'était Dan... il aurait pu nous d'mander notre avis quand même, merde! Parce que moi j'lui aurais dit que j'suis pas spécialement porté sur le fion... et que comme ça, ça lui aurait peut-être évité qu'elle se mette à hurler plus fort que le Rail Band, parce que même si c'était en bambara, on devinait qu'elle était fâchée Paquita! Elle rameuta ses copines qui se levèrent de la table et entourèrent William en se mettant à gueuler aussi. Nous, on se tînt bien tranquilles, calmes et tout, style soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien: après tout, c'était lui, William, l'africain qui revenait de loin!... Le fin connaisseur de l'âme autochtone! L'expert des coutumes locales!  Le Livingstone du j'en baise! Le chasseur de gazelles à talons! Alors, nous trouvions qu'il était plutôt juste qu'il se démerdât tout seul avec les Furies de d'la Savane... de toutes manières on ne lui aurait été d'aucune aide, vu qu'on parlait pas la langue, et puis, vu aussi, qu'on était bien content qu'il se prenne une gamelle en public... les danseurs s'étaient arrêtés et faisaient maintenant un groupe compact et rigolard autour des pugilistes, puisqu'aussi bien, les filles, qu'il contenait à grand peine, avaient commencé à vouloir lui mettre des baffes... Soudain, pris sans doute d'un coup d'chauffe paludéen, William, dont on ne voyait plus que la tronche écarlate et les bras gesticulants, ne put s'retenir et fila un magistral coup d'boule à Paquita. Son nez n'attendit pas la fin du Ramadan pour s'éclater l'cartilage sous l'coup d'boutoir de l'infâme... le sang se mit à pisser façon fontaine à soda, et nous nous mîmes à craindre le pire pour le père William... Mais, bizarrement, les amazones se calmèrent, abasourdies peut-être par la violence de ce blanc, dont la réputation de teigne n'était plus à faire à Bamako, mais dont les relations avec la crapulerie au pouvoir, laisser présager que son geste s'inscrivait peut-être dans une sorte d'arbitraire institutionnel, contre lequel il était vain de lutter... Seule Paquita, qui se tenait le nez entre les mains, essayant d'endiguer le flot qui commençait à se répandre sur son joli chasuble orange, se remit à invectiver... mais elle ne hurlait plus, non... elle cracha, d'un voix sourde et rauque, une succession de ce que nous pouvions penser être des imprécations mettant gravement en cause l'intégrité sexuelle de madame la mère de Willie... Puis, elle sortit avec ses copines, tandis que les amateurs de rumba reprenaient leur saine occupation, sous l'oeil impassible du chanteur du Rail Band, qui n'avait même pas interrompu son set pendant l'altercation.

Ce n'est qu'au retour de chez les Dogons, une dizaine de jours plus tard, que nous connûmes la conclusion de cette  histoire, conclusion qui ne manquât pas de nous laisser quelque peu perplexes... On avait fini, toujours sur les conseils avisés de Willie, par acheter un tour, avec guide-chauffeur soi-disant Dogon qui s'avéra plutôt Bozo... mais l'amitié traditionnelle qui liait son peuple aux Dogons, nous permit quand même de passer, de Sanga à Bandiagara, quelques journées bien bizarres, entre tourisme voyeur et rencontres cosmogoniques, dont Souleyman, notre guide, essaya, tant bien que mal, de nous faire partager la saveur... En fait on en avait plus appris avec Jean Rouch et ses fêtes de Siguy, qu'en une semaine de camping même pas sauvage sur les falaises de Bandiagara... C'est donc un peu déçus, et pas mal crevés, que nous regagnâmes Bamako et les Hirondelles, où Ousmane, le portier porteur, nous accueillit comme des cousins béninois de passage dans l'coin. Il nous informa que Willie allait sûrement passer nous prendre pour l'apéro rituel au Berry, mais que nous avions le temps de nous poser et de nous doucher, ce que nous fîmes derechef, vu que l'hygiène, du côté d'Mopti, c'était pas vraiment l'Institut Pasteur!
William passa, comme prévu, sur l'coup de six moins... à notre grande surprise il avait largué sa Rambler Deluxe contre une R12 flambant neuve, surélevée dehors et clim' dedans... La Rambler elle déconnait de plus en plus, il nous expliqua... en plus pour trouver des pièces, c'était voilou... et comme  Jeannot, le concessionnaire Renault venait de rentrer un lot de R12 équipées spécial Afrique, il avait pas hésité. Nous, ça nous avait bien un peu surpris cette passion soudaine pour la Régie, mais bon, Willie c'était quand même le con hors norme avec qui l'impossible était toujours probable, alors...
En fait c'est Ousmane, le soir, dans le salon des Hirondelles, alors qu'un griot de passage chantait les louanges de la patronne de l'hôtel, qui nous mit au parfum des raisons de la brusque conversion de notre ami aux véhicules toiturés... Il nous expliqua que c'était la faute à Paquita, dont nous apprîmes au passage qu'elle s'appelait en réalité Abibatou, et que c'était la fille d'un des plus grand marabout de Dakar. Alors, quand elle s'était chopé la tronche à Willie en pleine poire, elle lui avait jeté un sort en wollof, parce que ça marche mieux qu'en bambara, sort que son père allait se charger d'exécuter... William, il s'en était pas vanté du coup du sort, et nous on était resté sur la sortie hargneuse mais dépitée de Paquita, et le triomphe bien glauque à Willie. Mais les jours suivants, il était vite apparu au tout Bamako, que William le Téméraire chiait dans son froc, se retournant sans arrêt dans la rue, ne quittant quasi plus son bureau miteux à l'aéroport, reniflant soupçonneux, avant d'le boire, son perniflard, pourtant issu d'sa bouteille perso, au Berry , et faisant trois fois l'tour de sa tire avant d'monter d'dans... Mais c'était pas au dehors de sa chiotte qu'il était le sort, mais plutôt dedans... enfin, dedans et dehors à la fois... C'est l'gamin qui gardait sa voiture, devant l' Berry, qui l'a vu le sort, quand il s'est mis à laver le pare brise de la Rambler... c'est sur le pare soleil qu'il était le sort... Et c'est quand le gamin il a descendu le pare soleil, pour nettoyer bien comme il faut l'intérieur du pare brise, qu'il est tombé le sort. Un coquin de sort de serpent minute de la mort qui tue... le gamin il a juste eu l'temps de lever ses bras et d'reculer en gueulant... William, qui surveillait
de la terrasse du Berry si l'gamin cherchait pas à l'entuber et s'il nettoyait bien dehors-dedans le pare brise de la Rambler, il paraît qu'il est devenu tout pâle, lui qui était plutôt sanguin... Faut dire que le serpent minute, c'est pas le reptile banal, non plus; comme son nom l'indique, la minute, c'est ce qu'il te reste pour prévenir ton notaire de faire un codicile à ton testament, avertir tes proches que tu vas t'absenter un moment, vérifier avec les PFG que ta concession à Bicêtre est toujours valide, et faire une petite prière le cas échéant. Bref, c'est le serpent un peu dangereux sur les bords et complètement mortel au milieu! Et du coup, il paraît que William, le lendemain même il était chez Jeannot, pour virer l'cabrio et s'ach'ter une auto fermée de partout! Et, ça tombait bien, justement, parce que la R12 Spécial Afrique, et bien même son chassis il était blindé... des fois qu'un autre sort ait eu l'idée d'se faufiler...
Ousmane était plié tout en nous racontant l'histoire... surtout quand il nous dit que c'était souvent que les serpents minute, ils dormaient dans les baobabs, et qu'ils tombaient au sol ou sur les voitures... alors pour William, p'têt bien que c'était juste le baobab, sous lequel il garait toujours la Rambler, histoire d'avoir de l'ombre sur la moleskine façon cuir, qui lui avait chié le serpent sur le pare-soleil... Mais le tout Bamako, blancs et noirs confondus, avait accrédité l'hypothèse du sort, tant et si bien que Willie était d'venu le marabouté d'l'année, et que, à la piscine du Concorde Mali Resort, rendez-vous de toutes les femmes d'expats pré-ménopausées, il était d'venu le chéri de ces dames, frisson vaudou, mais pestiféré d'la bite, des fois qu'le sort soit sexuellement transmissible! Bref, William, il supportait plus ni les cabriolets, ni l'Afrique, ni les femmes d'expats!
Comme quoi, tu vois Briscard, le contexte, pour les cabrios, c'est quand même structurant!"

Vébé s'enfila d'une traite le Picon bière que j'lui avais resservi pendant son histoire... Dehors le général hiver commençait son offensive, et ça caillait dru... Pour tout dire,  on aspirait pas trop au cabrio non plus... Mais l'ambiance tropicale, la tchache au Vébé, tout ça nous faisait bien chaud dans l'bar. J'osais une relance:
" - Quand même, Vébé, franchement, le serpent minute, c'était bien un peu un coup d'Paquita ou d'sa bande, non?...
- J'sais pas trop, Brisc', j'sais pas trop, vu qu'le serpent minute, j'l'ai appris depuis, ça n'existe pas... Par contre le père à Abibatou, lui il existe. J'le sais: j'l'ai rencontré."
Je remis une tournée géné. Il était tard au Balto, maintenant... Les marabouts devaient dormir, à c't'heure... N'empêche, il f'sait drôle, d'un coup...

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12 octobre 2007

Le Buffet Hôtel de la gare de Bamako

1Mali470Vébé se rinça la gueule d'une rasade de Picon bière, comme si le mafé lui brulait encore la cavité... Rachid se remémora à voix haute un couscous boulettes harissa, qui lui avait valu une quasi perforation intestinale, et Bézo célébra un certain potage thaï piquant qui lui avait filé "le baton d'gendarme grand modèle 6 heures de suite". J'arrosai une nouvelle fois ces messieurs... vu l'heure, et vu son alcoolisme de convivialité, comme lui avait gentiment diagnostiqué son bib, Vébé nous accompagna au 51 à peine mouillé. Moi j'me contentai d'lui poser la question qui, bien plus que toutes les épices épicées, nous brulait les lèvres:
" Et sinon, alors, les p'tits modèles?... T'en as tâté?..."

"Tâté, tâté... ça dépend c'que t'appelle tâter, Briscard... Parce que tu vois, quoiqu'on dise, et quoiqu'on croît, avec nos p'tites têtes de blancs pourris des glandes, et bien, les femmes africaines, c'est pas les salopes que des mecs comme Stan ou Willie pensaient qu'elles étaient... C'est des types dans leur genre qui ont inventé les putes et les p'tits modèles... C'est le stupre du colon qui  a tout déclenché... les tôles d'abattage, les BMC et les filles à macoutes!  MST et HIV se sont alors pointés, à l'aise Blaise, et hop! décimés les blackos, hommes, femmes et enfants! Tout ça because, un jour, un Stanley ou un William ont eu une putain d'envie d'se vider les couilles avec de l'autochtone... Mais l'autochtone, elle, son rêve, c'était pas d'frayer avec d'la peau d'blette... son fantasme, à Fatou, c'était pas d'bouffer du radis blanc ... le noir lui seyait bien, elle trouvait! Mais quand Stan et sa bande ont exhibé les talbins en même temps qu'leurs bites blafardes, Fatou  elle a été prise de vertiges vestimentaires... les beaux boubous 100% wax et les chaussures talons crocos du Nil se sont mis à danser le tango d'la convoitise devant ses yeux écarquillés, et hop, c'était plié, trottoir et tapin sont en bateau... Pas d'bol, c'était l'Titanic!
Bon, j'reconnais, j'raccourcis et j'synthèse un peu, mais bon, pour l'essentiel c'est quand même bien un peu comme ça qu'ça s'est passé... Nous, quand on y était, avec Dan, le sida n'était pas encore un rêve dans la tête de Satan... C'est dire qu'on pouvait s'dénerver l'gland sans beurre et sans reproche, pourvu qu'on prisse un minimum de précautions hygiéniques. Et c'est bien, d'ailleurs, ce à quoi nous encouragea à plusieurs reprises William, qui avait toujours son projet philantropique de nous faire partager ses copines de jeu. Mais avec Dan, on avait une règle tacite: no relation on vacation! Enfin, disons qu'on ne pratiquait pas l'aventure biteuse ni le tourisme queutard
... Bien sûr, il pouvait arriver que nous dérogeassions à cette ascétique attitude, entrainés qu'ils nous arrivaient d'être par nos sens affolés, mais dans l'ensemble on tirait pas trop la greluche du cru, et surtout pas les putes à touristes. Nous déclinâmes donc gentiment mais fermement la propal à Willie, qui nous convainquit quand même de l'accompagner à Ze bar to be, temple de la danse et de la dragouille local: le Buffet Hôtel de la gare de Bamako. L'endroit allait devenir mythique, mais ce n'était, à l'époque, qu'un buffet d'gare un peu miteux et beaucoup décati; William, obsédé par ses deux manies maladives, la baise et la boisson, ne put s'empêcher de nous faire l'article, en nous promettant les plus beaux p'tits culs africains et la meilleure bière pression de toute l'Afrique Occidentale ex-française! Par contre, c'qu'il avait un peu oublié d'mentionner, c'était la zique. A c't'époque, les rois du lieu c'était rien moins que Le Super Rail Band Of The Buffet Hôtel de la gare de Bamako! Textuel! Imagine des putains d'accords syncopés, sur des copies d'Stratocaster amplifiées par Rolland... Des mélopées ondoyantes et sirupeuses, égrénées sur la kora et le balafon, à t'en faire pleurer les écoutilles... Si t'ajoute des percus à s'faire trémousser un tétraplégique, et une section de cuivre funk et refunk, tu as le Super Rail Band Of The Buffet Hôtel de la gare de Bamako! Nous on l'savait pas à l'époque, vu qu'ils débutaient, mais les caïds du groupe s'appelaient Salif Keita et Mory Kanté...
Le Rail Band s'était mis, comme toute l'Afrique de l'Ouest, à la fameuse rumba zaïroise...la rumba zaïroise, si tu connais pas, tu peux pas comprendre l'effet qu'ça t'fait: t'as les nerfs à fleur de peau et l'calbut en effervescence,
direct, dès les riffs d'intro! Et aussi sec faut qu'tu bouges... L'avantage, au Buffet Hôtel, c'est que pour danser, y avait pas besoin de faire tout l'tour de la piste pour te prendre dix huit rateaux, et finir dans les bras de Miss Biactol 1973! Non, direct t'étais debout, direct t'étais pris en main par une fille rigolarde, dont le souhait le plus cher semblait de te faire remuer la base en cadence avec son fignard! C'est comme ça que je me retrouvai enveloppé par une jeune personne fort bien nichue, qui ne put s'empêcher de se foutre de ma gueule dès que je voulus amorcer un pas de rumba, et qui décida de me guider tout au long du quart d'heure malien! Régulièrement son ventre venait frotter doucement le mien, et ce qui devait arriva: j'eus bientôt la trique à Papa, façon Rocco et ses soeurs... Ma douce doudou se rendit bien vite compte de mon épenchement d'sinovie, vu qu'les pantalons d'toile légère, d'usage courant au sud du 23ème parallèle, ne dissimule qu'assez faiblement les émois sincères... elle tînt à me prévenir en riant:"Attention, Toubab! Si tu fais le galant avec moi, c'est pas pour la plaisanterie! Je suis une fille sérieuse... je vais marier Sissié Koulibali, qui est gendarme à Ségou! Alors on danse et c'est tout bon, d'accord?..." Je ne pus que souscrire à sa suggestion, même si j'avais l'zobinot bien récalcitrant! Dans ma Ford intérieure, je me mis donc à penser très fort à la triste fin de Marcel Cerdan et au grand malheur d'Edith Piaf, histoire d'me calmer un peu l'emballement des génitoires! Mais c'est l'arrêt d'la musique qui marqua vraiment la fin de ce qui était en train de devenir un calvaire, puisqu'aussi bien ma charmante partenaire, malgré ses objurgations,  n'avait pas cessé pour autant de venir régulièrement frotter ses bas morcifs sur ma bite en déroute, tout en souriant à pleines dents! C'est Willie qui me briefa, lorsque je rejoins la table formi formi formica où il avait établi son QG picolo-mateur: la rumba zaïroise, son p'tit nom, ici, à Bamako, c'était frotti-frotta. Donc voilà. Fallait l'savoir, c'était tout... Dan non plus, il l'savait pas, vu qu'il se pointa, tout en sueur, en nous déclarant qu'il avait failli s'faire péter l'obus contre la fouffe de sa cavalière émérite! Nous nous promîmes, à l'avenir, de nous tenir au fait des danses tribales des riantes contrées que nous devions traverser, et de leurs éventuelles figures imposées!
Toujours prosélyte, Willie nous fit la leçon: "Si c'est des civiles que vous voulez, les gars, j'vais vous montrer comment on s'y prend... L'Africaine, c'est pas compliqué, elle a la patcholle à fleur de peau, mais elle le sait pas! Faut juste lui causer gentil-gentil et la faire vibrer au bon moment... Des p'tits CFA par là-d'ssus, et hop, c'est  bonnard mon braqu'mard! Bougez-pas, j'vais vous lever d'la gamine bien comme il faut..."

Avant même que nous essayâmes d'le retenir, il se leva, s'approcha d'une table où gloussaient cinq filles vêtues à l'occidentale, et se retrouva au milieu d'la piste avec la plus jolie, au moment où le Rail Band attaquaient une nouvelle série chaloupée. Bon, c'est vrai, on aurait pu être un peu plus vifs dans notre action en référé suspensif, histoire d'empêcher son entreprise de subordination et tout ce qui s'ensuivit. Mais on pouvait pas prévoir ce qui s'ensuivit, justement. Sinon, bien sûr...  "

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09 octobre 2007

Le mafé

mafe"L'affreux Kouyenski barré, Moussa devint le plus charmant et le plus disert des boys de ces bois! Il nous expliqua l'île, qu'il allait nous y emmener avec la pirogue à rames, parce qu'avec les crocos au bord du fleuve et les hippos au milieu, il préférait laisser la faune en paix, mais qu'il faudrait pas le dire à Massé Stanley, parce qu'il voulait toujours qu'on prenne le beau bateau hors bord, pour que les nègres ils voient qui était le patron... Nous, à vrai dire, la pirogue nous bottait bien... enfin du pittoresque et du typicos! Moussa, et un des ses potes du village, car il n'était pas question de nous laisser pagayer, nous conduirent doucement, à travers le fleuve large de près d'un kilomètre, sur une petite île de sable, sobrement occupée par une paillote en bambou, et plantée d'une dizaine de palmiers rachos... Nous passâmes une journée délicieuse à glander, se baigner, bouquiner et picoler... Une présence féminine eût comblé notre court séjour, mais bon, quand la chaleur se faisait un peu insistante, nous allions piquer une tête dans le fleuve, nageant prudemment, en prenant garde de ne pas énerver les hippopotames, dont l'allure placide cache une capacité à se fâcher sévère si l'on empiète sur leur territoire aqueux! Du coup on se serait cru en vacances. Et ça tombait bien, parce que, justement, on était en vacances!
Moussa vint nous récupérer à la tombée de la nuit. Il nous avait préparé un poulet au curry pimenté, qui  régla une fois pour toutes nos interrogations sur l'influence des mets épicés sur le comportement des hémorroïdes: nous eûmes le cul en feu pendant trois jours!... Même si l'envie nous en avait pris bien fort, toute intromission sodomite nous devint totalement interdite, sauf à accepter le déchirement de nos trous d'balles avec le stoïcisme héroique d'un Horse Guard en train d'se faire sucer par une lolita punk japonaise! Le poulet curry de Moussa valait bien certains madras ou vindaloo servis du côté de Pondichéry! Tout en s'foutant gentiment d'not' gueule et des larmes qui ruisselaient de nos pauvres yeux de blancs chochottes, il nous chambrait: "Alors, là, patron, c'est pas fort du tout! J'ai presque pas mis de piment oiseau... tu dis pas que ça pique, quand même, là!..."   Pendant que nous essayions d'éteindre, à grandes cuillers de riz au gras, le feu d'brousse qui nous avait envahi les intérieurs, Moussa entreprit de nous raconter comment,  il avait fait fuir les esprits, grace à un mafé particulièrement épicé. Une nuit, alors qu'il gardait la case de Stan l'affreux,  trois esprits vinrent lui intimer l'ordre de s'asseoir face au mur et de ne pas se retourner quoiqu'il entende. C'était des esprits voleurs, et s'il se retournait ils allaient lui voler son âme, et il ne pourrait plus être reçu au royaume d'Allah, alors il obéit. Le mélange des genres, animisme et islam n'avait pas l'air de le déranger plus que ça, et il nous raconta qu'il savait que son patron allait lui mettre 10 coups de chicotte, parce que les esprits allaient encore dévaliser la case, mais qu'il ne pouvait pas bouger, qu'il était comme paralysé... Un des esprits, il l'entendit, appela alors soudain ses petits camarades, et les invita à venir goûter avec lui le mafé que Moussa avait mis à mijoter sur le feu. Les esprits, voleurs mais gourmands, s'empifrèrent, à pleine main comme il se doit, du mafé à Moussa... Ils avaient dégoté de la bière au frigo, et ils en profitèrent pour s'étancher la soif qu'ils avaient bien grande, tout esprit qu'ils fussent. Puis, avant de se mettre sérieusement au pillage de la case, ils sortirent pour se vider l'trop plein d'vessie, tout en rotant et pétant à qui mieux mieux. C'était vraiment pas des bons esprits, avait judicieusement conclu Moussa... Mais tout d'un coup l'un, puis l'autre et enfin le troisième, se mirent à hurler qu'ils brulaient de la queue et qu'ils avaient le chibre qui s'consumait... et plus ils s'frottaient, plus ils avaient mal et hurlaient que c'était Moussa qui leur avait jeté un sort et qu'ils allaient le tuer s'il n'éteignait pas tout de suite cette consomption maléfique... Moussa leur indiqua qu'il reconnaissait là le châtiment des esprits voleurs et que le seul conseil qu'il pouvait leur donner, c'était d'aller s'plonger Kirikou dans l'Niger jusqu'au lever du jour,  les malédictions, c'est bien connu, s'évanouissant avec l'aurore. Les esprits partirent donc en gémissant et Moussa ne les revit jamais. Comme nous nous étonnions quand même un peu de la si opportune survenance de ce sort salvateur, Moussa rit un grand coup et nous dit:
"Tu sais, patron, vous les toubabs, vous croyez pas la magie des noirs... mais les esprits c'est pas des blancs; j'avais mis trois piments oiseaux dans le mafé; chacun des esprits il en a touché un avec les mains. Alors, quand ils ont touché leur bangala, pour uriner, ils ont mis le feu au bout, c'est tout... et tu sais, comme on dit chez nous, en Afrique: la limite de la bête est sa queue!"  Moussa éclata de rire, encore un grand coup, des fois qu'on aurait eu des vélléités de s'la jouer ethnographe à bretelles, et nous encouragea à reprendre du poulet. Nous déclinâmes l'invitation: nous ne tenions pas à atteindre les limites de la bête..."

 

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02 octobre 2007

Le tieboudienne

tieboudienneVébé s'éclaircit la glotte d'un Picon bière et embraya sur une fine à l'eau... La fine à l'eau, c'était son rituel, à Vébé, son côté Daddy Nostalgie... La fine à l'eau, j'avais fini par l'comprendre, c'était comme qui dirait son carbure à souvenance. Du coup, j'lui en servis une double, juste pour lui permettre d'aller au bout d'son histoire sans s'assécher...

"Le lendemain, nous retrouvâmes l'ami William, comme prévu, au p'tit déj', à l'Amitié... C't'hôtel, à l'époque, c'était carrément la zone... Les ascenceurs étaient tapissés en peau d'serpent, mais la moquette des couloirs et des chambres était constellée de brulures de mégots... Le bar était en acajou, mais la vaisselle, aux armes d'UTA, était ébréchée et douteuse... Nous dûmes attendre un bon bout d'temps avant que les serveurs, qui se poilaient derrière le bar, aient envie de nous servir un café froid, un jus d'Pampryl tiède et des toasts brulés au 3ème degré... Continental Breakfast, qu'ils appelaient ça, à l'Amitié... Y avait franchement d'quoi la brouiller, l'amitié, surtout qu'la douloureuse était à l'avenant: William avait eu beau nous obtenir un tarif négocié, l'addition était juste un peu plus légère que la moitié du PIB de la Haute Volta voisine! Mais, bon, c'était juste une nuit, et on allait découvrir les Hirondelles...
Les Hirondelles, j'sais pas s'il existe encore, c'était un hôtel haut de gamme pour africains aisés, donc, parité oblige, pour européens fauchés! Quand William stoppa la Rambler sous le barnum des Hirondelles, un portier en costume d'amiral soviétique vint nous tenir la lourde de la bagnole, et se mit en devoir de porter nos deux sacs qu'il avait extrait du coffiot. Il écrasa ses épaulettes dorées avec les brides de nos Lafuma, et nous le suivîmes dans le hall du palace, sobrement meublé d'un fauteuil en rotin et d'un bar minuscule, presque aussi grand que celui du Petit Poucet, le plus p'tit rade de Montargis ... Derrière le comptoir, à la façade joliment décoré de coquilles Saint Jacques et d'étoiles de mer, se tenait une doudou enturbannée, dont les seins majestueux s'étalaient généreusement sur le zinc! On aurait juré qu'elle venait de toucher la panoplie de la Petite Bistrote, et qu'elle s'était posé les roberts sur le seul endroit un peu large de l'accessoire principal de la panoplie en question... C'est avec un magnifique sourire plein de dents qu'elle nous indiqua, en nous en remettant la clé, que nous avions la chambre 22 au 2ème étage, et qu'elle intima l'ordre au portier porteur, qui, nous le découvrîmes à cette occasion, s'appelait Ousmane, de nous convoyer les sacs jusqu'à ces hauteurs sommitales... La chambre 22, bien que modeste, était nettement plus propre qu'à l'Amitié, et sentait bon son hôtel familial. La climatisation ronronnait doucement, et à travers les jalousies à demi fermées, on pouvait voir briller l'eau de la piscine, en contrebas... Bref, la vie s'annonçait plutôt choucarde, et la recommandation de Willie plutôt fiable. Restait à tester la cuisine du chef, et à nous organiser un peu l'séjour... En gros, on avait prévu une petite semaine à Bamako et ses environs, Monts Mandingues inclus, puis direction Mopti et trecking au pays Dogon... Faut te dire, qu'à cette époque, les Dogons, y avait que Jean Rouch et quelques expats' pillards, qui connaissaient... Ces derniers sous couvert de collection, se faisaient des couilles en or en revendant, à chacun de leurs retours en France, des masques de cérémonie, qu'ils achetaient à vil prix aux Dogons. C'est William, en tant que représentant de la France et de son administration soucieuse du respect du patrimoine de ses anciennes colonies, qui était chargé de controler, et de limiter, ces exportations tout à fait illicites et bien pourries. En réalité, Will' nous avait expliqué que ces messieurs du SDECE, devenu depuis la DGSE, étaient surtout soucieux de pas fâcher les autorités militaires qui trafiquaient les oeuvres d'art pour leur propre compte! Et du coup, William, que sa position de chef d'escale favorisait bien, confisquait régulièrement des masques ou des statues aux ressortissants traficoteurs, et les remettait au Ministre de La Sécurité Intérieure et du Territoire malien, non sans avoir au passage, prélevé sa dîme sous forme de tas d'CFA ou de nuitées crapuleuses, de l'autre côté de la frontière, à Korogo, où le régime ivoirien avait un hôtel perso, réservé aux pines notables et aux chibres gouvernementaux! Tout ça, William nous l'avait lâché par bribes, lorsqu'il était bien imbibé des whiskies que lui servait sans compter le patron libanais du Berry, le central bar de Bamako, où se retrouvait la communauté des expats' et des néo-colons.
Tout ce petit monde bien grouillant, foies bouffés par des nodules hépatiques ou zobs détruits par les chaudes lances à répétition, nous le découvrîmes au cours des premiers jours que nous passâmes à Bamako. William tenait à tout prix à nous faire partager ses passions, qui se résumaient à deux forts concepts: picoler et baiser. Mais, comme Willie Bitenbois avait quand même deux avions par jour à surveiller, on s'était loué une bagnole, histoire de pas dépendre de la Rambler et de son encombrant conducteur, et aussi, même surtout, pour s'aérer un peu l'mental avec les autochtones... j'te raconterai pas les maffés à la pate d'arachide ou les poulets yassa brule-gueule qu'on nous servait, dans des villages à deux heures de piste de la ville,du côté de Koulikoro, avec les gamins que l'instituteur amenaient dans la case-resteau pour nous voir... A l'époque le Sahel avait commencé sa lente descente cap au sud, et il n'était pas rare de croiser des troupeaux de vaches maigres et leur gardiens Peuls, à la recherche de points d'eau au sud de Ségou... J'te raconterai pas non plus les Monts Mandingues, et la forêt mystérieuse, royaume des chauves-souris et phacos fous, visitée avec Sissokho, un guide malinké... Avec Dan, on était comme fasciné par ces ballades, et comme la moindre vadrouille, à quelques kilomètres seulement de Bamako, te prenait deux à trois heures de piste défoncée ou de tôle ondulée en latérite, le temps nous paraissait sans fin... La chaleur, dans la chiotte sans clim' que nous avait dégotté William, était insupportable au début, puis nous finîmes par être résignés, accablés et lents du matin au soir; au bout d'une semaine, nous avions l'impression de n'avoir rien foutu... En tout cas on n'avait même pas commencé à préparer notre périple Dogon, et on se laissait doucement envahir par une langueur tropicale qui devait autant à l'âme africaine qu'aux Jonnhy Walker que nous incurgitions tous les soirs au Berry, en compagnie de William et des picol's boys du picol's club of Bamako!
William nous avait branché avec Stan, dont le patronyme avait manqué d'nous faire pisser dans notre froc la première fois où il nous le présenta, puisqu'aussi bien il s'appelait Kouyenski. Français, d'origine pollack, Il était entrepreneur en travaux publics, et, entre autres chantiers, avait le réaménagement complet du Palais Présidentiel; autant dire que l'homme était à l'aise, et que Madame Kouyensky pouvait s'faire torcher l'cul par des boys en gilet d'soie sauvage! Plus frimeur que vraiment généreux, Stan, sous l'amicale pression de William auquel il devait bien être redevable de quelques containers par dessus bord du DC10 quotidien, nous proposa de passer deux jours sur son île au milieu du Niger, à une heure de piste de Bamako. Comme la piscine des Hirondelles, envahie par les mousses et les crapauds, ne nous avait pas encore vraiment emballés, et son île étant en amont de Bamako et ses mégatonnes d'immondices, nous acceptâmes l'invitation poliment, feignant juste ce qu'il faut de reconnaissance humble. Stan tînt à nous accompagner lui-même jusqu'à ce qu'il appelait sa case, dans un village en face de l'île, avec sa Range Rover clim et stéréo, qu'il conduisait à 120 sur des pistes encombrées de vélos, de camions et de bus surchargés, se frayant un passage à grands coups de klaxon pont-de-la-rivière-Kwai, ou d'insultes choisies dans le bréviaire du parfait petit colon, genre "eh, tu t'carres les miches Bamboula" ou "casse-toi la bite Négro". Avec Dan on commençait à regretter notre virouze à la Campagne de Monsieur Boule de neige,et on maudissait William et ses plans barbouzards. La case, ronde et traditionnelle, terre et chaume, à l'extérieur, était modestement composée de trois chambres disposées autour d'un séjour sonorisé hi-fi et cuisine équipée. Il nous conseilla d'y dormir, plutôt que dans la paillotte de l'île, où nous risquions d'être bouffés par les moustiques. Il appela Moussa, le boy qui gardait la case tout au long de l'année, et lui indiqua qu'il aurait à nous faire à grailler, "et du bon, s'il te plaît, pas de tes saloperies de tieboudienne de merde!" Il nous expliqua que Moussa était sénégalais, et que c'était pour ça qu'il faisait sa bouillie dégueulasse, alors que lui, Stan, se crevait l'cul à garnir le frigo de la case avec du filet d'boeuf, des cotelettes d'agneau et du filet mignon de porc! C'est pas pour dire, et je sais qu'on était ingrat, mais on avait franchement envie qu'il se casse de la case, Stanley l'Africain, vraiment... ..."

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01 octobre 2007

L'Amitié entre les peuples

bamakoC'était une journée d'automne comme d'hab' au Balto: Bézo pestait contre le temps pourri et ses subséquences vestimentaires qui voyaient les filles troquer leurs micro-jupes pour des slims en toile, Rachid nous inventait des proverbes kabyles à la con, genre "quand la gazelle voit le zboub du cheval, elles se laisse pousser la crinière" et moi, ben moi, j'offrais des tournées à ces messieurs, juste histoire de leur donner l'envie de rev'nir le lendemain... Manquait que Vébé avec ses histoires sans morale, ses épopées affligeantes et ses aventures consternantes. C'est alors même que j'remettais une tournée de jaunes tassés, qu'il pointa son museau, avec la face bronzée et le pif pelé de celui qui revient de vacances nez au vent et cul à l'air!

"- Tiens, Vébé!...  Alors Vébé, ces vacances?... Bien terminées?... La CLK a fini par te ramener dans notre bonne vieille cité lutécienne de merde ?... Et t'as réussi à retrouver l'chemin du Balto?...
- Comme tu vois, Briscard, comme tu vois...
- CLK?... que s'est étranglé Bézo, CLK?... 'tain, la vache, tu t'mouches pas du coude Véb', merde alors!
- Mais c'est d'la loc' pas chère, Bèze, de l'Avis Mille Mercis et du bonus gratos... 'tain, tu fais chier Briscard, t'aurais pu t'abstenir d'étaler mon train d'vie privée sur l'comptoir de l'esbrouffe, merde! Tu sais bien que j'ai le loisir discret et l'plaisir modeste...
- Oh, pardonne, Vèb', pardonne! Mais quand même, t'admettras que t'as souvent la bagnole ostensible, et plutôt cabriolette que fourgonnette, non?... que j'mexcusai.
- Ouais, un peu comme moi le zgeg, s'empressa d'ajouter Bézo: rutilant toujours et décalotté souvent! Pour le bonheur des dames!...
- Bézo, arrête un peu tes vannes pouraves... on cause bagnole chic et tu t'répends bitard miteux! Sans dèc' Vébé, et c'est pas pour te charrier, mais l'cabrio, ya pas, c'est quand même un peu la route enchantée, non?...
- Dans un sens t'as pas tort Briscouille... dans un sens... maintenant faut voir le contexte quand même... Tiens, j'vois William, une vieille connaissance, et ben lui, fallait pas lui parler cabriolet ou roadster... même le toit ouvrant il supportait pas... Comme quoi... Mais faut dire que c'est dû au contexte, justement... Tiens tu m'mets un Picon bière?...
Vébé, quand il commence comme ça, avec ses airs de dire des choses sans les dire, qu'il alluse comme un chroniqueur de La Tribune qui causerait de l'affaire Clearstream,  on peut être à peu près sûr qu'il a une vieille histoire en train d'lui remonter dans l'bulbe; et si, en plus, il commande un Picon bière, c'est que l'histoire elle pousse à la porte de son clapoir, et qu'elle va pas tarder à nous être servie toute chaude sur le rade. Suffit souvent de juste lui faciliter la jactance, par un léger encouragement:
"- Et c'était quoi, son contexte, à William, Vébé?...

- Et bien voilà, son contexte, à William, c'était l'Afrique. L'Afrique, pourtant, tu m'diras, c'est plutôt la terre d'élection, pour le Land bâché, ou la Méhari aérée... D'ailleurs, William, la première fois que j'l'ai rencontré, il y a un bout d'décennies, c'était l'adepte forcené du Sahel vent debout! Le militant de la capote électrique et d'la torpédo  découverte! J'me souviens, à l'aéroport  de Bamako-Sénou, où il était venu nous chercher, avec mon pote Dan, il s'était pointé avec une Rambler Classic de 1965, découverte jusqu'au nombril, avec quatre grandes places, pour "les p'tits modèles", qu'il nous avait indiqué, l'oeil malin et la bouche en coeur... Sur le coup, les petits modèles ça nous causait pas trop, à nous, Dan et moi. Faut dire que c'était notre premier périple africain, et qu'on était bien impressionné par la poussière, la chaleur et les locaux qui nous tapaient nos cigares, juste devant l'aérogare... Note qu'ils nous avaient repérés rapide, les blackos, pendant qu'on attendait William, allumant, bien frimeurs, nos long panatellas, achetés au duty de Roissy. Du coup on s'était retrouvé transformés en annexe de la Seita, les mecs se pointant les uns après les autres, avant que nous n'ayons eu le temps de planquer not' boite à havane! Et le plus marrant, c'est que quand on leur proposait du feu, ils riaient, se carraient le puros sur l'oreille, et tous, nous sortaient le même char: "Non, patron... c'est pour ce soir... pour la galanterie!..." Et ils se marraient de nouveau comme des tordus, à chaque fois. En fait, c'est l'arrivée de William qui nous a sorti de ce traquenard. Moins sensible que nous aux charmes exotiques de l'âme africaine, et surtout plus familier du bizutage du voyageur au long cours, il vira les mecs qui commençaient à faire troupe autour de nous, de quelques phrases bien senties, en dialecte et en direct, et nous avertit: " Les négros, ici, si tu commences à les laisser te quémander, tu leur laisses ton falouze, aussi sec! Faudra vous y faire, les mecs: l'Afrique c'est une terre d'hommes, y a pas d'places pour les tapettes!" Je sentais tout de suite qu'il allait bien nous plaire William! C'était l'homme de l'ouverture et de l'amitié entre les peuples!... le prix Nobel de la Paix et de la Fraternité Réunies, c'était pour lui, qu'on allait le créer, parole!
William, c'était le chef d'escale d'UTA à Bamako; il nous avait été recommandé, par un pote commun, comme étant
complètement hospitalier et absolument indispensable. Un notable, qui avait ses entrées partout, du Palais Présidentiel aux bouges infâmes de Medina-Coura, avant sa réhabilitation... Bref, Willie, c'était l'homme providentiel... On devait l'apprendre plus tard, William, c'était aussi l'honorable correspondant au Mali des services extérieurs français... Mais, bon, on était là pour le loisir et la découverte, et découvrir l'ex AOF avec un néo-colon, ça pouvait être instructif... le tout c'était de lire en creux! Dans la Rambler, au prestige indéniable, mais aux amortisseurs fatigués par trop d'années de tôle ondulée, il se mit en devoir de nous déniaiser: "Primo, les putes, ici, elles sont toutes plombées... alors gaffe!... Ou ne toucher que les petits modèles: c'est des poules à ministres, qui sont suivies à l'Hopital du Point G... un nom comme ça, c'est prédestiné, pour d'la tapineuse, non?... Bon, alors, sérieux: ce soir, j'vous ai booké à l'Amitié, vu qu'j'ai été pris au dépourvu... C'est l'hôtel de la Maison Mère, UTA... c'est un peu cher, mais j'vous ai eu une suite pour l'prix d'un galetas, alors... Sinon demain, j'vous drive aux Hirondelles, chic et pas cher, avec piscaille... indispensable, ça la piscaille, sous nos latitudes! En plus le Chef a fait ses classes chez Le Doyen, à Paname, alors, vous allez être gâtés-pourris! J'espère seulement qu'ils auront réparé la clim', parce qu'autrement sinon, pour pioncer, c'est voilou!...Remarquez, si vous pouvez pas dormir, j'vous enverrez des p'tits modèles de ma collection perso: j'ai l'carnet d'carresses qui déborde d'affection, et j'suis plutôt du genre partageux... j'ai même de la métisse et d'la blanche, au cas où vous auriez l'mal du pays!"
William, y avait rien à r'dire: c'était vraiment l'homme de la situation! Le soir, dans la Suite Présidentielle Moussa Traoré, avec Dan, on s'posa la question: on s'prenait le premier train pour Conakry ou on supportait l'insupportable?... Trois whiskies plus tard, nous décidâmes de tenter de gérer l'affreux: après tout, si on arrivait à l'tenir à bonne distance, son entregent et sa connaissance du pays pouvaient peut-être nous favoriser l'séjour... peut-être...

 

Posté par Briscard à 14:55 - Commentaires [84] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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