02 octobre 2007
Le tieboudienne
Vébé s'éclaircit la glotte d'un Picon bière et embraya sur une fine à l'eau... La fine à l'eau, c'était son rituel, à Vébé, son côté Daddy Nostalgie... La fine à l'eau, j'avais fini par l'comprendre, c'était comme qui dirait son carbure à souvenance. Du coup, j'lui en servis une double, juste pour lui permettre d'aller au bout d'son histoire sans s'assécher...
"Le lendemain, nous retrouvâmes l'ami William, comme prévu, au p'tit déj', à l'Amitié... C't'hôtel, à l'époque, c'était carrément la zone... Les ascenceurs étaient tapissés en peau d'serpent, mais la moquette des couloirs et des chambres était constellée de brulures de mégots... Le bar était en acajou, mais la vaisselle, aux armes d'UTA, était ébréchée et douteuse... Nous dûmes attendre un bon bout d'temps avant que les serveurs, qui se poilaient derrière le bar, aient envie de nous servir un café froid, un jus d'Pampryl tiède et des toasts brulés au 3ème degré... Continental Breakfast, qu'ils appelaient ça, à l'Amitié... Y avait franchement d'quoi la brouiller, l'amitié, surtout qu'la douloureuse était à l'avenant: William avait eu beau nous obtenir un tarif négocié, l'addition était juste un peu plus légère que la moitié du PIB de la Haute Volta voisine! Mais, bon, c'était juste une nuit, et on allait découvrir les Hirondelles...
Les Hirondelles, j'sais pas s'il existe encore, c'était un hôtel haut de gamme pour africains aisés, donc, parité oblige, pour européens fauchés! Quand William stoppa la Rambler sous le barnum des Hirondelles, un portier en costume d'amiral soviétique vint nous tenir la lourde de la bagnole, et se mit en devoir de porter nos deux sacs qu'il avait extrait du coffiot. Il écrasa ses épaulettes dorées avec les brides de nos Lafuma, et nous le suivîmes dans le hall du palace, sobrement meublé d'un fauteuil en rotin et d'un bar minuscule, presque aussi grand que celui du Petit Poucet, le plus p'tit rade de Montargis ... Derrière le comptoir, à la façade joliment décoré de coquilles Saint Jacques et d'étoiles de mer, se tenait une doudou enturbannée, dont les seins majestueux s'étalaient généreusement sur le zinc! On aurait juré qu'elle venait de toucher la panoplie de la Petite Bistrote, et qu'elle s'était posé les roberts sur le seul endroit un peu large de l'accessoire principal de la panoplie en question... C'est avec un magnifique sourire plein de dents qu'elle nous indiqua, en nous en remettant la clé, que nous avions la chambre 22 au 2ème étage, et qu'elle intima l'ordre au portier porteur, qui, nous le découvrîmes à cette occasion, s'appelait Ousmane, de nous convoyer les sacs jusqu'à ces hauteurs sommitales... La chambre 22, bien que modeste, était nettement plus propre qu'à l'Amitié, et sentait bon son hôtel familial. La climatisation ronronnait doucement, et à travers les jalousies à demi fermées, on pouvait voir briller l'eau de la piscine, en contrebas... Bref, la vie s'annonçait plutôt choucarde, et la recommandation de Willie plutôt fiable. Restait à tester la cuisine du chef, et à nous organiser un peu l'séjour... En gros, on avait prévu une petite semaine à Bamako et ses environs, Monts Mandingues inclus, puis direction Mopti et trecking au pays Dogon... Faut te dire, qu'à cette époque, les Dogons, y avait que Jean Rouch et quelques expats' pillards, qui connaissaient... Ces derniers sous couvert de collection, se faisaient des couilles en or en revendant, à chacun de leurs retours en France, des masques de cérémonie, qu'ils achetaient à vil prix aux Dogons. C'est William, en tant que représentant de la France et de son administration soucieuse du respect du patrimoine de ses anciennes colonies, qui était chargé de controler, et de limiter, ces exportations tout à fait illicites et bien pourries. En réalité, Will' nous avait expliqué que ces messieurs du SDECE, devenu depuis la DGSE, étaient surtout soucieux de pas fâcher les autorités militaires qui trafiquaient les oeuvres d'art pour leur propre compte! Et du coup, William, que sa position de chef d'escale favorisait bien, confisquait régulièrement des masques ou des statues aux ressortissants traficoteurs, et les remettait au Ministre de La Sécurité Intérieure et du Territoire malien, non sans avoir au passage, prélevé sa dîme sous forme de tas d'CFA ou de nuitées crapuleuses, de l'autre côté de la frontière, à Korogo, où le régime ivoirien avait un hôtel perso, réservé aux pines notables et aux chibres gouvernementaux! Tout ça, William nous l'avait lâché par bribes, lorsqu'il était bien imbibé des whiskies que lui servait sans compter le patron libanais du Berry, le central bar de Bamako, où se retrouvait la communauté des expats' et des néo-colons.
Tout ce petit monde bien grouillant, foies bouffés par des nodules hépatiques ou zobs détruits par les chaudes lances à répétition, nous le découvrîmes au cours des premiers jours que nous passâmes à Bamako. William tenait à tout prix à nous faire partager ses passions, qui se résumaient à deux forts concepts: picoler et baiser. Mais, comme Willie Bitenbois avait quand même deux avions par jour à surveiller, on s'était loué une bagnole, histoire de pas dépendre de la Rambler et de son encombrant conducteur, et aussi, même surtout, pour s'aérer un peu l'mental avec les autochtones... j'te raconterai pas les maffés à la pate d'arachide ou les poulets yassa brule-gueule qu'on nous servait, dans des villages à deux heures de piste de la ville,du côté de Koulikoro, avec les gamins que l'instituteur amenaient dans la case-resteau pour nous voir... A l'époque le Sahel avait commencé sa lente descente cap au sud, et il n'était pas rare de croiser des troupeaux de vaches maigres et leur gardiens Peuls, à la recherche de points d'eau au sud de Ségou... J'te raconterai pas non plus les Monts Mandingues, et la forêt mystérieuse, royaume des chauves-souris et phacos fous, visitée avec Sissokho, un guide malinké... Avec Dan, on était comme fasciné par ces ballades, et comme la moindre vadrouille, à quelques kilomètres seulement de Bamako, te prenait deux à trois heures de piste défoncée ou de tôle ondulée en latérite, le temps nous paraissait sans fin... La chaleur, dans la chiotte sans clim' que nous avait dégotté William, était insupportable au début, puis nous finîmes par être résignés, accablés et lents du matin au soir; au bout d'une semaine, nous avions l'impression de n'avoir rien foutu... En tout cas on n'avait même pas commencé à préparer notre périple Dogon, et on se laissait doucement envahir par une langueur tropicale qui devait autant à l'âme africaine qu'aux Jonnhy Walker que nous incurgitions tous les soirs au Berry, en compagnie de William et des picol's boys du picol's club of Bamako!
William nous avait branché avec Stan, dont le patronyme avait manqué d'nous faire pisser dans notre froc la première fois où il nous le présenta, puisqu'aussi bien il s'appelait Kouyenski. Français, d'origine pollack, Il était entrepreneur en travaux publics, et, entre autres chantiers, avait le réaménagement complet du Palais Présidentiel; autant dire que l'homme était à l'aise, et que Madame Kouyensky pouvait s'faire torcher l'cul par des boys en gilet d'soie sauvage! Plus frimeur que vraiment généreux, Stan, sous l'amicale pression de William auquel il devait bien être redevable de quelques containers par dessus bord du DC10 quotidien, nous proposa de passer deux jours sur son île au milieu du Niger, à une heure de piste de Bamako. Comme la piscine des Hirondelles, envahie par les mousses et les crapauds, ne nous avait pas encore vraiment emballés, et son île étant en amont de Bamako et ses mégatonnes d'immondices, nous acceptâmes l'invitation poliment, feignant juste ce qu'il faut de reconnaissance humble. Stan tînt à nous accompagner lui-même jusqu'à ce qu'il appelait sa case, dans un village en face de l'île, avec sa Range Rover clim et stéréo, qu'il conduisait à 120 sur des pistes encombrées de vélos, de camions et de bus surchargés, se frayant un passage à grands coups de klaxon pont-de-la-rivière-Kwai, ou d'insultes choisies dans le bréviaire du parfait petit colon, genre "eh, tu t'carres les miches Bamboula" ou "casse-toi la bite Négro". Avec Dan on commençait à regretter notre virouze à la Campagne de Monsieur Boule de neige,et on maudissait William et ses plans barbouzards. La case, ronde et traditionnelle, terre et chaume, à l'extérieur, était modestement composée de trois chambres disposées autour d'un séjour sonorisé hi-fi et cuisine équipée. Il nous conseilla d'y dormir, plutôt que dans la paillotte de l'île, où nous risquions d'être bouffés par les moustiques. Il appela Moussa, le boy qui gardait la case tout au long de l'année, et lui indiqua qu'il aurait à nous faire à grailler, "et du bon, s'il te plaît, pas de tes saloperies de tieboudienne de merde!" Il nous expliqua que Moussa était sénégalais, et que c'était pour ça qu'il faisait sa bouillie dégueulasse, alors que lui, Stan, se crevait l'cul à garnir le frigo de la case avec du filet d'boeuf, des cotelettes d'agneau et du filet mignon de porc! C'est pas pour dire, et je sais qu'on était ingrat, mais on avait franchement envie qu'il se casse de la case, Stanley l'Africain, vraiment... ..."
01 octobre 2007
L'Amitié entre les peuples
C'était une journée d'automne comme d'hab' au Balto: Bézo pestait contre le temps pourri et ses subséquences vestimentaires qui voyaient les filles troquer leurs micro-jupes pour des slims en toile, Rachid nous inventait des proverbes kabyles à la con, genre "quand la gazelle voit le zboub du cheval, elles se laisse pousser la crinière" et moi, ben moi, j'offrais des tournées à ces messieurs, juste histoire de leur donner l'envie de rev'nir le lendemain... Manquait que Vébé avec ses histoires sans morale, ses épopées affligeantes et ses aventures consternantes. C'est alors même que j'remettais une tournée de jaunes tassés, qu'il pointa son museau, avec la face bronzée et le pif pelé de celui qui revient de vacances nez au vent et cul à l'air!
"- Tiens, Vébé!... Alors Vébé, ces vacances?... Bien terminées?... La CLK a fini par te ramener dans notre bonne vieille cité lutécienne de merde ?... Et t'as réussi à retrouver l'chemin du Balto?...
- Comme tu vois, Briscard, comme tu vois...
- CLK?... que s'est étranglé Bézo, CLK?... 'tain, la vache, tu t'mouches pas du coude Véb', merde alors!
- Mais c'est d'la loc' pas chère, Bèze, de l'Avis Mille Mercis et du bonus gratos... 'tain, tu fais chier Briscard, t'aurais pu t'abstenir d'étaler mon train d'vie privée sur l'comptoir de l'esbrouffe, merde! Tu sais bien que j'ai le loisir discret et l'plaisir modeste...
- Oh, pardonne, Vèb', pardonne! Mais quand même, t'admettras que t'as souvent la bagnole ostensible, et plutôt cabriolette que fourgonnette, non?... que j'mexcusai.
- Ouais, un peu comme moi le zgeg, s'empressa d'ajouter Bézo: rutilant toujours et décalotté souvent! Pour le bonheur des dames!...
- Bézo, arrête un peu tes vannes pouraves... on cause bagnole chic et tu t'répends bitard miteux! Sans dèc' Vébé, et c'est pas pour te charrier, mais l'cabrio, ya pas, c'est quand même un peu la route enchantée, non?...
- Dans un sens t'as pas tort Briscouille... dans un sens... maintenant faut voir le contexte quand même... Tiens, j'vois William, une vieille connaissance, et ben lui, fallait pas lui parler cabriolet ou roadster... même le toit ouvrant il supportait pas... Comme quoi... Mais faut dire que c'est dû au contexte, justement... Tiens tu m'mets un Picon bière?...
Vébé, quand il commence comme ça, avec ses airs de dire des choses sans les dire, qu'il alluse comme un chroniqueur de La Tribune qui causerait de l'affaire Clearstream, on peut être à peu près sûr qu'il a une vieille histoire en train d'lui remonter dans l'bulbe; et si, en plus, il commande un Picon bière, c'est que l'histoire elle pousse à la porte de son clapoir, et qu'elle va pas tarder à nous être servie toute chaude sur le rade. Suffit souvent de juste lui faciliter la jactance, par un léger encouragement:
"- Et c'était quoi, son contexte, à William, Vébé?...
- Et bien voilà, son contexte, à William, c'était l'Afrique. L'Afrique, pourtant, tu m'diras, c'est plutôt la terre d'élection, pour le Land bâché, ou la Méhari aérée... D'ailleurs, William, la première fois que j'l'ai rencontré, il y a un bout d'décennies, c'était l'adepte forcené du Sahel vent debout! Le militant de la capote électrique et d'la torpédo découverte! J'me souviens, à l'aéroport de Bamako-Sénou, où il était venu nous chercher, avec mon pote Dan, il s'était pointé avec une Rambler Classic de 1965, découverte jusqu'au nombril, avec quatre grandes places, pour "les p'tits modèles", qu'il nous avait indiqué, l'oeil malin et la bouche en coeur... Sur le coup, les petits modèles ça nous causait pas trop, à nous, Dan et moi. Faut dire que c'était notre premier périple africain, et qu'on était bien impressionné par la poussière, la chaleur et les locaux qui nous tapaient nos cigares, juste devant l'aérogare... Note qu'ils nous avaient repérés rapide, les blackos, pendant qu'on attendait William, allumant, bien frimeurs, nos long panatellas, achetés au duty de Roissy. Du coup on s'était retrouvé transformés en annexe de la Seita, les mecs se pointant les uns après les autres, avant que nous n'ayons eu le temps de planquer not' boite à havane! Et le plus marrant, c'est que quand on leur proposait du feu, ils riaient, se carraient le puros sur l'oreille, et tous, nous sortaient le même char: "Non, patron... c'est pour ce soir... pour la galanterie!..." Et ils se marraient de nouveau comme des tordus, à chaque fois. En fait, c'est l'arrivée de William qui nous a sorti de ce traquenard. Moins sensible que nous aux charmes exotiques de l'âme africaine, et surtout plus familier du bizutage du voyageur au long cours, il vira les mecs qui commençaient à faire troupe autour de nous, de quelques phrases bien senties, en dialecte et en direct, et nous avertit: " Les négros, ici, si tu commences à les laisser te quémander, tu leur laisses ton falouze, aussi sec! Faudra vous y faire, les mecs: l'Afrique c'est une terre d'hommes, y a pas d'places pour les tapettes!" Je sentais tout de suite qu'il allait bien nous plaire William! C'était l'homme de l'ouverture et de l'amitié entre les peuples!... le prix Nobel de la Paix et de la Fraternité Réunies, c'était pour lui, qu'on allait le créer, parole!
William, c'était le chef d'escale d'UTA à Bamako; il nous avait été recommandé, par un pote commun, comme étant complètement hospitalier et absolument indispensable. Un notable, qui avait ses entrées partout, du Palais Présidentiel aux bouges infâmes de Medina-Coura, avant sa réhabilitation... Bref, Willie, c'était l'homme providentiel... On devait l'apprendre plus tard, William, c'était aussi l'honorable correspondant au Mali des services extérieurs français... Mais, bon, on était là pour le loisir et la découverte, et découvrir l'ex AOF avec un néo-colon, ça pouvait être instructif... le tout c'était de lire en creux! Dans la Rambler, au prestige indéniable, mais aux amortisseurs fatigués par trop d'années de tôle ondulée, il se mit en devoir de nous déniaiser: "Primo, les putes, ici, elles sont toutes plombées... alors gaffe!... Ou ne toucher que les petits modèles: c'est des poules à ministres, qui sont suivies à l'Hopital du Point G... un nom comme ça, c'est prédestiné, pour d'la tapineuse, non?... Bon, alors, sérieux: ce soir, j'vous ai booké à l'Amitié, vu qu'j'ai été pris au dépourvu... C'est l'hôtel de la Maison Mère, UTA... c'est un peu cher, mais j'vous ai eu une suite pour l'prix d'un galetas, alors... Sinon demain, j'vous drive aux Hirondelles, chic et pas cher, avec piscaille... indispensable, ça la piscaille, sous nos latitudes! En plus le Chef a fait ses classes chez Le Doyen, à Paname, alors, vous allez être gâtés-pourris! J'espère seulement qu'ils auront réparé la clim', parce qu'autrement sinon, pour pioncer, c'est voilou!...Remarquez, si vous pouvez pas dormir, j'vous enverrez des p'tits modèles de ma collection perso: j'ai l'carnet d'carresses qui déborde d'affection, et j'suis plutôt du genre partageux... j'ai même de la métisse et d'la blanche, au cas où vous auriez l'mal du pays!"
William, y avait rien à r'dire: c'était vraiment l'homme de la situation! Le soir, dans la Suite Présidentielle Moussa Traoré, avec Dan, on s'posa la question: on s'prenait le premier train pour Conakry ou on supportait l'insupportable?... Trois whiskies plus tard, nous décidâmes de tenter de gérer l'affreux: après tout, si on arrivait à l'tenir à bonne distance, son entregent et sa connaissance du pays pouvaient peut-être nous favoriser l'séjour... peut-être...
27 septembre 2007
Le flip à deux balles
Avec Vébé, on était en pleine disputation sur le sujet de savoir c'était quand qu'le flipper était passé simultanément de 20 à 50 centimes la partoche et de 1000 points à 10 000 points la gratte ... Vébé, qui avait l'souvenir brumeux et lycéen, pariait pour les années 70, mais j'aurais plutôt tablé sur le début des 80, vu qu'après ça a été l'inflation vers le million d'points pour faire péter l'compteur, le bonus à 500 000 et tout à l'avenant... Entre le Liberty Belle et le Gottlieb Bronco, on avait quelques divergences, avec le Vèb', et sans en v'nir aux mains, nos esprits, embrumés par les boissons fortes que nous éclusions depuis une paire d'heures, commençaient à battre la campagne d'Italie façon Arcole... Bref, on frisait la polémique et l'insulte nous irritait la gorge, à force de la retenir, mais on sentait bien qu'elle allait fuser au prochain Picon bière... C'est Bézo, qui nous a mis d'accord...
"L'flipper à 20 ou 50 thunettes, j'peux pas trop vous dire les mecs, vu, qu'sans vouloir vous foutre la teuhon, j'suis comme qui dirait un peu plus jeunot qu'vous autres... par contre le flip' à deux balles, ça j'peux vous dire de quand c'est... tiens, fais-nous jouer ç'truc au Scopi, Brisc'..."
" -Si vous passez par là, il paraît qu'elle chante au karaoké le soir au Queen's, à Biarritz, après 21 heures. Si ça vous dit..."
24 septembre 2007
Jacky
Bezo, j'crois avoir déjà eu l'occasion d'le dire, au Balto, c'est un peu notre Kéké à nous... Bezo, c'est quand même le mec qui dragouille la midinette en Opel tunée façon Jacky, sous prétexte "qu'on pêche pas la truite de rivière avec d'la patée pour
carpes"! Bézo, ses aphorismes, ça f'rait les délices au père Gourio!... Alors, quand il commence à s'méler d'converses un peu sérieuses, j'essaye toujours du lui endiguer le flot d'conneries à coup d'Perniflard. Des fois ça marche; des fois pas.
C'est Rachid, qui a commencé sur l'réchauffement qu'il est climatique et sur la planète qui va dl'a jante... Faut dire que Rachid, il revient de deux mois au bled, et il a eu ses + 45° pendant 61 jours... alors, même au sud, pour l'Atlas, ça fait quand même un peu calor! Du coup on a tous mis not' grain d'sel, comme quoi, en plus, y avait la pollution, l'eau nitratée en Bretagne, le déluge au Mali et les pesticides chez les Doudous... Et tous, on est bien convenu, que, si on voulait continuer à mouiller not' jaune avec de la flotte, ben il allait falloir faire vachement gaffe... Josianne, qui passait par là, pour régler des blèmes de paperasses chez Mignard, tint à nous éduquer:
"- Vous savez, que si vous coupez l'eau pendant que vous vous savonnez, sous la douche, et bien vous pouvez économiser jusqu'à 100 litres d'eau par jour! Et si vous vous rincez les dents avec un gobelet, au lieu de laisser bêtement l'eau couler, et bien vous pouvez économiser presque 10 litres de plus...
- Vous avez pas tort, Jeannine, qu'j'ai concédé; mais faut quand même p'têt pas exagérer...
- Mais si faut exagère, Briscouille, mais si, qu'est intervenu Bézo avant qu'j'ai vu rien v'nir. Tiens, regarde, moi, et bien j'me lave les dents le matin, et le soir j'me lave les fesses!"
Jeannine, son Kir, c'est moi qui lui ai offert.
19 septembre 2007
La saucisse sèche
"- Salut, Brisc', t'as fait bonne route?...
- Impec Vébé, impec... sauf que j'ai eu un peu chaud, rapport que j'ai la clim' qui est tombée en rideau du côté d'Figeac...
- Parce que t'es passé par Figeac, pour venir d'Aurillac?...
- Non, mais j'ai fait un détour par Cahors, histoire de visiter quelques propriétaires, pour alimenter l'Balto en crus locaux...
- Toujours sur la brêche, à c'que j'vois! Jamais, t'arrêtes?...
- Qu'est-ce tu veux, Vébé, j'ai l'commerce chevillé au corps... et le Bien Public, aussi, parce que du Cahors du cru du coin, pardon, mais c'est quand même autre chose que la marchandise d'importation que te refilent les négociants à Paname... en plus, faut reconnaître, c'est du sans facture, et ça, c'est tout bénef, pour le pinardier, le bistro et l'client, merde! Le Bien Public, j'te dis..."
La converse aurait pu continuer comme ça un moment, façon reprise de contact estival, genre on cause pour ne rien dire, histoire de dire... Mais j'avais quand même un peu sa merco en travers du gosier... En fait, j'm'en rendais bien compte, Vébé, j'le jalousais beaucoup, sur ce coup... Pas seulement pour les 40 patates de sa tire, non, mais pour tout un ensemble, un train d'vie que j'pressentais plutôt TGV First que TER omnibus, et dont la guinde n'était que la manifestation patente et ostentatoire du gros paquet d'thune plein et beaucoup sous-jacent!... En fait, Vébé, j'lui en voulais surtout de c'que j'trouvais être
une traîtrise... Merde, à moi, quand même, il aurait pu l'dire qu'il
était plein aux as... C'est vrai, quoi, ça f'sait des mois qu'il s'pointait au Balto, s'épancher l'trop plein d'souvenirs, avec son clebs pourri et ses costards lustrés, que pour un peu, des fois, j'lui aurais presque donné un reste de potée, pour lui et son dog... Et, en loucedé, Monsieur tutoie Rotschild et roule carrosse! Merde, fait chier. Vraiment. Et j'eus beau essayer de me retenir, le flux de bile lacha la bonde, et j'lui balançai, bien sournois et un peu vachard:
"Dis donc, sinon, tu dois te régaler, avec ton p'tit bolide à capote, là?!... Ça arrache sa mort, ça, non?... En plus, tu dois te lever toutes les gisquettes un peu blondes qui traîne dans l'coin, non?... Note qu'à nos âges, le signe extérieur de richesse, ça facilite bien l'amitié sincère et durable, hein?... Maintenant, si les louloutes elles sucent autant qu'ta bagnole, tu dois pas t'emmerder la bite en chiant, parole!"
J'avais balancé ma purée d'un coup, façon glaire, et à peine j'avais fini, que je l'regrettai déjà... L'envie, l'envie immonde et fétide, m'avait rempli la cervelle et l'bec, au risque de m'fâcher à jamais avec mon client number one, celui qui consommait autant qu'il faisait consommer, mon attraction universelle du Balto, que quand il était pas là, la clientèle boudait... J'avais chié dans la colle grave, et j'aurais bien voulu me ravaler la bave, si j'avais pu... Vébé, il m'a regardé avec un drôle d'air, un peu malheureux, et bien déçu, j'ai cru voir, même s'il avait l'sourire aux lèvres. Il m'a juste dit: "T'arrêtes un peu d'faire ton Bézo?!..." Et il a ajouté, amical: "Allez, reste pas là, tu vas prendre racine... Entre donc, prendre un godet, pour une fois c'est ma tournée."
La maison, toute en pierre, était fraîche, presque trop, malgré les 36° du dehors. Sombre aussi, un peu... En tout cas trop sombre pour que je puisse voir la propriétaire de la voix qui m'accueillit d'un "bonjour" joyeux, avant qu'elle ne se manifeste, la voix en question. Je me tournai donc dans sa direction et j'aperçus, lovée dans un fauteuil en cuir rapé, une gentille petite gamine, que je reconnus pour l'avoir aperçue au Balto, une fois ou deux, avec Vébé... Zyeux Gris...
"Mine, j'te présente Briscard... Briscard, Mine..." crut bon de préciser Vébé. Mine! Il l'appelait Mine! C'est marrant, mais j'étais plus gêné d'entendre le Vèb' appeler sa copine par son p'tit nom, que de l'écouter raconter ses histoires de bite et d'clito, à longueur de Balto! Comme quoi, la pudeur, ça va ça vient...
" - Tu sais, Mine, que Briscard a pas trop l'air d'apprécier ma tire! Il m'a persiflé, en substance, comme quoi ça s'rait une voiture de vieux beau!
- Beau, j'sais pas, mais vieux, oui mon Vèb': t'es vieux, ça c'est vrai!" se réjouit Zyeux Gris...
Vébé éclata de rire sous l'insolence et repris: "Bon, ton sac est prêt?" Et à mon attention: " Mine va passer quelques jours chez ses parents, en Bretagne et je l'amène à Rodez, à l'airport... Tu veux v'nir avec nous? Comme ça t'essaieras la voiture de vieux!"
Moi, la caisse à Vébé, j'aurais bien l'occasion d'la tester, vu que je comptais rester une paire de jours dans sa baraque... en plus, de la bagnole, j'en avais un peu ma claque, aussi je déclinais l'invitation en douceur, pour pas l'vexer:
" - Non, c'est bon, va... j'vais tenir compagnie à cette gentille boutanche de Marcillac local en t'attendant... Tu l'achètes dans l'coin?...
- Oui, chez Utile, à Villeneuve...
- La vache! Utile!... J'le crois pas, ça... J'connaissais Commod, Spar et Proxi, mais Utile!...
- Ben ouais, c'est pratique! Bon, j'te laisse, Brisc'... Te murge pas: attends moi, qu'on s'fasse une soirée d'garçons!
- Oui, une soirée d'vieux!..." a ironisé Zyeux Gris...
Dans un sens c'était pas plus mal qu'elle se barre: je ne me sentais pas avoir l'indulgence de Vébé pour cette gamine effrontée... Je les accompagnais donc à la porte, leur fis un petit signe de la main bye bye, et m'installai avec le Marcillac, à l'ombre du tilleul, sur la table de jardin, où Vébé avait laissé, sûrement pour que j'me mette à niveau, un Midi Libre de l'avant veille... La soirée allait être longue, j'prévoyais...
Vébé se pointa sur les coups de neuf heures... J'avais éclusé le Marcillac, et avais attaqué un Cahors médaille d'or, ramené du Lot, dont la dégustation à la propriété m'avait laissé un grand souvenir. C'est pour dire que je commençais à avoir chaud aux oreilles quand, armé d'un Laguiole et d'une saucisse sèche, Vébé entreprit de m'offrir un stand up assis rien que pour moi.
" - Tu sais, Briscard, j'ai bien vu qu't'as tiqué pour la voiture... j'comprends, d'ailleurs, mais attention, hein, c'est pas à moi... c'est d'la location quasi gratos, vu qu'avec les points d'fidélité qu'j'ramasse toute l'année, chez Avis il sont prêt à m'la livrer à domicile, la CLK... Et puis, merde, j'aime ça les belles bagnoles... Et Zyeux Gris aussi, j'suis sûr qu'elle est mieux en merco cabrio, qu'en 206 Peugeot... Enfin, j'dis ça, mais en réalité j'en sais rien... J'crois qu'elle s'en fout, des bagnoles... juste elle aime bien les cheveux au vent et l'museau à l'air...
- Mais t'as pas besoin d'te justifier Vébé, que je l'ai apaisé. C'est moi qui ai déconné, c'est tout...
- Mais j'me justifie pas, j'explique...
- Ah, ok, alors... Dis, Vèb'?...
- Oui?...
- J'peux t'poser une question?...
- Vas-y Brisc, vas-y...
- Zyeux Gris tu l'as rencontrée comment?... Enfin, tu réponds si tu veux, hein; c'est juste pour savoir...
- Oh, y a pas d'secret... C'était au job que j'avais alors, où je faisais l'malin pour des mecs qui s'prenaient pour les maîtres du monde... Zyeux Gris venait d'être embauchée, et son petit côté Goth mal dégrossi, piercing rebelle et Docs coquées, m'avaient filé comme un coup d'jeune dans les génitoires! Avec Zyeux Gris, c'est à la suite d'un déjeuner où on avait causé philo et littérature, que tout a commencé: on entamé un échange de courriers, tout en e-mail, en comparaison
desquels la correspondance de Sartre avec Simone de Beauvoir ressemble aux courrier des lecteurs de Maison & Jardin ! Là, j'peux dire que j’y ai mis le paquet! Tous mes
vieux trucs y sont passés : le Monde Pratique, les Idées, le Spectacle et
même, je crois que je lui ai repassé le vieux plat de la Division Infinie du
Travail ! J’étais tellement brillant, que je ne pouvais plus écrire
qu’avec mes Ray Ban ! Bref, j'avais entrepris d'la séduire à la tchatche... Et le plus fort c’est qu’elle avait l’air de mordre au
truc ! Elle en redemandait, même ! Elle répondait à chaque fois, et
elle argumentait, et elle posait des questions, et tout ! J’étais pris à
mon propre jeu : j’avais bluffé à cent balles et elle me relançait à
mille !"
Vébé coupa une rondelle de sauce, me la tendit d'une main, et vida son verre de l'autre. Moi, j'trouvais que les nourritures terrestres, c'était pas mal non plus, alors j'pris la tranche pur porc, tout en l'encourageant quand même: "Et alors?..."
"
Ah ça c’était le grand truc qui m’avait aussi bien pris la
tête avant : la (re)présentation de soi, pardon du Moi, comme fonction de
l’Inconscient… En gros c’était qu'tu te libérais en causant, mais attention,
pas chez le psy, non trop simple et trop intégré ! Non, tu faisais chier
tes potes, ou mieux, enfin ça dépendait des goûts bien sûr, tes copines. Et
puis alors là tu balançais tout, avec une impudeur en comparaison de laquelle
les questions d’Ardisson ressemblent à celles d’une rosière s’informant sur la
vie : si tu n’avais pas eu au moins un émoi sexuel quand Maman te lavait
la pépette, quand t’avais trois ans, c’était même pas la peine de commencer à
discuter ! Et après forcément il y avait la surenchère, tu déballais tes
intimités, ta relation à l’Autre (c’est à dire comment tu baisais!), tes
interpellations au niveau du vécu, tout ça… et c’est comme ça que j’avais eu
des bons potes qui y avaient laissé leur femme, leurs gosses et même des fois
leur compte en banque !
Et voilà, qu’à nouveau, avec cette petite, doucement, je me
laissais aller à parler de trucs sur moi que j’aurais même pas dit à mon
confesseur ! Du bluff, encore ? Pas sûr… J'le savais depuis
longtemps, la pudeur ça n’avait jamais été mon fort, mais la plupart du temps,
même à l’époque des séances de gratte-moi-où-ça-fait-mal, j’y mettais des
formes qui me protégeaient toujours, plus ou moins, d’en dire plus que mon
Surmoi ne voulait : j’avais toujours eu un Surmoi un peu chiant, bien
respectueux du ça, et tout!
Mais là, bizarrement, j’étais bien... va savoir
pourquoi ; elle m’écoutait gentiment, elle riait quand il fallait, elle
compatissait au moment où le héros il est malheureux, l’émotion l’émouvait et
elle comprenait quand il fallait comprendre : une vraie petite
perle ! Alors du coup, avec tout ça, mes questions rentrées et mes
trouilles de papy-boomer, elle restait un brin mystérieuse, et, après tout, ça
m’allait bien, même si ses yeux envahissait un peu trop ma vie.
Et tout d’un coup j’avais l’impression d’être beau,
uniquement parce que j'croyais, je voulais croire, qu’une paire de Zyeux Gris
m'trouvait beau, et je me regardais, dans ces yeux, et je disais « miroir
qui est le plus beau ? », et le miroir me répondait comme il faut… Je
était un Autre!
Et puis au fil de nos causeries une chose me devenait de
plus en plus évidente: j’étais bien quand elle était là, je n’étais pas
bien quand elle n’était pas là. Et puis une autre chose me devint évidente aussi : à
force de parler de moi et de Moi, je ne lui avais jamais donné la moindre
chance de parler un peu, juste un peu, d’elle. Elle était qui ?... Elle
vivait où ?... Elle avait un mec ? Une copine ? J’aurais tout voulu
savoir d’elle, tout d’un coup…
Mais je ne lui demandais pas : j’avais bien trop peur
d’apprendre des choses que je ne voulais pas entendre et entre autres ce
qu’elle en pensait de tout ça, elle, de ces rencontres un peu bizarres, et de
ce qui allait se passer, après, quand on aurait bien fini d'se branloter la
cervelle.
Parcer que, la jeunesse dans la tête parlons-en!... La tête elle était plutôt
ravagée, le matin, parce que trop de tabac, et l’alcool fort, aussi, un
peu…Marquise, si mon visage…
Le plus drôle, j'te jure, c'est que pendant tout ce temps jamais, oh grand jamais,
nous nous sommes effleurés, ne serait-ce que du bout du doigt. Sur le plan
sensuel notre truc c’était tout dans la tête; le dialogue des Carmélites en
moins torride!
Je crois que je peux le dire maintenant : j’étais
amoureux, mais vraiment sévère !"
La saucisse était bien entamée, maintenant, puisqu'aussi bien elle était quasiment finie! Comme mon Cahors aussi était fini, Vébé s'mit en devoir d'attaquer au Jameson, en s'excusant de la médiocrité du produit, mais c'est tout c'qu'il avait trouvé de buvable, en Irish, chez Utile... Son histoire, un peu plan-plan, et le Marcillac et le Cahors m'avaient vaguement endormi, et je n'regrettais pas qu'il ne l'ait pas servie au Balto: c'était franchement pas très cuteux, sa dragouille jacassière... Par politesse, plus que par curiosité, j'le relançais d'un:
" - Et alors, tu l'as baisée ?...
- Pas tout d'suite, bonhomme, pas tout d'suite... En tout cas pas avant d'avoir fini c'que j'avais à finir avec Rampling... J'aurais pas pu, vu qu'j'ai jamais bien réussi à avoir deux histoires à caractère sexuel en même temps... C'est pas tant d'la fidélité, que d'la fainéantise! Alors du coup, on s'est trimballé des fiançailles façon moutarde de Meaux, à l'ancienne et qui ont bien duré six mois! Et puis tout s'est emballé, j'ai pris l'dog et laissé ma vieille vie de l'autre côté d'la rue Cambronne, loué un studio genre 20 m², mais avec balcon, juste pour les pisses et chiasses au clebs... J'me souviens, la première fois qu'elle est v'nue, Zyeux Gris, c'est la vue sur la Tour Eiffel, premier plan, faut dire, du balcon, qui l'a bluffée... Pas vu les déjections intempestives à Doggy... J'étais tout heureux... et on a commencé notre rencontraille, que ça fait cinq ans, et que je sais pas où on va, mais on y va!... Et tu vois, Brisc', le plus drôle, c'est que de mon ancienne vie, ce qui me manque le plus, c'est les bagnoles... la Saab plein de turbo, la WW cabrio plein d'aéro, l'Hérald so british et la Pacer qu'y avait bien l'air... D'où la CLK, Brisc', d'où la CLK... Et le dog, aussi, il manque, trait d'union entre la vie d'avant et la vie d'maint'nant... Seul témoin de mon grand virage... Un p'tit Jameson, pour s'finir, Brisc'?... Pour s'finir."
Moi j'avais pas trop envie de m'finir, mais par contre, me zoner, alors là oui, grave et fort... Vébé, en même temps, j'avais l'impression d'être dans sa vie complet total, insider comme je l'avais jamais été... Le froisser, j'aurais pas pu, surtout, vu les saloperies que j'lui avait sorties l'aprèm' même... Alors j'lui ai concédé un dernier glass... Mais quand même, si on réfléchissait un peu, sa vie à Vébé, Vébé le Héros, Vébé le Manitou, Vébé La Science, ben sa vie elle se résumait à quoi?... Une dizaine de femmes, autant de bagnoles et un chien. Bref, du peu, pour beaucoup, et beaucoup, pour un peu...
La saucisse était finie. Complètement. Merde, 'tain, j'avais encore la dalle...
12 septembre 2007
Le Grand Tilleul
Juste avant de décaniller, Vébé m'avait dit: "Briscard, j'suis dans l'sud, j'ai loué un p'tit nid d'amour, avec ma cop', mais il y a une chambre d'amis et il y aura toujours un bol de soupe chaude pour tézigue! Alors, si le coeur t'en dit et si tu t'les pèles à Murat, n'hésite pas: viens donc te faire lustrer la couenne au soleil albigeois!" Du coup quand la météo cantaloue a fini par me gonfler les glandes, et qu'j'en ai eu marre de m'enfiler des grogs et du Viandox, j'm'ai dit que j'irais bien faire la visite au Vèb'; après tout, l'invite d'un bon client, ça s'refuse pas: il pourrait se vexer, et me bouder l'comptoir façon réciprocité vengeresse. Alors du coup, j'ai pris la merco, fraichement révisée par Delrieu, et zou, direction le sud chaud et beau, aussi sec!
Vébé, il m'avait expliqué vaguement qu'il était plutôt du côté aveyronnais de l'albigeois, genre Villefranche, entre Quercy et Ségala... Avec juste le nom du bled paumé et une bonne vieille Michelin 338 local, j'me suis donc mis à la recherche du Vébé caché... Le GSM capte pas, qu'il m'avait dit, mais j'pouvais pas m'tromper: après l'village, j'prenais le vicinal 2 vers La Borie, j'traversais la cour de ferme, j'continuais 500 m sur le chemin, et hop, out of nowhere, surgirait la batisse qui l'abritait, lui et sa p'tite loute... "Juste sous un immense tilleul", qu'il m'avait précisé, "tu peux pas t'tromper"... J'avoue qu'j'étais à la fois curieux et un peu géné, aussi, d'pénétrer comme ça son intimité... parce que c'est vrai, Vébé il se répandait à grands seaux d'impudeur au Balto, mais là, j'allais être comme qui dirait en totale promiscuité avec son vécu du jour, tout frais, tout juste sorti du cul d'la poule, si j'puis dire...
Les gens, on croit les connaître. Surtout quand on est bistro, en prise directe avec la mélancolie mélé-cass des uns, les confidences avinées des autres et l'épopée d'comptoir des poivrots hiératiques. Tenez, prenez Bézo, par exemple, et bien Bézo, c'est le type même du Kakou Clio 16 soupapes, ou du Mia gourmette version parigot tête de veau. Direct vous l'cataloguez, le Bézo, et jamais, ou rarement, il vous déçoit. Mais, attention: pratiquer la taxonomie à ce niveau, c'est plus d'la science, ça relève du divinatoire... Bézo, suffit pas de dire "frime et grande gueule" et basta!... On dit ça, mais on dit rien. Non, Bézo, c'est un assemblage subtil et complexe, aux fragrances de Pento et d'Hugo Boss; toujours à gueuler contre les bougnoules mais prêt à savater le premier qui traite Rachid; abonné à la Fête de l'Huma et aficionado de la Foire du Trône; toujours à courir après la caissière de Franprix, mais client chez Monop; Bezo, c'est pas compliqué:il pense avec sa bite et il dépense avec son cul; raide et généreux, voilà l'Homme! Tout ça, de Bézo, j'ai fini par l'comprendre au fil des ans, et maintenant, mon Bézo, faut bien dire qu'il m'est devenu quand même un peu prévisible; et quand j'le vois entrer au Balto avec sa face d'oursin, je sais d'avance qu'il y aura d'la raie au menu!
Alors, moi, forcément, du coup, Vébé, j'croyais quand même le connaître un peu, et même pas qu'un peu... Quand je suis arrivé en vue du tilleul - vraiment mahousse, le tilleul, que du coup la baraque à Vébé elle faisait toute kikinou - c'est pas lui que j'ai vu en premier, même s'il était là, debout, appuyé sur le chambranle de la vieille porte de la vieille bâtisse un peu pourave qui lui servait d'immobile home; non, ce que je vis en premier ce fut la bagnole. Une mercobenz. Comme moi. Mais pas tout à fait non plus. Moi, c'est une 190E de 84. La chiotte à Vébé, c'était une CLK Cabriolet de 07. Merde, alors!... Vébé il s'trimballait la morgue dans une caisse à 40 grosses boules! ... Vébé le belreu sur le retour, Vébé l'aventurier des rizières, Vébé le forban de l'altiplano!... Vébé l'pipoteur, plutôt, oui... Vébé la menterie, Vébé le repu... Bref, Vébé le Malhonnête! Parce que, merde, Vébé c'est quand même l'homme d'opinions... A l'entendre causer, c'est même franchement l'homme de gauche, quoi... Et v'la que Monsieur se moule les burnes dans l'cuir piqué façon sellier et se booste la libido au Kompressor! J'suis pas bégueule ni sectaire, mais faut quand même pas déconner, merde, fais chier, à la fin: le train d'la vie, y a pas, faut qu'ça roule sur les rails des idées. Moi, j'sors pas d'là... et si les rails, c'est large comme ça, ben le train il doit pas être plus large, merde! Sinon c'est pas réglo. Moi, j'sors pas d'là...
Du coup c'est le sang aux joues et l'indignation au ventre que je garais rageusement ma vieille tire pourrie, sous le tilleul centenaire, à côté de la rutilante CLK d'mon Q! Je sentais qu'il y allait avoir de l'explanation gros commak! Mon séjour chez Vébé le Bourge s'annonçait rock 'n roll et j'voyais bien qu'on allait jouer la Revanche du Bistroquet Saison 2 avant pas longtemps, parole!
Comme quoi, les gens on croit les connaître...
Les belles histoires d'Oncle Vébé (20)
Pendant l'été, Le Balto a rediffusé les histoires à Vébé.
Voici la dernière redif': la renaissance de Vébé!
Si, toi aussi, tu veux renaître avec Vébé, clique ici:![]()
'tain, mais c'est pas vrai! Il va encore nous les briser
avec ses putains d'extraits musicaux de sa putain de cinémathèque idéale!
Bonjour le boulet!
(Singing in the Rain, Stanley Donen & Gene Kelly - 1952)
Avec une dédicace toute particulière pour m., la madone des morning!
10 septembre 2007
Les belles histoires d'Oncle Vébé (19)
Pendant l'été, Le Balto rediffuse les histoires à Vébé.
Et malgré un p'tit coup d'chauffe, ça commence à sentir le début de la fin ...
Si toi aussi tu veux un dernier p'tit coup d'chauffe, clique ici:
Bon. Maintenant il commence à nous fatiguer,
avec les extraits musicaux de sa putain d'cinémathèque idéale.
Merde, à la fin.
(Der Blaue Engel, Josef Von Sternberg - 1930)
06 septembre 2007
Les belles histoires d'Oncle Vébé (18)
Pendant l'été, Le Balto rediffuse les histoires à Vébé.
Là, Vébé découvre la conscience de classe.
Si toi aussi, tu te sens rebelle, clique ici:![]()
Oh!... Encore un extrait musical de
sa cinémathèque idéale.
Fallait pas...
(The Deer Hunter , Michael Cimino - 1978 )
03 septembre 2007
Les belles histoires d'Oncle Vébé (17)
Pendant l'été, Le Balto rediffuse les histoires à Vébé.
Aujourd'hui, Vébé en Belgique.
Si tu aimes Blankenberger, clique ici:![]()
Et, décidément, il aime ça nous passer,
des extraits musicaux de sa cinémathèque idéale.
C'est bien. Très bien...
(Nightmare Before Christmas, Tim Burton - 1993)